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Le conflit récent entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025, souvent qualifié de « première guerre des drones » entre deux puissances nucléaires voisines, a profondément transformé les dynamiques du champ de bataille. Suite aux échanges intenses de drones lors de l’opération Sindoor, où les deux camps ont déployé des essaims de drones de surveillance et de munitions tirées en vol stationnaire, l’armée indienne a annoncé l’acquisition accélérée de 1 000 drones de surveillance et 1 000 drones kamikazes (munitions à effet différé).

Ce projet d’envergure, estimé entre 10 000 et 15 000 crores de roupies, illustre le virage stratégique de l’Inde vers une guerre centrée sur les drones, mettant l’accent sur le développement local sous la bannière Aatmanirbhar Bharat (« Inde autonome »). Cette démarche vise à contrer les menaces asymétriques le long de la Ligne de Contrôle (LoC) et de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC).

Durant les quatre jours d’escalade en mai 2025, déclenchés par l’attaque terroriste à Pahalgam le 22 avril ayant fait 25 victimes parmi les touristes, l’Inde a lancé l’opération Sindoor le 7 mai. Elle a déployé plusieurs vagues de drones d’origine israélienne Harop et Harpy, parallèlement à des systèmes indigènes comme le Nagastra-1 et le Warmate, ciblant les radars de défense aérienne pakistanais et des installations militaires situées à Lahore, Karachi et Rawalpindi. En riposte, le Pakistan a lancé l’opération Bunyan-um-Marsoos, utilisant plus de 100 drones et missiles contre des sites indiens à Jammu, Udhampur et Pathankot, avec des essaims dissimulant des drones d’attaque parmi des leurres basiques.

Les enseignements en temps réel ont souligné le rôle déterminant des drones sur le champ de bataille :

  • Domination en surveillance : Les UAV Heron et Searcher indiens ont fourni un renseignement, une surveillance et une reconnaissance (ISR) cruciaux, permettant des frappes précises tout en contournant les défenses pakistanaises. Le Pakistan affirme avoir abattu 84 drones indiens, mais l’Inde rapporte des centaines d’interceptions, mettant en lumière l’efficacité du système anti-drones D4 du DRDO.
  • Létalité des kamikazes : Les munitions tirées en vol stationnaire comme le Harop se sont révélées économiques, avec des essaims à faible coût submergeant les défenses aériennes. L’usage par le Pakistan de drones chinois et turcs a causé des victimes civiles et mis à l’épreuve les systèmes S-400 de l’Inde, qui ont neutralisé plusieurs menaces mais ont révélé des lacunes dans les capacités de lutte anti-UAS (systèmes aériens sans pilote).
  • Risques d’escalade : Le conflit, qui a fait plus de 50 morts le long de la LoC et provoqué une panique généralisée, a démontré comment les drones permettent des frappes déniables et à faible échelle d’escalade. Des experts comme Jahara Matisek du US Naval War College ont souligné que la maîtrise de la guerre par drones pourrait « façonner le champ de bataille » en Asie du Sud, poussant les deux pays à investir massivement dans les UAV.

Le cessez-le-feu du 10 mai a évité une guerre plus large, mais les leçons sont claires : les drones ne sont plus accessoires, ils sont des multiplicateurs de force dans la guerre hybride, notamment face aux tactiques asymétriques du Pakistan et à l’arsenal croissant de drones chinois le long de la LAC.

Les évaluations post-conflit du Chef d’état-major des armées, le général Anil Chauhan, ont révélé que les drones ont représenté 40 % des engagements, dépassant largement l’artillerie traditionnelle et les avions. Face à une force de drones en diminution et à l’évolution des menaces liées aux essaims, l’armée indienne a placé l’indigénisation des UAV au cœur de sa stratégie pour atteindre 70 % de contenu local d’ici 2027. L’achat de 1 000 drones de surveillance vise à renforcer les capacités ISR dans les zones montagneuses et frontalières, tandis que 1 000 drones kamikazes offriront des options de frappe de précision sans mettre en danger le personnel.

Cette orientation suit les tendances mondiales observées en Ukraine et à Gaza, où des drones bon marché et produits en masse tels que le Shahed-136 iranien ont submergé les défenses adverses. Le lieutenant général Dhiraj Seth, commandant de l’armée du Sud, a souligné lors d’un séminaire que « les drones à bas coût et les munitions tirées en vol stationnaire sont devenus des multiplicateurs de force critiques ». Selon le général de brigade à la retraite RC Padhi, expert des drones, la demande pourrait grimper jusqu’à 50 000 unités par an. Des commandes d’urgence sont déjà passées à la suite de l’opération Sindoor.

Le ministère de la Défense a lancé un appel d’offres dans la catégorie Buy (Indian-IDDM), avec une livraison prévue sous 24 mois, dont 30 % destinés au renouvellement immédiat des pertes durant le conflit (estimées entre 70 et 80 drones abattus). Des entreprises privées comme ideaForge, Solar Industries et IG Drones accélèrent les essais à un rythme inédit. Le Premier ministre Narendra Modi a salué l’opération Sindoor comme un « moment Make in India » pour la défense, avec à la clé des commandes de renouvellement estimées à 40 000 crores de roupies.