À la suite de la signature récente de l’Accord stratégique de défense mutuelle entre le Pakistan et l’Arabie saoudite le 17 septembre 2025, le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, s’est montré évasif quant à une éventuelle intervention militaire directe de l’Arabie saoudite en cas d’attaque indienne sur le Pakistan. Ses déclarations ambiguës, faites lors d’interviews accordées à Geo TV et Reuters, ont suscité de nombreuses interrogations sur les conséquences de ce pacte pour la sécurité en Asie du Sud, particulièrement dans un contexte de tensions accrues entre l’Inde et le Pakistan après l’opération Sindoor de mai 2025.
Ce pacte de défense, formalisé durant la visite du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif à Riyad, contient une clause phare indiquant que « toute agression contre l’un des pays sera considérée comme une agression contre les deux ». Ce dispositif de défense collective, à l’image de l’OTAN, a provoqué des inquiétudes à New Delhi, notamment en raison des capacités nucléaires pakistanaises et du poids financier saoudien. Signé en présence du chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, et du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l’accord vise à institutionnaliser des décennies de coopération sécuritaire, incluant entraînements, déploiements militaires et soutien économique.
Cependant, lors d’une question posée par Geo TV sur une éventuelle intervention militaire active de l’Arabie saoudite en cas d’attaque indienne, Khawaja Asif a adopté un ton prudent. S’il avait auparavant affirmé : « Oui, absolument. Il n’y a aucun doute », au sujet du soutien saoudien, il a ensuite insisté sur le caractère défensif du pacte en précisant : « Nous n’avons aucune intention d’utiliser ce pacte à des fins d’agression. Mais si l’une des parties est menacée, alors évidemment ce dispositif sera activé ». Cette prudence laisse planer un flou sur l’engagement réel de Riyad dans un conflit avec l’Inde.
Dans une autre interview accordée à Reuters, Asif a davantage embrouillé la situation en niant que les armes nucléaires soient incluses dans l’accord, affirmant qu’elles ne sont « pas à l’ordre du jour », alors qu’il avait précédemment laissé entendre que les capacités nucléaires pakistanaises pourraient être mises à disposition de l’Arabie saoudite en cas d’urgence. Un haut responsable saoudien, sous couvert d’anonymat, a décrit le pacte comme un « accord défensif complet englobant tous les moyens militaires », sans toutefois clarifier l’étendue du soutien militaire dans un éventuel conflit entre l’Inde et le Pakistan.
Cette ambiguïté intervient alors que les tensions régionales restent fortes, notamment après l’attaque terroriste de Pahalgam en avril 2025, qui a causé 26 morts et provoqué l’opération de représailles indienne Sindoor. Ce conflit de quatre jours a vu les forces indiennes cibler des infrastructures militaires et terroristes pakistanaises, révélant des faiblesses dans la défense aérienne pakistanaise, notamment le système chinois HQ-9B, qui a subi des dommages lors des frappes de l’Indian Air Force. Le pacte saoudien-pakistanais, intervenu peu après une frappe israélienne contre le Qatar et dans un contexte de méfiance croissante envers la fiabilité américaine au Moyen-Orient, semble davantage répondre à des enjeux régionaux liés au Golfe, en particulier face à Israël et à l’Iran, plutôt qu’à une stratégie contre l’Inde.
Plusieurs analystes, dont ceux cités par India Today, qualifient ce pacte de « posture politique », visant surtout à afficher une solidarité contre Israël plutôt qu’à garantir une intervention militaire saoudienne dans un conflit indo-pakistanais. La réticence historique de l’Arabie saoudite à s’impliquer directement dans les conflits sud-asiatiques, combinée à ses liens économiques solides avec l’Inde, amoindrit les chances de voir Riyad déployer ses moyens militaires – comme ses F-15 ou ses Eurofighter Typhoons – au profit du Pakistan. L’Arabie saoudite est en effet le deuxième partenaire commercial de l’Inde, avec des échanges bilatéraux bien supérieurs à ceux avec le Pakistan. La visite du Premier ministre Narendra Modi à Riyad en avril 2025 a souligné la profondeur de cette relation indo-saoudienne.
Un point central de controverse demeure la possible intégration de l’arsenal nucléaire pakistanais dans l’accord. Les déclarations contradictoires de Khawaja Asif – confirmant à Geo TV que les capacités nucléaires pakistanaises seraient accessibles à Riyad, puis niant ce point auprès de Reuters – alimentent les spéculations sur un éventuel « parapluie nucléaire » saoudien. La mention vague d’un haut responsable saoudien à propos de « tous les moyens militaires » n’a guère aidé à clarifier ce sujet. Des experts, dont le géopoliticien Ian Bremmer, rappellent que l’Arabie saoudite considère depuis longtemps le programme nucléaire pakistanais comme une option d’urgence, notamment face aux ambitions nucléaires iraniennes. Or, la doctrine officielle du Pakistan limite l’usage de son arsenal nucléaire en tant que dissuasion spécifiquement dirigée contre l’Inde, ce qui complique toute perspective de partage de ces capacités avec Riyad.
Pour l’Inde, cet accord complexifie davantage la donne. Le ministère indien des Affaires étrangères, par la voix du porte-parole Randhir Jaiswal, a déclaré suivre le développement du pacte et examiner ses conséquences sur la sécurité nationale et la stabilité régionale. Cette réaction prudente s’inscrit dans le contexte des relations solides entre l’Inde et l’Arabie saoudite, illustrées par des exercices militaires conjoints comme SADA-TANSEEQ en 2024 et un commerce énergétique significatif. Cependant, cet accord pourrait inciter le Pakistan à adopter une posture plus inflexible sur des sujets sensibles comme le Cachemire, ce qui pourrait fragiliser la doctrine indienne de dissuasion punitive, selon l’ancien ambassadeur Prabhu Dayal dans le Hindustan Times.
La communication mesurée de l’Arabie saoudite traduit sa volonté de maintenir des relations solides avec l’Inde tout en approfondissant ses liens avec le Pakistan. Un haut responsable saoudien a affirmé à Reuters : « Notre relation avec l’Inde est plus forte que jamais. Nous continuerons à la développer et à contribuer à la paix régionale ». Ce positionnement laisse entendre que Riyad privilégie son partenariat économique et stratégique avec l’Inde, acteur clé du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), plutôt que de s’engager militairement dans un conflit sud-asiatique. Le calendrier du pacte, peu après l’attaque israélienne à Doha, souligne une préoccupation élargie pour la sécurité du Golfe, en particulier face à la confiance déclinante envers les États-Unis dans la région.