À la suite du succès retentissant des frappes aériennes de l’Indian Air Force (IAF) lors de l’Opération Sindoor en mai 2025, une proposition visant à renforcer significativement la puissance de combat de l’IAF gagne en importance. Cette initiative remet en question la décision prise dans les années 1980 par le Cabinet Committee on Security (CCS), qui fixait à 42 le nombre de escadrons de chasse nécessaires pour faire face simultanément à une guerre sur deux fronts, contre le Pakistan et la Chine.
Des sources au sein de l’état-major militaire ont confirmé qu’un réexamen de ce plafond de 42 escadrons — chacun composé de 16 à 18 avions — est en cours. Une évaluation interne recommande une augmentation substantielle de 30 à 35 % afin de mieux répondre aux menaces régionales évolutives. Cette démarche traduit la réponse stratégique de l’Inde face à la modernisation accélérée de la Pakistan Air Force (PAF) et de la People’s Liberation Army Air Force (PLAAF) chinoise, tout en tirant les enseignements de l’Opération Sindoor, qui a révélé des faiblesses dans les défenses aériennes pakistanaises et souligné la nécessité d’une IAF renforcée.
Dans les années 1980, le mandat du CCS prévoyait une force de 42 escadrons (soit environ 672 à 756 avions) afin de garantir la capacité de l’IAF à contrer une guerre simultanée sur deux fronts. Cependant, à la lumière de l’Opération Sindoor, il apparaît que cette puissance pourrait être insuffisante face au contexte actuel. La PAF, disposant d’environ 400 avions de combat, dont 45 à 50 JF-17 Block III et 20 J-10CE équipés de missiles PL-15E à portée de 145 km, bénéficie d’un appui chinois qui accélère sa modernisation. La PLAAF chinoise, avec plus de 2 000 avions de combat, incluant des avions furtifs comme le J-20 et des missiles air-air longue portée (BVRAAM) tels que le PL-15 (200 à 300 km), représente une menace encore plus importante le long de la Line of Actual Control (LAC).
Actuellement, la force aérienne indienne est en baisse et devrait atteindre 29 escadrons (464 à 522 avions) en septembre 2025 avec la mise à la retraite des derniers MiG-21, un niveau historiquement bas depuis six décennies. Cette diminution conjuguée aux retards dans l’introduction de nouveaux avions pousse l’IAF à réclamer une augmentation significative de sa flotte. Selon les sources, il est question d’une expansion de 30 à 35 %, portant l’objectif à 54-56 escadrons (soit 864 à 1 008 avions), ce qui nécessite l’approbation du CCS. Ce plan ambitieux vise à combler les écarts quantitatifs et technologiques, garantissant à l’IAF la maîtrise des opérations aériennes sur les deux fronts.
Propositions pour renforcer la capacité de combat de l’IAF
Pour atteindre cet objectif, l’IAF table sur plusieurs initiatives combinant plateformes indigènes et équipements étrangers :
- Extension du programme Tejas : L’IAF a commandé 123 avions Tejas Mk1A et prévoit d’en acquérir 97 supplémentaires, soit un total de 220 appareils (environ 12 escadrons). Le Tejas Mk2, attendu en 2030, devrait ajouter 6 à 7 escadrons avec des capacités renforcées, notamment l’intégration des missiles indigènes Astra Mk3 (portée 340 km) et MBDA Meteor (200-300 km). Ces avions constitueront l’ossature de la flotte légère et moyenne de chasseurs.
- Acquisition de Rafale : L’IAF propose d’acheter 114 Rafale supplémentaires, s’ajoutant aux 36 déjà en service, afin de former 6 à 7 escadrons de chasseurs multirôles capables de supériorité aérienne, frappes de précision et guerre électronique. L’efficacité du Rafale équipé de missiles Meteor et SCALP lors de l’Opération Sindoor confirme ce choix.
- Développement de l’AMCA : L’Advanced Medium Combat Aircraft, chasseur furtif de cinquième génération, devrait entrer en service à partir de 2035 avec 6 à 7 escadrons. HAL détient 20 à 25 % de la conception et participe au programme de moteur 120 kN en collaboration avec GTRE et Safran, garantissant une production indienne et une autonomie stratégique renforcée.
- Mises à niveau des Su-30 MKI : Les 272 Su-30 MKI (13 escadrons) de l’IAF sont en cours de modernisation avec de l’avionique indigène, des radars AESA et des missiles avancés tels que l’ASRAAM et le Gandiva, prolongeant leur durée de vie opérationnelle. HAL assure la production des moteurs AL-31F soutenant cette montée en puissance.
- Systèmes indigènes de défense aérienne et guerre électronique : Les systèmes S-400, Barak-8 et Akash de l’IAF, ainsi que les plates-formes de guerre électronique comme le drone AkashTeer, ont prouvé leur efficacité pendant l’Opération Sindoor en neutralisant les drones et missiles de la PAF. Leur déploiement étendu assurera la protection des bases et renforcera les capacités offensives.
Les défis à relever
La réalisation de cette augmentation de 30 à 35 % des escadrons fait face à plusieurs obstacles majeurs. La sortie progressive des MiG-21 d’ici septembre 2025 accentue le déficit, nécessitant une accélération de la production chez HAL, qui connaît déjà des retards sur le programme Tejas. L’achat des Rafale, estimé à 20 milliards de dollars, attend toujours l’accord du CCS et doit surmonter des négociations complexes entre Dassault Aviation et Reliance Infrastructure. Par ailleurs, le programme AMCA, prometteur mais encore au stade de prototypes, ne livrera ses premiers avions qu’à l’horizon 2035.