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Dassault Aviation propose une étape majeure vers l’autonomie stratégique de l’Inde en offrant de produire intégralement le Rafale sur le sol indien, avec des intégrations indigènes et des mises à niveau futures. Cette démarche vise à positionner l’Inde comme un acteur clé dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de cet avion multirôle de 4,5e génération.

Selon des sources, cette offre inclut l’assemblage des Rafale au sein de la coentreprise Dassault Reliance Aerospace Limited (DRAL) à Nagpur, la fourniture de fuselages entièrement produits localement par Tata Advanced Systems Limited (TASL), ainsi que l’assemblage et la maintenance des moteurs Safran M-88 sur place. Destiné à la Force aérienne indienne (IAF) et à la marine, le projet porte sur la configuration Rafale F4 intégrant des améliorations spécifiques à l’Inde (India-Specific Enhancements, ISE), des capacités futures de collaboration homme-machine (MUM-T), la possibilité d’adopter un moteur plus puissant de 120 kN, et l’intégration d’un armement indigenisé incluant les familles de missiles Astra et Rudram. La production pourrait débuter dans un délai de trois ans, avec une montée en cadence à 20 avions par an, en cohérence avec le contrat à 22 milliards de dollars portant sur 114 Rafale pour l’IAF et 26 pour la marine.

Cette proposition intervient dans un contexte de crise des escadrons de la Force aérienne indienne, passée de 42 unités prévues à seulement 31 en opération, et s’appuie sur le bilan opérationnel du Rafale, notamment lors de l’Opération Sindoor où la suite de guerre électronique Spectra a permis d’échapper aux missiles chinois PL-15. Le Conseil d’approvisionnement en défense évaluant actuellement cette offre, l’engagement de Dassault dans le cadre du programme « Make in India » pourrait accélérer la procédure de l’appel d’offres MRFA (Multi-Role Fighter Aircraft), en devançant notamment l’Eurofighter Typhoon et le F-21 proposé par Lockheed Martin.

Une montée en puissance industrialo-technologique indienne

Au cœur de l’offre de Dassault figure le passage d’une simple production de composants à une intégration complète locale, tirant parti du développement rapide du secteur aérospatial en Inde. Le site DRAL à Nagpur, implanté dans la zone économique spéciale MIHAN et créé en 2016 dans le cadre des compensations du premier contrat Rafale de 36 appareils, accueillera l’assemblage final des avions. Déjà en charge de la fabrication de pièces telles que des sections de fuselage, des ailes et des verrières, DRAL se prépare à évoluer vers l’assemblage complet, avec une capacité potentielle de production atteignant deux avions par mois. Dassault envisage également de prendre la pleine propriété de cette usine afin d’assurer un contrôle qualité optimal. L’objectif est d’appuyer non seulement les commandes indiennes, mais aussi les exportations, notamment vers l’Indonésie qui a commandé 42 Rafale, faisant de l’Inde un pôle régional de production.

Parallèlement, Tata Advanced Systems Limited (TASL), basée à Hyderabad, fournira l’intégralité des fuselages produits localement à partir de 2028, une première pour ce composant essentiel hors de France. Suite à la signature en juin 2025 de quatre accords de transfert de production (Production Transfer Agreements) entre Dassault et TASL, des transferts technologiques importants permettront la fabrication annuelle de 24 fuselages dans une usine ultramoderne. Cette collaboration, évaluée à plusieurs milliards, s’inscrit dans le cadre du programme MRFA sous la bannière « Buy Global – Make in India », et pourrait faire remonter jusqu’à 60 % de la valeur manufacturière du Rafale en Inde, notamment via l’externalisation potentielle de la production d’ailes vers un autre partenaire local.

Un écosystème moteur entièrement localisé

Safran, fabricant du moteur M-88 double flux, assurera l’assemblage des turbines en Inde, chaque moteur délivrant 75 kN de poussée avec postcombustion. Une installation dédiée à la maintenance, réparation et révision (MRO) sera également mise en service à Hyderabad fin 2026, afin d’entretenir les 186 moteurs des 36 Rafale existants de l’IAF, 52 moteurs pour les 26 Rafale-M de la marine, et les 240 moteurs pour la future flotte MRFA. Cette unité créera initialement 150 emplois, potentiellement portés à 750, et bénéficiera d’un transfert de technologie garantissant l’autonomie et la réduction des coûts sur le cycle de vie du moteur, tout en diminuant la dépendance aux importations.

