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La Royal Navy a officiellement mis en service son sixième sous-marin nucléaire de la classe Astute, le HMS Agamemnon, lors d’une cérémonie tenue au chantier naval BAE Systems de Barrow-in-Furness, à laquelle environ 500 personnes ont assisté. Le Roi Charles III a présidé l’événement, lisant l’ordre de mise en service avant de se rendre à l’hôtel de ville de Barrow, où la ville a reçu le statut officiel de Port Royal. Ce même jour, le premier acier a été coupé pour le HMS King George VI, quatrième sous-marin de la classe Dreadnought, soulignant le développement parallèle de ces deux programmes majeurs de sous-marins à Barrow.

Les travaux sur le HMS Agamemnon ont débuté en juillet 2013 avec la découpe de la première tôle, et le sous-marin a reçu officiellement son nom en avril 2024. La mise en service a eu lieu depuis le Devonshire Dock Hall le 2 octobre 2024, suivie de la mise à flot le lendemain. Ce processus, qui conclut plus de douze ans de construction, a subi plusieurs retards liés notamment aux interruptions causées par la pandémie, aux redéploiements de ressources vers le programme Dreadnought, ainsi qu’à la complexité technique du design de la classe Astute.

La mise en service du HMS Agamemnon marque une étape importante, mais il restera à Barrow pour effectuer les essais finaux et les travaux de configuration, comprenant les tests en bassin et l’intégration des systèmes. Par la suite, il entamera les essais en mer avant sa récente affectation à la base navale de Clyde. Le nom Agamemnon perpétue une tradition de la Royal Navy remontant au XVIIIe siècle, et le sous-marin porte une plaque honorifique en chêne provenant d’un navire antérieur du même nom, reliant ce nouveau bâtiment à son illustre passé.

Caractéristiques techniques et armement

Le HMS Agamemnon est le sixième exemplaire d’une série de sept sous-marins nucléaires d’attaque classe Astute, et le pénultième de ce programme. Il mesure environ 97 mètres de long, déplace environ 7 400 tonnes et est propulsé par un réacteur à eau pressurisée Rolls-Royce PWR2 équipant une propulsion par jet d’eau. Ce réacteur nucléaire est conçu pour durer toute la durée de vie du sous-marin sans nécessiter de ravitaillement, la portée opérationnelle étant limitée par les ressources en vivres et la capacité d’équipage, généralement autour de 90 jours.

Le système de combat embarqué comprend le sonar intégré Thales Sonar 2076, des mâts optroniques CM010 et divers capteurs spécialisés. Son armement se compose de six tubes lance-torpilles de 533 mm pouvant embarquer jusqu’à 38 armes, dont des torpilles lourdes Spearfish et des missiles de croisière Tomahawk à capacité d’attaque terrestre, offrant une portée d’environ 1 600 kilomètres. La Royal Navy prévoit d’introduire la version Tomahawk Block V, qui améliorera les capacités de communication et de guidage en vol. L’équipage est d’environ 98 personnes, avec possibilité d’embarquer du personnel supplémentaire.

Rôle opérationnel et contexte stratégique

Dans la configuration actuelle des forces sous-marines britanniques, les Astute comme le HMS Agamemnon remplissent plusieurs missions clés : escorter et soutenir les groupes d’attaque de porte-avions, protéger les infrastructures sous-marines, collecter du renseignement, et déployer des forces spéciales depuis une plate-forme immergée. Leur armement polyvalent leur permet à la fois de menacer les voies maritimes ennemies et de mener des frappes terrestres précises, tandis que leurs systèmes de détection assurent la surveillance et le suivi dans un environnement sous-marin complexe.

Le HMS Agamemnon vient renforcer une flotte dont la disponibilité a été affectée par des programmes longs et complexes de maintenance et de modernisation. Début 2025, le HMS Prince of Wales a notamment opéré dans le Pacifique sans escorte sous-marine en raison du retour au port du HMS Anson pour maintenance, tandis que les HMS Ambush et Artful ont été inactifs sur des périodes prolongées. L’arrivée du nouvel Astute devrait accroitre la disponibilité opérationnelle en offrant une meilleure flexibilité lors des rotations entre opérations, améliorations et périodes à quai.

Une fois les essais terminés, le HMS Agamemnon rejoindra les cinq autres sous-marins de la classe Astute stationnés à la base navale de Clyde.

Une génération de sous-marins désormais bien établie

La classe Astute constitue l’actuelle génération de sous-marins nucléaires d’attaque britanniques, remplaçant la classe Trafalgar. Chaque sous-marin intègre le réacteur PWR2, une propulsion par jet d’eau, des ensembles sonars avancés et des mâts optroniques remplaçant les périscopes conventionnels. Le programme total prévoit sept unités, six en service aujourd’hui et la dernière en construction.

Le dernier sous-marin, originellement nommé Agincourt, a été rebaptisé HMS Achilles et son entrée en service est attendue entre 2028 et début 2029. Selon des sources officielles telles que la National Audit Office, le coût du HMS Agamemnon est estimé à environ 1,533 milliard de livres sterling, ce qui le place dans la moyenne des dépenses au sein de la classe. Le programme a rencontré des difficultés initiales, notamment liées à la conception en 3D assistée et à l’équipement vertical, nécessitant l’intervention d’experts externes, mais la construction s’est ensuite stabilisée à un rythme soutenu.

L’arrivée du HMS Agamemnon marque la fin proche du cycle de construction des Astute, tandis que les préparatifs s’intensifient pour leur successeur.

Perspectives industrielles et stratégiques

La cérémonie de mise en service a aussi mis en lumière la continuité des programmes sous-marins britanniques à Barrow, avec la progression parallèle de l’Astute et du Dreadnought. Le lancement des travaux pour le HMS King George VI lance la construction du quatrième sous-marin de la classe Dreadnought, qui prendra la relève des Vanguard au début des années 2030 et préservera la dissuasion nucléaire britannique dans le cadre de l’Operation Relentless.

La désignation officielle de Barrow comme Port Royal vient reconnaître plus d’un siècle de production de sous-marins dans cette ville, soulignant son rôle central dans le maintien du secteur nucléaire de défense au Royaume-Uni. En 2024, plus de 13 500 emplois liés au nucléaire de défense étaient recensés à Barrow, avec des perspectives de croissance liées à la fin de la construction des Astute et à l’accélération du programme Dreadnought.

Ce socle industriel solide assure la pérennité des compétences et des infrastructures nécessaires alors que le Royaume-Uni prépare la transition vers une nouvelle génération de sous-marins.

Enjeux futurs et coopération internationale

Le HMS Agamemnon occupe une position charnière entre la classe Astute et son remplaçant prévu. Les orientations évoquées dans la Revue stratégique de défense prévoient une augmentation du nombre de sous-marins nucléaires d’attaque au cours des années 2030. Par ailleurs, le programme trilatéral SSN-AUKUS vise à délivrer un nouveau design de sous-marin d’attaque destiné à remplacer la classe Astute vers la fin de cette décennie.

Selon la planification, la Royal Navy déploiera à partir de 2027 un sous-marin nucléaire d’attaque en dotation au HMAS Stirling en Australie-Occidentale, renforçant la coopération alliée et la présence stratégique dans l’Indopacifique.

Jérôme Brahy