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L’armée indienne envisage un achat massif de mortiers montés sur véhicules, avec un projet d’acquisition d’environ 3 000 systèmes, dans le but de renforcer sa capacité de feu indirect rapide et mobile, notamment dans les zones montagneuses comme l’Himalaya.

Cette information, non confirmée officiellement à ce jour, offre néanmoins l’opportunité d’analyser en détail ce type de véhicule et ses caractéristiques techniques. L’armée indienne a déjà déployé un premier lot de systèmes de mortier d’infanterie montés sur véhicule, basés sur un châssis Mahindra 4×4. Ces véhicules intègrent un mortier automatique espagnol Alakran de 81 mm, développé par NTGS. Ils stockent le tube du mortier dans la zone de chargement, puis le positionnent sur une plaque de base grâce à un élévateur électromécanique, permettant de tirer depuis des terrains durs ou rocailleux.

Mahindra fournit une importante flotte de camions blindés légers Armado et ALSV, utilisés comme plateformes de transport, ce qui facilite la formation, la maintenance et le soutien logistique.

Le système de tir du VMIMS (Vehicle Mounted Infantry Mortar System) est particulier : plutôt que de tirer directement depuis la plateforme, le mortier est abaissé sur une base spécialement conçue qui absorbe le recul, préserve la précision et protège le châssis. Le déploiement automatisé, la navigation inertielle intégrée et la motorisation électrique permettent aux équipages de déployer, niveler, orienter et calculer rapidement la solution balistique, même en terrain difficile. Pour la version de 81 mm actuellement en service, la portée maximale se situe entre 6 et 7,5 km selon le type de munition, avec une cadence de tir pratique d’environ une douzaine de coups par minute en rafales courtes.

Le véhicule assure une contribution essentielle au dispositif. Le châssis ALSV 4×4 fournit mobilité sur pistes et chemins accidentés, une protection limitée contre les armes légères et éclats, ainsi qu’une capacité de charge suffisante pour emporter les munitions, le mécanisme d’élévation, les systèmes de communication et une équipe de quatre à cinq soldats, sans compromettre la suspension.

Le lot initial est modeste : une cinquantaine de véhicules livrés entre 2023 et 2024 pour des unités déployées dans le nord-est de l’Inde et le long du front himalayen. Ces systèmes ont été employés en démonstrations publiques et exercices, démontrant l’acceptation du concept par les forces et les progrès dans la maîtrise opérationnelle. Un programme élargi préserverait vraisemblablement cette architecture pour homogénéiser les moyens, avant d’introduire une variante avec mortier de 120 mm, offrant des effets plus puissants selon les besoins. Le passage au calibre 120 mm permettrait un meilleur souffle, une plus grande portée et des destructions accrues sur bunkers et positions fortifiées, au prix d’une charge utile réduite, d’un nombre moindre de munitions transportées et d’exigences renforcées en matière de gestion du recul et de contrôle du tir.

Le fait que le mortier soit abaissé au sol pour le tir, plutôt que fixé sur la plate-forme, facilite cette évolution technique.

Les mortiers montés sur véhicules permettent aux bataillons d’infanterie motorisée de suivre le rythme des patrouilles rapides tout en assurant un appui feu quasi instantané, quelques minutes après une demande d’appui. Les équipages peuvent ensuite se replier promptement pour éviter la riposte adverse, un avantage tactique capital dans les vallées étroites et crêtes accidentées, où la réactivité est primordiale. L’automatisation du calcul balistique réduit le temps de mise en place et l’erreur humaine, notamment lorsque les unités subissent la fatigue ou opèrent en altitude.

La plateforme intègre également des chaînes numériques d’appui feu : les missions arrivent directement sur tablettes tactiles et le système recommande les réglages d’azimut, d’élévation et la charge de la munition. L’équipage n’a plus qu’à confirmer, charger puis tirer, accélérant ainsi le lancement des premières salves tout en limitant les corrections de tir et la signature au sol.

L’Inde fait face depuis 2020 à des tensions persistantes, parfois violentes, avec la Chine le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC), un théâtre où la logistique est particulièrement mise à l’épreuve. Ces mortiers montés sur véhicules, conçus et intégrés localement, s’inscrivent dans la volonté de New Delhi d’autonomie opérationnelle, tout en répondant aux besoins spécifiques d’appui aux postes avancés et positions temporaires en haute altitude. Une flotte plus importante comblerait certaines limites de l’artillerie classique, surtout dans des zones où le transport ou le remorquage d’obusiers est difficile et l’usage d’hélicoptères limité.

Ce développement traduit également une tendance vers une puissance de feu accrue au niveau du sous-groupement tactique, un enseignement tiré des conflits récents où les petites unités exigent un appui immédiat et où la menace des drones impose mobilité et furtivité. Si la phase d’étude débouche sur un financement, l’armée indienne ferait un pas significatif vers une capacité de feu indirect notable sur son flanc nord, difficile à ignorer dans la région.