Le ministère de la Défense japonais étudie un rapport suggérant d’explorer la propulsion nucléaire pour ses futurs sous-marins de la Force d’autodéfense maritime, lesquels seraient équipés de systèmes de lancement vertical (VLS) destinés à des capacités de contre-attaque avancées.
Présentation faite au ministre de la Défense, le général Nakatani, le 19 septembre, ce rapport d’un panel d’experts souligne que ces sous-marins dotés de VLS devraient pouvoir assurer une navigation longue portée et une immersion prolongée tout en transportant des missiles à longue portée.
Ce groupe d’experts en renforcement des capacités de défense a insisté sur l’importance d’intensifier la recherche et le développement technologique en envisageant « la prise en compte de l’utilisation de systèmes de propulsion de nouvelle génération », sans se limiter aux technologies classiques.
Les débats antérieurs laissent entendre que ces « systèmes de propulsion de nouvelle génération » font référence à des réacteurs nucléaires compacts et autres innovations similaires, bien que l’étude n’évoque pas explicitement la propulsion nucléaire.
Un enjeu majeur pour la politique énergétique japonaise
Si le Japon décidait d’adopter des sous-marins à propulsion nucléaire, cela soulèverait des interrogations sur la cohérence de cette décision avec son engagement historique en faveur d’une utilisation pacifique de l’énergie atomique.
Par ailleurs, le panel a également recommandé de revoir les restrictions actuelles concernant les exportations d’armements, qui, selon les directives liées aux Trois Principes sur le Transfert d’équipements et de technologies de défense, sont aujourd’hui limitées à cinq usages : le secours, le transport, la surveillance, la détection et le déminage.
Le rapport insiste sur la nécessité d’« élargir le champ des transferts en tenant compte des réalités actuelles et en obtenant l’adhésion de l’opinion publique ».
Bien que les exportations vers des pays en situation d’invasion soient actuellement restreintes aux équipements non létaux, le panel a suggéré de lever ces limitations pour les pays alliés partageant des valeurs communes avec le Japon, précisant qu’« une possibilité serait de ne pas imposer de telles limites ».
Vers un débat intense sur les exportations d’armement
Cette proposition est susceptible de déclencher un débat important, car elle permettrait l’exportation d’armes létales à des pays engagés dans des conflits armés.
Dans le contexte du programme actuel d’accroissement des capacités de défense, qui fixe les dépenses à 43 000 milliards de yens (soit 290,7 milliards de dollars) d’ici à 2027, le panel a appelé à des efforts supplémentaires, insistant sur le besoin urgent d’améliorer les capacités de dissuasion et de réaction face à l’évolution de l’environnement sécuritaire.
Les experts ont aussi recommandé d’accroître la flexibilité quant à la durée de couverture et au cycle de révision du programme, suggérant qu’une accélération des ajustements soit nécessaire.
Une menace coordonnée en Asie de l’Est
Le rapport avertit également qu’il existe une forte probabilité de coordination entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord en cas de crise dans la région de l’Asie de l’Est.
Dans ce contexte, il fait référence aux mesures prises par certains membres de l’OTAN visant à augmenter leurs budgets de défense jusqu’à 5 % du PIB, une réponse aux exigences de l’administration américaine visant à promouvoir une politique dite du « America First ».
« Cela doit être considéré comme une transformation structurelle de la politique américaine et ne pas être vu comme un phénomène transitoire », indique le rapport.
Un cadre stratégique renouvelé
Le panel d’experts a été constitué en février 2024, sur la base de la Stratégie de défense nationale japonaise et d’autres documents approuvés par le gouvernement fin 2022.
Le ministère de la Défense prévoit de poursuivre les consultations sur le renforcement fondamental des capacités de défense du pays en s’appuyant sur les recommandations de ce rapport.
Taro Ono et Mizuki Sato