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Le directeur général de Hindustan Aeronautics Limited (HAL), Dr DK Sunil, a déclaré que trois des quatre crashs impliquant l’hélicoptère avancé léger (ALH) Dhruv, utilisé par la marine et la garde côtière indiennes depuis 2023, n’étaient pas dus à des défauts de fabrication ou de conception. Dans une interview exclusive, il a répondu aux inquiétudes liées à la fréquence des accidents du Dhruv, un hélicoptère polyvalent largement déployé au sein des forces armées indiennes, qui ont entraîné plusieurs immobilisations temporaires pour des enquêtes de sécurité.

Ces déclarations interviennent après le dernier accident survenu le 5 janvier 2025, impliquant un Dhruv de la garde côtière, où une défaillance critique d’un composant a été mise en évidence, déclenchant une enquête approfondie.

L’ALH Dhruv, hélicoptère multi-rôle développé indigenèment par HAL, constitue un pilier de l’aviation militaire indienne avec environ 338 exemplaires en service auprès de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de la marine et de la garde côtière. Pourtant, sa fiabilité a été remise en question à cause d’une série d’accidents, notamment lors d’opérations navales et côtières. Depuis 2023, quatre crashs ont été recensés — trois dans la garde côtière et un dans la marine — entraînant plusieurs immobilisations de flotte, la plus récente en janvier 2025, soit la troisième en deux ans.

Dr Sunil a précisé qu’après les enquêtes menées par HAL, aucun défaut de fabrication ou de conception n’a été relevé dans trois de ces quatre accidents. « Sur les quatre crashs, trois dans la garde côtière et un dans la marine, les causes de trois incidents sont autres. Il ne s’agit pas de fabrication ni de conception. Cela relève plutôt d’un problème de maintenance ou d’utilisation », a-t-il expliqué. Ces conclusions suggèrent que des erreurs opérationnelles ou des négligences en maintenance auraient pu contribuer aux accidents, écartant la responsabilité de HAL dans la majorité des cas.

Le crash du 5 janvier 2025, impliquant un Dhruv de la garde côtière, a retenu l’attention du fait de la défaillance identifiée d’un composant précis : une fracture du roulement de la rotule non tournante (NRSB), élément essentiel du système rotorique qui régule l’inclinaison des pales pour la stabilité et la maniabilité de l’appareil. « Lors du dernier crash de la garde côtière, une fracture du NRSB a été constatée — une problématique désormais étudiée par un comité d’enquête spécifique », a indiqué Dr Sunil.

Les analyses de HAL ont révélé que ce défaut est spécifique aux flottes naval et de la garde côtière, aucune anomalie similaire n’ayant été détectée sur les hélicoptères de l’armée de terre ou de l’armée de l’air. « Nous avons observé une distinction claire — les hélicoptères de l’armée et de l’air n’ont pas ce type de défaut, ils ont donc été autorisés à reprendre les vols », a ajouté le dirigeant. Cette différenciation a permis la levée de l’interdiction de vol pour les Dhruv des forces terrestres et aériennes, tandis que les flottes navale et côtière restent sous surveillance en attendant des investigations complémentaires sur la défaillance du NRSB.

La fracture du NRSB a conduit HAL à mettre en place un comité d’expertise dédié pour examiner en profondeur la cause racine et recommander des mesures correctives. Ce comité devra déterminer si l’origine du problème provient d’un défaut de fabrication, d’une fatigue des matériaux ou de facteurs opérationnels liés à l’environnement maritime spécifique aux missions de la marine et de la garde côtière. Les variantes navales du Dhruv, conçues pour des opérations embarquées, sont exposées à des conditions plus sévères telles que l’air salin et l’humidité élevée, qui peuvent accélérer l’usure des composants.

Les propos de Dr Sunil traduisent l’engagement de HAL à traiter cette problématique de manière transparente et rigoureuse. En isolant la défaillance du NRSB à certaines flottes, HAL adopte une démarche proactive visant à garantir la sécurité de ses appareils tout en limitant les interruptions pour les forces terrestres et aériennes. Les conclusions de cette enquête permettront sans doute d’ajuster les protocoles de maintenance, de revoir la conception des pièces ou d’améliorer les matériaux employés pour renforcer la fiabilité du Dhruv dans ses missions en milieu maritime.

Introduit en 2002, le Dhruv est une réussite majeure de la défense indienne, intervenant dans des missions diversifiées telles que le transport de troupes, la recherche et sauvetage, l’évacuation sanitaire ou la lutte anti-sous-marine. Polyvalent et performant, il reste un atout essentiel pour les forces armées et les unités paramilitaires. Cependant, les récents accidents et interruptions soulèvent des interrogations sur sa robustesse, notamment lors d’opérations en mer qui exigent une endurance accrue.

L’identification d’erreurs de maintenance ou opérationnelles dans trois des quatre accidents souligne la nécessité d’un renforcement de la formation des équipages, d’une rigueur accrue dans les programmes de maintenance et d’une amélioration des procédures opérationnelles, en particulier pour la marine et la garde côtière. Le cas du NRSB met aussi en lumière l’importance d’un contrôle qualité strict et de tests renforcés pour les composants soumis à des contraintes maritimes sévères. La capacité de HAL à relever ces défis sera déterminante pour restaurer la confiance dans le Dhruv et assurer son rôle durable au sein de l’aviation militaire indienne.