Le planning est ambitieux : la production dans l’usine indienne pourrait débuter dans les trois ans suivant la signature du contrat, avec un rythme progressif visant 20 avions annuels. Cela permettrait de livrer l’ensemble des 114 appareils dans un délai inférieur à six ans, un calendrier plus rapide que celui des lignes françaises de Dassault, qui n’ont produit que 13 avions en 2023 en raison de contraintes d’approvisionnement.

Des capacités renforcées et adaptées aux besoins indiens

La variante Rafale F4 proposée intègre des améliorations spécifiques à la demande de l’Inde (ISE), basées sur la flotte actuelle F3R de l’IAF. Les améliorations couvrent une connectivité accrue pour les opérations de guerre centrée réseau, le radar à antenne électronique active Thales RBE2 AESA, une version améliorée de la suite électronique Spectra, ainsi que des liens de données optimisés pour une intégration transparente avec les systèmes indiens. Cette version F4 garantit une pertinence opérationnelle sur 10 à 15 ans, avec des mises à jour rapides possibles au niveau des escadrons en une seule semaine, assurant la parité de flotte sans nécessiter d’importants travaux de modernisation.

Un point crucial est la proposition d’intégration complète d’un armement indien, comprenant la famille de missiles air-air Astra à longue portée (Astra Mk1 : 110 km ; Mk2 : plus de 160 km) et la famille de missiles anti-radiation Rudram (Rudram-I : 150 km pour missions SEAD, et Rudram-II/III pour frappes de précision étendues). Conçus par le DRDO, ces systèmes remplaceront ou compléteront les armements français tels que le MICA ou le SCALP-EG, améliorant les capacités de frappe à distance face à des menaces comme le chasseur chinois J-20. L’intégration, déjà en cours pour les Rafale-M de la marine dans le cadre du contrat de 7 milliards d’euros signé en avril 2025, comprend également le Smart Anti-Airfield Weapon (SAAW) pour des frappes terrestres de précision. Cette personnalisation répond notamment à la réticence initiale de Dassault à partager le code source, mais s’aligne désormais avec la volonté indienne d’autonomie stratégique, avec un potentiel d’exportation de ces innovations vers d’autres utilisateurs du Rafale, comme la Grèce.

Vers une modernisation continue et une évolution technologique

Le projet prévoit aussi des capacités Manned-Unmanned Teaming (MUM-T) permettant au Rafale de collaborer avec des systèmes sans pilote, comme le drone HAL CATS Hunter, pour des frappes coordonnées. Par ailleurs, une option pour passer à un moteur de 120 kN, fruit d’un projet conjoint Safran-GTRE initialement destiné au chasseur de 5e génération AMCA, est incluse. Cette amélioration potentielle, doublant la poussée totale à 240 kN, ferait passer le rapport poussée/poids de 0,80 à 1,23, autorisant le supercroisière à Mach 1,4 sans réchauffe et une meilleure performance en haute altitude, notamment dans l’environnement himalayen. Bien que ce moteur soit encore en développement, il positionne le Rafale comme une passerelle technologique vers les futurs programmes aéronautiques indiens.

Cette offre renforce la candidature de Dassault dans l’appel d’offres MRFA, avec une proposition d’accord gouvernement à gouvernement (G2G) pour 90 avions F4, complétant ainsi les 36 Rafale déjà commandés pour atteindre le total initial de 126. Elle tire parti des infrastructures existantes sur les bases d’Ambala et Hasimara, limitant les coûts tout en soutenant les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) à travers la chaîne d’approvisionnement. Sur le plan économique, la production locale pourrait réduire de 20 à 30 % les coûts liés à la main-d’œuvre et à la logistique. Globalement, ce contrat à 22 milliards de dollars (soit environ 193 millions de dollars par appareil, incluant les infrastructures) générerait des milliers d’emplois et développerait un potentiel d’exportation.