Le Defence Research and Development Organisation (DRDO) de l’Inde franchit une étape majeure dans l’innovation aérospatiale en remettant officiellement à l’Aeronautical Development Agency (ADA) le simulateur électronique pilote développé localement. Cette plateforme intégrée de haute-fidélité associe matériel et logiciel pour offrir des essais en vol virtuels avancés, permettant aux ingénieurs de « piloter » un avion entièrement numérique dans des simulations immersives reproduisant précisément les commandes du pilote et les contraintes environnementales.
La remise, qui a eu lieu dans les locaux de l’ADA à Bengaluru, s’est déroulée en présence de hauts responsables du DRDO, notamment le directeur de l’Institute for Systems Studies and Analyses (ISSA), le Dr Rajeev Varadarajan, ainsi que la directrice du programme ADA, le Dr Sadhana Rajagopalan. Cette étape clé vise à accélérer le développement des futurs chasseurs indiens tels que l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) et le Tejas Mk-2.
Le simulateur électronique pilote répond à des défis anciens liés à la validation des commandes de vol en reproduisant le comportement humain du pilote — des ajustements subtils du manche et des gaz à l’interprétation des données des capteurs — dans diverses conditions, incluant les turbulences, les brouillages électroniques et les manœuvres à forte accélération. Dans un contexte géostratégique où l’Inde renforce ses programmes d’aéronefs indigènes, cet outil doit réduire de plusieurs années les délais de certification tout en augmentant la sécurité et en optimisant les coûts.
En son cœur, le système de simulation combine une architecture hardware-in-the-loop (HIL) et des algorithmes logiciels avancés pour créer un jumeau virtuel du système de commande de vol fly-by-wire de l’avion. Il ne se limite pas à simuler la dynamique du vol : il intègre la boucle de décision du pilote. Les commandes du pilotage telles que les déplacements du manche cyclique, les manettes des gaz pour la poussée, ou les palonniers sont traduits en ordres précis pour les surfaces de contrôle, en tenant compte des données en temps réel provenant des capteurs inertiels (IMU), des calculateurs air-data et des radars altimètres.
Dans des scénarios variés — de l’approche à basse altitude sur terrain hostile aux transsoniques —, le simulateur soumet les lois de commandes de vol (Flight Control Laws – FCL) à rude épreuve, garantissant stabilité et maniabilité. Par exemple, il peut reproduire instinctivement un redressement du pilote lors d’un décrochage non intentionnel ou un virage coordonné en situation d’évasion missile, grâce à des modèles IA entraînés sur des données historiques du Tejas. Cette fidélité homme-machine, grâce aux algorithmes exclusifs du DRDO dédiés à l’interface homme-machine (MMI), dépasse en adaptabilité les simulateurs importés, avec un taux d’intégration locale supérieur à 85 %.
« En comblant le fossé entre la cognition humaine et la réponse machine, ce banc d’essai transforme un code abstrait en réalité aérienne », a souligné le Dr Varadarajan lors de la cérémonie. « Ce n’est pas simplement un outil ; c’est le copilote invisible propulsant la souveraineté aérospatiale de l’Inde. »
Ce transfert arrive à point nommé pour l’ADA, agence centrale des programmes Tejas et AMCA. Pour le Tejas Mk-2 — chasseur multirôle de génération 4.5 amélioré, dont le premier vol est prévu en 2027 —, ce simulateur validra les nouvelles lois de vol intégrant une stabilité réduite pour une meilleure agilité, en lien avec les radars AESA Uttam et le moteur GE F414. Il facilitera aussi l’intégration des systèmes avioniques, testant la fusion de données entre calculateurs de mission, affichages tête haute (HUD) et suites de guerre électronique lors de charges opérationnelles simulées.
À plus long terme, l’AMCA — avion furtif de cinquième génération développé en Inde, doté de deux moteurs et de compartiments internes à armement — bénéficiera grandement du simulateur. Il permettra des vérifications de sûreté précoces de sa cellule à profil spécifique (area-ruled) et de ses capacités de supercroisière, en simulant des cas extrêmes comme des défaillances asymétriques de poussée ou des intrusions cybernétiques sur les commandes fly-by-optics. Grâce à des milliers de missions virtuelles sans risques matériels, l’ADA espère réduire de 40 % le nombre d’itérations sur prototypes physiques, ce qui pourrait accélérer le calendrier de lancement de l’AMCA à 2028.
Cet outil s’inscrit dans l’écosystème global du DRDO, complétant les essais en soufflerie réalisés au National Trisonic Facility ainsi que les bancs de tests iron-bird de HAL à Nashik. Les retours opérationnels obtenus depuis mai 2025 lors de l’opération Sindoor, où des pilotes électroniques ont assisté à la simulation d’essaims de drones, ont confirmé sa valeur dans les doctrines de guerre hybride.
| Application | Fonctions clés | Bénéfices pour les programmes ADA |
|---|---|---|
| Validation des lois de commande | Simule les réponses des FCL aux entrées pilote sous contrainte (ex. manœuvres à grand angle d’attaque) | Garantit la stabilité avec marges statiques réduites du Tejas Mk-2 ; ajustement des enveloppes furtives de l’AMCA |
| Intégration avionique | Teste la fusion sensorielle et l’intégrité des bus de données en boucle virtuelle | Accélère la certification des HUD et suites de guerre électronique ; réduit de 30 % les risques d’interférences électromagnétiques |
| Contrôles de sécurité | Effectue des analyses de modes de défaillance (ex. blocage actionneur, biais capteurs) | Réduit les retards de certification ; structures de pannes virtuelles assurant une fiabilité de service de 99,99 % |