La modernisation de l’artillerie indienne connaît d’importants obstacles, entravée par un scandale lié au canon Dhanush et des doutes sur la qualité du système d’artillerie Sharang. Ces difficultés mettent en lumière les défis de la production d’armement locale et soulèvent des interrogations sur la fiabilité des équipements de défense fabriqués en Inde.
Le Dhanush, un obusier tracté de 155 mm développé par le Ordnance Factory Board (OFB) en tant que successeur national des célèbres obusiers Bofors, est désormais au cœur d’une enquête pénale majeure conduite par le Central Bureau of Investigation (CBI). Cette enquête concerne la société Sidh Sales Syndicate, basée à Delhi, accusée d’avoir fourni des roulements à aiguilles contrefaits (« Wire Race Roller Bearings ») à la Gun Carriage Factory (GCF) de Jabalpur. Ces composants essentiels, présentés à tort comme « fabriqués en Allemagne » et attribués à l’entreprise allemande CRB, provenaient en réalité de Sino United Industries (Luyang) Ltd. dans la province chinoise du Henan.
Selon le CBI, les contrôles internes de qualité à la GCF ont révélé de graves défauts dimensionnels sur ces roulements, pourtant ils ont été intégrés dans la chaîne de production du Dhanush. L’enquête vise également des responsables non identifiés de la GCF pour conspiration criminelle, falsification et tromperie liées à cette chaîne d’approvisionnement frauduleuse. L’ancien ministre d’État à la Défense, Subhash Bhamre, a confirmé que la commande spécifiait explicitement des roulements CRB d’Allemagne, rendant la substitution illégale. Suite à ces révélations, l’OFB a saisi le CBI pour une investigation approfondie, soulignant la gravité de cette faille.
Ce scandale menace de ternir la réputation du Dhanush, présenté comme un jalon majeur dans la quête de l’Inde pour l’autonomie en matière de défense. L’implication de fournisseurs privés dans la chaîne d’approvisionnement, initialement prévue pour améliorer l’efficacité, est désormais mise en cause.
À ces difficultés s’ajoutent des inquiétudes sur la qualité des canons Sharang, une version modernisée des anciens systèmes d’artillerie de calibre 130 mm convertis en 155 mm. Le programme Sharang visait à combler rapidement les lacunes capacitaires de l’artillerie indienne en attendant l’entrée en service complète du Dhanush et de l’Advanced Towed Artillery Gun System (ATAGS). Cependant, des rapports font état d’améliorations de qualité insuffisante, remettant en question l’efficacité de ce programme.
Le Contrôleur et Auditeur Général (CAG) de l’Inde, dans son rapport n° 6 de 2023 sur le Gouvernement de l’Union (Services de Défense) – Armée et Usines d’Armement, dénonce le rythme lent de la modernisation de l’artillerie. Le rapport souligne que les retards du programme Sharang et d’autres mises à niveau « affectent non seulement la préparation opérationnelle, mais soulèvent aussi des inquiétudes quant à l’efficacité de la production et des mécanismes d’approvisionnement nationaux ». Ces observations mettent en lumière des problèmes systémiques au sein de l’industrie indienne de la défense, notamment en matière de contrôle qualité et d’intégrité des chaînes d’approvisionnement.
Les controverses entourant les programmes Dhanush et Sharang révèlent des failles profondes dans la feuille de route de modernisation de l’artillerie indienne. Des experts en défense estiment que la dépendance à des fournisseurs non vérifiés et le manque de supervision adéquate exposent le secteur à de sérieuses vulnérabilités. Le scandale Dhanush soulève en particulier des doutes sur la rigueur des contrôles qualité effectués dans des établissements clés comme la GCF.
Les ambitions indiennes de devenir un exportateur net d’armements reposent sur la capacité à livrer des systèmes de défense fiables et de haute qualité. L’enquête en cours du CBI et l’audit critique du CAG renforcent les appels à des réformes urgentes dans les processus d’achat, le contrôle qualité et la gestion des chaînes d’approvisionnement. Le ministère de la Défense pourrait devoir lancer une enquête exhaustive pour corriger ces dysfonctionnements structurels et restaurer la confiance dans les programmes de défense nationaux.