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Le radar à balayage électronique actif (AESA) Uttam, développé par l’Inde, affiche une performance supérieure de 25 % par rapport à son équivalent israélien EL/M-2052, renforçant ainsi la crédibilité des capacités de défense indigènes. Conçu pour le programme Tejas Mk1A, ce radar constitue une avancée notable pour l’avion de combat léger indien.

Conçu par l’Electronics and Radar Development Establishment (LRDE) du Defence Research and Development Organisation (DRDO), en partenariat avec Bharat Electronics Limited (BEL), le radar Uttam est en développement depuis 2008. Présenté pour la première fois sous forme de prototype lors du salon Aero India 2009, il a connu plusieurs évolutions. La version Mk1, dédiée spécifiquement au Tejas Mk1A, intègre désormais une matrice robuste de 980 modules émetteurs-récepteurs (TRM), contre environ 912 ou 740 dans les premières configurations, utilisant des modules au nitrure de gallium (GaAs) pour une puissance et une efficacité accrues.

Après plus de 125 sorties d’essais en vol sur les prototypes Tejas Mk1 à fin avril 2024, le radar a validé ses performances en modes air-air (A2A) et air-sol (A2G). Des essais supplémentaires sont en cours pour son intégration en guerre électronique. Testé notamment sur les plateformes LCA Tejas LSP-2 et LSP-3, il a démontré la capacité à détecter et suivre un chasseur Tejas à 140 km, attestant son aptitude opérationnelle réelle. Sa conception modulaire, reposant sur des panneaux à quatre TRM (QTRM) facilitant la maintenance et la montée en puissance, ouvre la voie à de futures versions renforcées – notamment une mouture Mk2 au nitrure de gallium (GaN) envisagée pour le Tejas MkII et le futur Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA).

Le radar israélien EL/M-2052, produit par Elta Systems (filiale d’Israel Aerospace Industries), a équipé les premières séries du Tejas Mk1A. Adaptable à diverses plateformes – de 300 TRM sur les Jaguar modernisés à environ 900 TRM sur le Tejas Mk1A –, ce radar est réputé pour ses capacités multirôles : il peut suivre jusqu’à 64 cibles simultanément en mode track-while-scan (TWS) et s’intègre avec des armements comme le missile au-delà de la portée visuelle Astra Mk1. Toutefois, la matrice plus dense et l’architecture optimisée de l’Uttam lui confèrent un net avantage.

Caractéristiques Uttam AESA (980 TRM) EL/M-2052 AESA (~900 TRM pour Tejas)
Nombre de TRM 980 ~900
Portée de détection (RCS 1 m²)  > 100 km (jusqu’à 140 km observés) ~100 km
Capacité de suivi Plus de 100 cibles (6 engagées simultanément) 64 cibles (mode TWS)
Modes opérationnels A2A, A2G, résistant à la guerre électronique A2A, A2G, maritime
Technologie GaAs (mise à jour GaN prévue) GaAs
Contenu indigène 100 % (extensible à l’AMCA, Su-30MKI) Importé (avec transfert de technologie)
Avantage de performance 25 % supérieur globalement (portée, résolution) Fiabilité éprouvée

Cette comparaison souligne que la conception de l’Uttam, avec ses QTRM indigènes refroidis par liquide, se traduit par une supériorité opérationnelle significative tout en réduisant la dépendance aux fournisseurs étrangers.

Cependant, le déploiement de l’Uttam a rencontré des difficultés. Hindustan Aeronautics Limited (HAL) a privilégié le radar EL/M-2052 israélien pour les 83 premiers Tejas Mk1A commandés dans le cadre d’un contrat d’une valeur de 48 000 crore de roupies, invoquant des délais de certification et la nécessité pour l’Indian Air Force (IAF) de disposer rapidement d’appareils opérationnels. La première livraison du Mk1A est prévue pour fin juillet 2025 à l’usine HAL de Nashik, avec une montée en cadence à trois ou quatre avions livrés d’ici mars 2026. Des tirs d’essai du missile Astra Mk1 sont programmés pour août 2025 en utilisant le radar israélien, assurant ainsi l’absence de rupture capacitaire.

Si certains critiques dénoncent une dépendance prolongée aux importations qui compromettrait l’autonomie stratégique, d’autres y voient une solution pragmatique temporaire. Le succès des essais de l’Uttam, notamment son intégration harmonieuse avec la suite unifiée de guerre électronique du DRDO, dissipe les doutes et ouvre la voie à des exportations. L’Inde pourrait ainsi rejoindre les rangs des producteurs de radars de pointe aux côtés des États-Unis, d’Israël et de la Chine.