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Le général pakistanais (réserviste) Tariq Khan, ancien commandant du I Strike Corps du Pakistan et décoré pour sa participation aux conflits, remet en question la valeur mondiale du char principal de combat Al-Khalid, développé conjointement par le Pakistan et la Chine. Dans une interview, il a souligné que ce char, dérivé du Type 90-II chinois, n’est pas au niveau des meilleurs chars mondiaux et ne constitue pas une fierté pour les capacités militaires pakistanaises.

Le général Khan a également précisé que le récent pacte de défense mutuelle signé entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan ne signifie pas que Riyad achètera le char Al-Khalid, estimant que « personne au monde ne considère ce char comme important ». Cette déclaration remet en cause la perception souvent donnée de ce blindé comme un atout majeur de l’industrie militaire pakistanaise, surtout dans le contexte des relations stratégiques croissantes avec l’Arabie Saoudite.

L’Al-Khalid, également connu sous le nom MBT-2000, est un char de combat principal développé dans le cadre d’une collaboration entre la société chinoise Norinco et Heavy Industries Taxila (HIT) du Pakistan. Basé sur le Type 90-II chinois, ce char a été introduit en 2001 et est propulsé par un moteur diesel ukrainien 6TD-2 de 1 200 chevaux. Il est armé d’un canon lisse de 125 mm avec chargeur automatique, doté d’un blindage composite et de systèmes avancés de conduite de tir. Environ 300 exemplaires sont en service dans l’armée pakistanaise depuis 2009, avec des exportations au Bangladesh (44 unités), au Maroc et au Myanmar. L’Al-Khalid a longtemps été présenté comme le pilier des capacités blindées pakistanaises.

Pourtant, le général Khan doute de sa compétitivité à l’échelle internationale. « Ce peut être un grand choix pour le Pakistan, mais peu nombreux sont ceux à l’extérieur qui le considèrent comme un char réellement performant, » a-t-il déclaré, insistant sur le fait que l’Al-Khalid ne possède ni l’avantage technologique ni la fiabilité nécessaire pour rivaliser avec des chars occidentaux modernes comme l’Américain M1 Abrams ou l’Allemand Leopard 2. Il a aussi souligné la portée restreinte de l’industrie de défense pakistanaise, qui ne produit guère d’autres équipements militaires notables, à l’exception de fusils comme le MG-1, MG-3 et G3, témoignant d’un manque de diversité dans le matériel national.

Le développement de l’Al-Khalid a été complexifié par le refus des motorisations occidentales, en raison de leur coût et de leur performance limitée dans les conditions extrêmes du désert pakistanais. Ainsi, le choix s’est porté sur le moteur ukrainien 6TD-2. Malgré des équipements modernes tels que l’imagerie thermique et un système de suivi automatique, le général estime que ces améliorations n’ont pas permis d’atteindre le niveau des meilleurs chars modernes, ce que confirme l’échec commercial à l’exportation. Des pays comme la Malaisie, le Pérou et l’Arabie Saoudite ont testé l’Al-Khalid mais ont finalement renoncé à passer commande pour des raisons économiques, techniques ou stratégiques.

Le 17 septembre 2025, le Pakistan et l’Arabie Saoudite ont signé un pacte de défense mutuelle selon lequel une attaque contre l’un sera considérée comme une attaque contre l’autre. Cet accord a nourri des spéculations sur de possibles ventes d’armes, notamment l’acquisition de l’Al-Khalid par l’Arabie Saoudite. Toutefois, le général Khan écarte cette hypothèse : « Je ne pense pas que les Saoudiens achèteront l’Al-Khalid. » Il considère que la principale contribution pakistanaise à ce pacte sera probablement la mise à disposition de troupes plutôt que la livraison d’équipements militaires avancés, surtout en raison des différences marquées entre les capacités financières saoudiennes et l’industrie de défense limitée du Pakistan.

Avec un budget de défense d’environ 130 milliards de dollars et une armée forte de 400 000 hommes, l’Arabie Saoudite contraste fortement avec le budget militaire pakistanais, qui s’élève à environ 9 milliards de dollars. Le général Khan souligne que l’intérêt saoudien porte davantage sur la main-d’œuvre militaire pakistanaise et son alignement stratégique, envisageant le Pakistan comme un éventuel relais pour l’industrie de défense chinoise, plutôt que comme client direct pour l’Al-Khalid. Cette position est corroborée par les essais saoudiens du char en 2006, qui n’avaient pas débouché sur une commande.

Ce pacte est perçu comme une réponse stratégique à l’instabilité régionale, notamment face à l’incertitude concernant la fiabilité américaine dans le Golfe. Le général suggère que le Pakistan pourrait faciliter l’entrée de la Chine dans l’écosystème de défense régional via une coopération industrielle, plutôt que par la vente directe de l’Al-Khalid. Cette dynamique s’inscrit dans l’approfondissement des liens militaires sino-pakistanais, illustrés par l’intégration de plateformes avancées comme le chasseur J-10C ou le char VT-4 « Haider », jugés plus compétitifs que l’Al-Khalid.

Le général Khan met en lumière les défis majeurs de l’industrie militaire pakistanaise, qui dépend fortement de technologies étrangères pour ses équipements critiques. L’Al-Khalid combine ainsi un moteur ukrainien, des systèmes d’imagerie thermique français (Catherine-FC et Matis) et des technologies chinoises pour son contrôle de tir, traduisant sa nature hybride plutôt qu’un véritable design 100 % local. La Heavy Industries Taxila a certes progressé dans la production nationale, avec un objectif de 100 chars Al-Khalid par an, mais la faible attractivité du char à l’international nécessite des investissements dans des technologies de nouvelle génération pour rester compétitif face aux MBT modernes.

Le développement du modèle Al-Khalid-II, qui devrait intégrer un moteur de 1 500 chevaux et des équipements électroniques avancés de partenaires comme l’industriel turc Aselsan, représente une tentative de remédier à ces lacunes. Néanmoins, le général semble sceptique quant à l’impact de ces améliorations sur la renommée mondiale du char. Par ailleurs, l’arrivée dans l’arsenal pakistanais du char chinois VT-4 « Haider », doté de performances supérieures et de systèmes plus modernes, tend à reléguer l’Al-Khalid au second plan, notamment face aux chars T-90S indiens.