Des divergences profondes sur le partage des tâches dans le cadre du Futur Système Aérien de Combat (FCAS) conduisent l’Allemagne à envisager de s’associer au Royaume-Uni ou à la Suède pour son futur avion de chasse piloté.
Des tensions apparaissent au sein du programme paneuropéen FCAS, centré sur le développement du chasseur de nouvelle génération piloté (NGF). Selon diverses sources, l’Allemagne, partenaire principal du projet aux côtés de la France, étudierait une possible séparation avec Paris face aux désaccords persistants concernant la répartition des responsabilités dans ce programme stratégique.
Le ministère de la Défense allemand aurait récemment discuté de l’avenir du FCAS avec Airbus, chef de file de la partie allemande du projet. Deux sources anonymes évoquent un mécontentement allemand concernant les prétentions françaises à une participation jugée disproportionnée, ce qui pousse l’Allemagne à envisager d’autres pistes.
Des représentants de la Luftwaffe ont d’ailleurs informé le Bundestag à ce sujet en début de semaine, indiquant que la pression de la France pour obtenir environ 80 % du travail lié au développement du NGF est un point de tension majeur, bien que Paris ait démenti formellement ces chiffres.
Le député social-démocrate Andreas Schwarz a résumé la situation en déclarant : « À un moment donné, le Parlement devra trancher : soit nous avons besoin de cet avion, soit non ».
Parmi les options envisagées, l’Allemagne pourrait poursuivre le FCAS sans la France, bien que la viabilité de cette hypothèse soit très incertaine. Cela impliquerait une collaboration allemande avec l’Espagne, intégrée ultérieurement au programme, ainsi que la Belgique en tant que partenaire secondaire. Si Allemagne et Espagne possèdent des lignes de production pour l’Eurofighter Typhoon, l’Allemagne n’a pas conçu seule un avion de chasse piloté hors d’un consortium depuis des décennies, et l’Espagne n’a jamais dirigé un programme équivalent, hormis dans le cadre européen.
Lors d’une visite à Madrid, le chancelier allemand Friedrich Merz a notamment abordé les difficultés du FCAS avec le Premier ministre espagnol. Il a reconnu : « Nous partageons l’évaluation que la situation actuelle est insatisfaisante. Ce projet n’avance pas. Nous sommes en dialogue avec le gouvernement français et souhaitons une solution rapide ».
Cependant, selon les sources, certains partenaires comme l’Espagne et la Belgique pourraient choisir de rester alignés avec la France, où Dassault Aviation mène la branche française du programme.
En parallèle, l’Allemagne envisagerait également des alliances alternatives, avec notamment le Royaume-Uni ou la Suède. Ces deux pays développent également leurs propres initiatives de combat aérien, souvent désignées sous le même acronyme FCAS, incluant un chasseur piloté, des drones d’appui et des technologies innovantes.
Le programme britannique, centré autour du chasseur Tempest, s’inscrit dans un cadre international de collaboration appelé Global Combat Air Programme (GCAP), auquel participent également l’Italie et le Japon pour le déploiement et le soutien logistique de l’appareil. Une implication allemande dans ce programme aux côtés du Royaume-Uni signerait une nouvelle orientation stratégique, bien que l’idée d’un développement indépendant avec BAE Systems semble peu plausible.
À noter qu’Ingo Gerhartz, ancien chef de la Luftwaffe, avait déjà suggéré en 2021 la possibilité d’une intégration entre les programmes britannique et paneuropéen, exprimant l’espoir d’une fusion future.
La Suède apparaît comme un partenaire plus naturel, même si son programme FCAS est encore à un stade initial. Saab, son industriel aéronautique, propose notamment des concepts intégrant un chasseur piloté de nouvelle génération accompagné de drones collaboratifs, élément central de leur vision du combat aérien futur, un aspect moins marqué dans les projets britannique et paneuropéen. Saab avait au préalable été engagée dans le programme britannique avant de s’en retirer.
Cette situation impose à l’Allemagne une prise de décision rapide, puisqu’elle vise à remplacer ses Eurofighter d’ici 2040 par un système de combat aérien intégré comprenant un NGF. Le FCAS britannique ambitionne un calendrier similaire.
Les débats autour du FCAS arrivent à une phase cruciale : les ministres de la Défense français, allemand et espagnol doivent se réunir le mois prochain pour définir les contours du programme, notamment la validation éventuelle de la phase 2, qui comprendrait la production d’un démonstrateur aérien.
Cette décision devrait intervenir d’ici la fin de l’année, même si tout reste encore susceptible d’évoluer. Il est important de rappeler que la France avait quitté le consortium européen à l’origine de l’Eurofighter pour créer son propre chasseur Rafale, ce qui montre que ce type de rupture a déjà un précédent historique.
Thomas Newdick