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Ces dernières années, l’Espagne a connu de nombreuses incertitudes concernant l’acquisition des F-35B, la version à décollage court et atterrissage vertical du chasseur-bombardier de Lockheed Martin, destinée à remplacer les AV-8B Harrier II actuellement en service au sein de la Flottille d’Aéronefs (FLOAN) opérant depuis le bâtiment d’assaut amphibie Juan Carlos I.

Cependant, l’État-major espagnol a à plusieurs reprises exprimé son souhait d’acquérir non seulement des F-35B, mais également des F-35A pour remplacer une partie des F/A-18 Hornet de l’armée de l’air et de l’espace.

« Le F-35 fait la différence… Nous n’avons clairement pas d’autre solution pour un avion de cinquième génération doté d’une technologie furtive véritablement avancée. C’est la réalité », déclarait en juin dernier l’amiral Teodoro Esteban López Calderón, chef d’état-major de la Défense (JEMAD). Pendant ce temps, la FLOAN continue de réclamer une « décision rapide » pour remplacer ses AV-8B Harrier, dont la fin de vie opérationnelle est prévue pour 2030.

En août, le journal espagnol El País, citant des sources officielles, rapportait que Madrid aurait écarté l’hypothèse d’une commande de F-35. Cette information fut confirmée par le ministère de la Défense espagnol auprès de médias spécialisés.

« Bien que le gouvernement ait approuvé en avril dernier un plan de 10,471 milliards d’euros et se soit engagé à consacrer 2 % du PIB à la sécurité et à la défense, la décision d’investir 85 % de ces fonds en Europe est jugée incompatible avec l’achat d’un modèle américain », précisait le journal.

Quelques jours plus tard, la ministre de la Défense Margarita Robles démentait ces propos, déclarant à l’agence nationale EFE : « Aucune communication officielle n’a annoncé l’abandon d’un quelconque programme » en ce qui concerne le F-35.

Pour la ministre, l’acquisition du F-35 « n’est pas une priorité pour la Marine à ce stade », qui doit d’abord se concentrer sur les sous-marins S-80, les frégates F-110 et le nouveau navire de soutien logistique (Buque de Aprovisionamiento al Combate, BAC). « Nous travaillons sur ces programmes et, lorsqu’il sera temps, nous envisagerons la suite », ajoutait-elle.

Or, le F-35B reste à ce jour le seul chasseur-bombardier capable d’être embarqué à bord du Juan Carlos I. Même en cas de commande imminente, les premiers appareils ne seraient pas livrés avant 2030, c’est-à-dire après la mise hors service prévue des AV-8B Harrier II.

La FLOAN ne dispose donc pas de beaucoup d’options : elle devra prolonger la durée de vie opérationnelle de ses Harrier II, au minimum jusqu’en 2032. C’est ce qu’a expliqué l’amiral Antonio Piñeiro Sánchez, chef d’état-major de la Marine (AJEMA), lors du « New Economy Forum » cette semaine.

Soulevant une « volonté institutionnelle » de préserver les capacités de la FLOAN, l’amiral Piñeiro a indiqué que l’objectif est de maintenir opérationnels les EAV-8B Harrier II « aussi longtemps que possible », au moins jusqu’en 2032.

« Nous ne sommes pas dans une bonne position actuellement. Mais peut-être que demain la situation évoluera et nous pourrons remplacer les Harrier et les F-18. Nous verrons bien », a-t-il déclaré.

« Avec optimisme, Airbus, chargé de l’extension de la durée de vie des appareils, estime que nous pourrions atteindre 2032 », a ajouté l’amiral. « Comptant sur les Harrier américains et italiens, désormais retirés, nous essaierons de les acquérir non pas pour les faire voler, mais pour disposer des pièces détachées et du soutien logistique nécessaire. Grâce à l’expertise d’Airbus, nous espérons pouvoir maintenir cette capacité le plus longtemps possible », a-t-il expliqué.

Le futur dépendra en grande partie des décisions de Madrid concernant le porte-avions que souhaite se doter la Marine espagnole. L’objectif est d’avoir un navire comparable en tonnage au Charles de Gaulle (environ 42 000 tonnes) capable d’emporter une trentaine d’aéronefs.

Grâce à une configuration CATOBAR (avec catapultes et brins d’arrêt), un tel porte-avions pourrait envisager d’embarquer d’autres modèles que le F-35B, comme le Rafale Marine, le F/A-18 Super Hornet (dont la production est arrêtée), le F-35C, ou même la version navale du chasseur-bombardier qui constituera la base du Future Combat Air System (SCAF).

Pour l’heure, comme l’a rappelé l’amiral Piñeiro, une étude de faisabilité a été confiée au chantier naval Navantia. Il considère que ce futur porte-avions doit être « 100 % espagnol » (ou du moins largement national), afin de préserver les capacités souveraines et soutenir le tissu industriel-militaire local. Le but est qu’il soit opérationnel aux alentours de 2040.