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Face à une pénurie de missiles, des pilotes de F-15 ont adopté une tactique inhabituelle en larguant des bombes sur des drones iraniens volant au-dessus du champ de bataille. Cette approche, aussi innovante qu’imprévue, illustre l’adaptation des forces aériennes américaines lors des confrontations récentes avec des cibles de plus en plus nombreuses et variées.

En avril 2024, lors d’une vague d’attaques lancée par l’Iran et les rebelles houthis du Yémen contre Israël, les équipages de F-15 de l’US Air Force ont dû faire face à une saturation de drones et de missiles : 170 drones, plus de 120 missiles balistiques et une trentaine de missiles de croisière. « Si les pilotes avaient pu baisser la fenêtre et jeter des pierres, ils l’auraient sans doute fait », a confié le lieutenant-général Derek France, commandant des forces aériennes centrales, lors d’une conférence de presse à la conférence annuelle de l’Air & Space Forces Association à Maryland.

Privés de missiles après en avoir tiré un grand nombre, les pilotes ont alors tenté une méthode quasi inédite : utiliser des bombes pour détruire des drones en plein vol. Les lieutenant-colonels Curtis « Voodoo » Culver et Timothy « Diesel » Causey, du 494e escadron de chasse basé à la Royal Air Force de Lakenheath, en Angleterre, ont ainsi tenté de toucher un drone iranien avec une munition guidée par laser (GBU-54 JDAM), normalement conçue pour des tirs air-sol.

« L’appareil était à court de missiles », a expliqué Derek France. « Tout ce qui restait, c’était une GBU-54. Ce n’est pas du tout une arme prévue pour un engagement en vol, mais l’équipage était sur le retour pour refaire le plein et recharger. Ils ont vu un drone, alors ils se sont dit : ‘Essayons, on verra bien.’ »

Cette tactique n’était pas une procédure standard, mais un dernier recours : « C’était simplement tout ce qu’ils avaient sous la main », a précisé le commandant. Si la première bombe a « juste raté » sa cible, deux autres F-15 qui ont tenté la même méthode ont également échoué. Cette initiative illustre toutefois une remarquable capacité d’adaptation en combat aérien.

En novembre 2024, les deux pilotes ont reçu la Distinguished Flying Cross pour leur bravoure et leur ingéniosité lors de cette attaque iranienne. Depuis, les forces américaines ont commencé à déployer le système avancé APKWS (Advanced Precision Kill Weapon System), qui utilise des roquettes guidées par laser à coût réduit pour abattre efficacement les drones.

Le chef d’état-major de l’US Air Force, le général David Allvin, a expliqué que l’APKWS permettrait de neutraliser ces cibles à moins de 10 % du coût d’un missile AIM-9X Sidewinder. Chaque F-15E peut emporter jusqu’à 42 roquettes de ce type. « Si les F-15 déployés contre les drones iraniens en 2024 avaient eu ces roquettes, ils auraient eu la capacité de tirer directement sans manquer de munitions », a ajouté Derek France. Ces roquettes sont équipées d’un fusible de proximité, ce qui leur permet de détoner à proximité d’une cible aérienne.

Si l’emploi de bombes contre des cibles aériennes reste extrêmement rare, il existe un précédent historique : le 14 février 1991, lors de la première guerre du Golfe, un équipage de F-15 a réussi à détruire un hélicoptère Mi-24 irakien en plein vol avec une bombe guidée par laser. Le lieutenant-colonel à la retraite Tim « Rhino » Bennett, pilote de l’époque, expliquait : « La bombe a explosé juste sous l’hélicoptère, ce qui a complètement détruit la cible sans laisser de débris. C’était un tir parfait. »

Cette capacité à innover rapidement sur le théâtre des opérations est essentielle face à des menaces asymétriques de plus en plus complexes, comme l’illustre l’engagement des F-15 contre les drones iraniens en 2024.