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Le troisième porte-avions construit indigenement par la marine indienne, l’INS Vishal (IAC-3), symbolise une avancée majeure dans la stratégie maritime de l’Inde. Ce navire vise à renforcer la capacité de projection de puissance de l’Inde en tant que puissance navale océanique, capable de faire face notamment à l’expansion rapide des capacités navales chinoises. Conçu comme un porte-avions CATOBAR (Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery) à propulsion conventionnelle, l’IAC-3 est actuellement en phase de conception, avec une collaboration entre entreprises nationales et étrangères pour le développement de ses systèmes clés.

Sa capacité à lancer des avions plus lourds, incluant des plateformes de détection avancée aérienne (AEW), ainsi qu’à faire opérer des Rafale-M et MiG-29K avec des charges utilitaires accrues, fait de ce porte-avions un élément stratégique crucial pour le rayonnement naval indien dans la région de l’océan Indien. Cette ambition s’inscrit dans un contexte de concurrence directe avec le Fujian chinois, un porte-avions CATOBAR de dernière génération capable de lancer des chasseurs furtifs J-35 et des avions AEW KJ-600, représentant une menace significative pour la suprématie maritime indienne.

IAC-3 : un saut technologique vers le CATOBAR
Contrairement aux porte-avions actuels de l’Inde, l’INS Vikramaditya et l’INS Vikrant, qui utilisent un système STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery) avec rampe en tremplin, l’IAC-3 sera un porte-avions CATOBAR de 65 000 tonnes doté d’un système de lancement électromagnétique (EMALS). Cette technologie, développée avec le soutien de General Atomics (États-Unis), permet de lancer des avions plus lourds et diversifiés, surmontant les limitations de la capacité de charge et d’autonomie des systèmes STOBAR.

Caractéristiques principales de l’IAC-3 :

  • Intégration de l’EMALS : Ce système de lancement électromagnétique, utilisé par les porte-avions de classe Gerald R. Ford de la marine américaine, accélère le rythme des sorties aériennes, réduit les contraintes mécaniques sur les avions et permet de déployer des plateformes plus lourdes, y compris des drones et des avions AEW. L’Inde devient ainsi le troisième pays, après les États-Unis et la Chine, à développer cette technologie pour ses porte-avions, avec Tata Advanced Systems Limited (TASL) en charge de la conception d’un système de gestion de combat (CMS) indigène adapté aux opérations CATOBAR.
  • Propulsion conventionnelle : Initialement envisagée en version nucléaire, l’IAC-3 optera pour une propulsion électrique intégrée complète (IFEP), développée avec l’appui de Bharat Heavy Electricals Limited (BHEL) et GE Power Conversion (Royaume-Uni-France). Ce système, alimenté par des turbines à gaz – probablement Rolls-Royce MT-30 – et des générateurs diesel, offre une haute efficacité et une grande flexibilité, capable de supporter l’EMALS et les radars de nouvelle génération tout en évitant la complexité du développement nucléaire.
  • Escadre aérienne renforcée : L’IAC-3 pourra embarquer entre 40 et 50 aéronefs, comprenant des Rafale-M, des MiG-29K, le chasseur indigène Twin Engine Deck-Based Fighter (TEDBF) et des avions AEW à voilure fixe. Le système CATOBAR permettra à ces appareils de décoller avec des charges plus lourdes, incluant carburant et armement supplémentaires, augmentant ainsi leur rayon d’action et leur puissance de frappe.

Développement des sous-systèmes : un mariage entre expertise nationale et appui étranger
Le projet IAC-3 incarne la politique d’Atmanirbhar Bharat (Inde autonome), tout en intégrant un accompagnement technologique international critique :

  • Contributions nationales :
    • Cochin Shipyard Limited (CSL) : Principal chantier chargé de la construction, exploitant l’expérience acquise avec l’INS Vikrant (IAC-1) pour garantir un contenu local supérieur à 70 %.
    • Tata Advanced Systems Limited (TASL) : En charge du développement du CMS avancé intégrant des systèmes d’aide à la décision pour les opérations aériennes, de surface et sous-marines, optimisé pour le Rafale-M, le TEDBF et les drones.
    • Naval Design Bureau : L’équipe de conception interne de la Marine indienne pilote les phases conceptuelles et la réalisation, assurant une architecture adaptée aux besoins opérationnels sans dépendance excessive à l’expertise étrangère.
    • DRDO et HAL : L’Organisation de recherche et développement pour la Défense (DRDO) et Hindustan Aeronautics Limited (HAL) participent à l’intégration de systèmes locaux, notamment le radar AESA Uttam et les chasseurs TEDBF, renforçant les capacités de combat du porte-avions.
  • Appui étranger :
    • General Atomics (États-Unis) : Fournit son expertise et un transfert technologique pour l’EMALS, essentiel au lancement des avions lourds et des drones, dans le cadre d’un partenariat approuvé par le gouvernement américain qui consolide les liens de défense indo-américains.
    • GE Power Conversion : Soutient le développement du système IFEP, garantissant la compatibilité avec l’EMALS, les radars haute performance et les futures armes à énergie dirigée potentielles.
    • France : Les retours d’expérience des exercices conjoints avec la Marine française et son porte-avions à propulsion nucléaire Charles de Gaulle, opérant Rafale-M et avions AEW E-2C Hawkeye, ont orienté certaines options de conception, en particulier pour les opérations CATOBAR et la gestion de l’aile aérienne.

Cette alliance entre innovation nationale et partenariats stratégiques internationaux garantit que l’IAC-3 sera une plateforme technologiquement avancée, adaptée aux exigences modernes de la guerre navale, tout en renforçant la base industrielle de défense indienne.

Avantages opérationnels
Le système CATOBAR de l’IAC-3 offre des progrès majeurs face aux systèmes STOBAR des INS Vikrant (45 000 tonnes) et Vikramaditya (44 500 tonnes), limités au lancement d’avions légers tels que le MiG-29K avec des charges réduites. Les points forts sont :

  • Lancement d’aéronefs plus lourds : L’EMALS permet l’emploi d’avions AEW à voilure fixe, comme une version navale du DRDO Netra ou un avion étranger comme le Northrop Grumman E-2D Hawkeye. Ces appareils offrent un horizon radar bien supérieur à celui des hélicoptères Kamov Ka-31 opérés sur les porte-avions actuels, améliorant la conscience tactique et la coordination des frappes longue portée.
  • Opérations de chasse améliorées : Les Rafale-M et MiG-29K peuvent décoller avec des charges accrues, notamment en carburant et en armements avancés comme les missiles BrahMos-NG et SCALP-EG, dépassant les 850 km de rayon d’action des MiG-29K sur STOBAR. Le TEDBF, conçu pour les opérations CATOBAR, augmentera encore la polyvalence de l’aile aérienne.
  • Intégration des drones : L’EMALS supportera le lancement de drones de combat (UCAV), permettant des missions délicates telles que la reconnaissance ou la suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD). Cette capacité s’inscrit dans la vision de la Marine pour des opérations « équipage humain – drones » (MUM-T), conjuguant UCAV et chasseurs Rafale-M et TEDBF.
  • Accroissement du taux de sorties : Le système CATOBAR autorise les lancements et récupérations simultanés, augmentant significativement le nombre de sorties possibles comparé au système STOBAR où ces phases sont séquentielles, un atout clé dans un environnement à haut risque.

Ces avancées font de l’INS Vishal un véritable multiplicateur de force, capable de projeter la puissance à travers l’océan Indien et de répondre aux menaces navales les plus évoluées.