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Le financement du programme du destroyer de prochaine génération DDG(X) de la Marine américaine a été relevé à 153,5 millions de dollars, marquant un soutien accru à la recherche et au développement de ce futur bâtiment de combat naval.

Cette augmentation budgétaire comprend 20 millions de dollars supplémentaires destinés à la conception conceptuelle des navires, en plus des 133,5 millions initialement demandés par la Marine. L’objectif principal est de financer la réduction des risques liés à la propulsion ainsi que le design précoce, afin d’éviter les surcoûts en amont de la phase d’acquisition complète prévue pour l’exercice fiscal 2032.

Un récent rapport du Service de Recherche du Congrès américain (CRS) indique que le Congrès a décidé d’augmenter les fonds alloués au programme DDG(X), dépassant ainsi la demande initiale. Le Comité des Forces Armées de la Chambre des Représentants a recommandé notamment un ajout de 20 millions de dollars pour le Design Avancé du Concept de Navire, inscrit à la ligne 45 de l’élément de programme 0603563N.

Cette somme s’ajoute à la requête de la Marine pour l’exercice 2026, qui prévoit 133,5 millions de dollars consacrés à la recherche et au développement du DDG(X). Ce budget comprend 51,6 millions de dollars dédiés au développement du concept (ligne 46, projet 0411) et 81,9 millions pour atténuer les risques relatifs à la puissance et à la propulsion (ligne 48). Ces montants reflètent l’importance accordée à la maturité du design initial et à l’intégration de la propulsion avant le lancement du design détaillé dans les années 2030, période à laquelle le DDG(X) devrait remplacer les croiseurs de classe Ticonderoga et les plus anciens destroyers Arleigh Burke.

La mise à jour récente du CRS a également ajusté la liste des « Questions pour le Congrès », réduisant le nombre de sept questions en août à cinq en septembre. Initialement, les interrogations portaient notamment sur la compatibilité d’un nouveau navire de surface plus grand que les DDG-51 Flight III avec une flotte davantage distribuée, puis sur la rentabilité, les capacités requises, l’estimation des coûts, les contraintes budgétaires et les priorités d’acquisition.

En septembre, la question relative à une flotte distribuée a été retirée, recentrant l’attention sur la rentabilité du DDG(X par rapport à un DDG-51 rallongé, la définition précise des capacités opérationnelles, la faisabilité budgétaire en intégrant d’autres besoins, la gestion des risques techniques et financiers, ainsi que la planification de la transition de l’acquisition du DDG-51 vers le DDG(X). Cette réorientation met l’accent sur la maîtrise des coûts et le respect des calendriers, plutôt que sur l’architecture globale de la flotte.

Le programme DDG(X) vise à offrir des capacités nettement supérieures à celles que peut supporter la coque de la classe Arleigh Burke, fruit de plus de 30 ans d’améliorations successives. La Marine a validé des exigences majeures en décembre 2020, intégrant notamment des éléments du système de combat Aegis Flight III, avec des marges supplémentaires en volume, poids, puissance et refroidissement, un système énergétique intégré, des signatures radar réduites, une meilleure autonomie, ainsi qu’une capacité accrue en armement.

Selon un rapport du Congressional Budget Office (CBO) datant de janvier 2025, le déplacement initial du navire est estimé à 14 500 tonnes, soit 1 000 tonnes de plus que prévu à l’exercice 2024, et environ 49,5 % supérieur à un DDG-51 Flight III. Les concepts actuels suggèrent une longueur d’environ 180 mètres, afin d’accueillir des systèmes futurs tels que des armes à énergie dirigée et des missiles hypersoniques.

Le modèle de base du DDG(X) comprendra 96 cellules du système de lancement vertical Mk 41, avec la possibilité de remplacer 32 d’entre elles par 12 cellules adaptées au lancement de missiles de plus gros calibre. Deux lanceurs Rolling Airframe de 21 cellules sont également prévus, ainsi qu’un « Module de Charge Utile du Destroyer » pouvant être inséré à la section médiane pour accroître le volume interne et la capacité d’emport.

Le CRS souligne que les études menées entre 2018 et 2020 ont démontré qu’une nouvelle forme de coque, combinée à un système énergétique intégré performant, était nécessaire pour garantir les marges de croissance à long terme, plutôt que des modifications limitées sur des navires existants. La Marine a présenté des concepts évolutifs modifiant la disposition des lanceurs verticaux, des radars et des systèmes d’évacuation afin d’améliorer l’intégration du radar et la maîtrise des signatures radar.

Les projections financières mettent en lumière un écart entre les estimations de la Marine, qui évalue le coût moyen d’acquisition à 3,3 milliards de dollars par navire (valeur de l’exercice 2024), et celles du CBO, qui le situe à 4,4 milliards, soit environ un tiers de plus.

Le système de propulsion constitue un enjeu clé pour la gestion des risques du DDG(X). Le programme adoptera un système énergétique intégré dérivé de l’expérience acquise avec la classe Zumwalt, destiné à alimenter tous les systèmes du navire, y compris les futures armes à haute énergie. Des essais au sol sont en cours au Centre de Guerre de Surface Naval de Philadelphie, créé avec un budget de 122 millions de dollars pour simuler les charges électriques du navire. Le moteur diesel haute vitesse FM 175D de Fairbanks Morse Defense, lancé sur le marché américain en 2023, a été choisi pour équiper ce centre de tests visant à valider la production, la performance énergétique et la fiabilité.

Le FM 175D peut produire entre 1,74 et 4,4 MW selon son mode de configuration, mesure 175 mm de diamètre pour une course de 215 mm, et est disponible en versions 12, 16 ou 20 cylindres à quatre temps. Il intègre un turbocompresseur haute efficacité, une injection common-rail, un système de contrôle intégré et des prises de force auxiliaires. Les configurations varient en masse, entre environ 13,3 tonnes pour les versions propulsion et jusqu’à 27 tonnes pour celles intégrant un générateur. Ces essais visent à garantir que le système pourra fournir l’énergie nécessaire à la propulsion, aux systèmes de combat et aux armements avancés dans des conditions réalistes.

Le programme DDG(X) est né après l’annulation du croiseur CG(X) et la réduction de la commande de la classe Zumwalt à seulement trois bâtiments. Formé officiellement en 2021 sous la désignation PMS 460, il s’inscrit dans le cadre de l’initiative des Grands Navires de Combat de Surface.

Il doit remplacer à terme 22 croiseurs de la classe Ticonderoga, acquis entre 1978 et 1988, ainsi que 28 destroyers Arleigh Burke de première génération. Le retrait total des Ticonderoga est prévu pour l’exercice fiscal 2027.

Historiquement, la construction de ces grands navires de surface est confiée à General Dynamics Bath Iron Works et Huntington Ingalls Shipbuilding, avec Lockheed Martin et Raytheon comme principaux fournisseurs de systèmes de combat, soutenus par un vaste réseau de sous-traitants.

Selon la stratégie navale américaine sur 30 ans, les livraisons du DDG(X) devraient débuter en 2032, à un rythme d’un à deux navires par an. Ce calendrier, couplé au retrait des croiseurs et destroyers plus anciens, explique pourquoi le Congrès donne la priorité aux études de conception, à la maîtrise des risques de propulsion et à la surveillance étroite des coûts et des délais.

Jérôme Brahy