La Force aérienne indienne (IAF) cherche à moderniser sa flotte vieillissante d’avions de transport moyen (MTA), avec un appel d’offres en cours pour l’acquisition de 60 appareils. Parmi les candidats figurent le C-390 Millennium d’Embraer, un avion de transport tactique brésilien, et l’Airbus A400M Atlas, une option européenne plus grande et nettement plus coûteuse. Alors que l’IAF vise à remplacer ses Antonov An-32 obsolètes, le coût et les capacités des nouveaux avions font l’objet d’une analyse approfondie. Le C-390, grâce à un prix compétitif et une conception polyvalente, se démarque comme un candidat sérieux, notamment grâce à la possibilité de développer une variante ravitailleur en vol.
Le prix du C-390 est particulièrement intéressant comparé à celui de l’Airbus A400M. Cet appareil, un gros transporteur tactique à turbopropulseurs quadruples avec des capacités stratégiques, affiche un coût unitaire moyen compris entre 160 et 187 millions de dollars, selon les configurations et les options. À 80 millions de dollars par unité, le C-390 revient donc près de deux fois moins cher, offrant à la Force aérienne indienne une solution économique sans compromettre la modernité technologique ni la polyvalence.
L’Airbus A400M se distingue par une capacité de charge utile supérieure, avec 37 tonnes contre 26 tonnes pour le C-390, mais son prix élevé est un facteur important. Pour l’achat de 60 exemplaires de l’A400M, le coût total se situerait entre :
- 9,6 milliards de dollars (60 × 160 millions),
- et 11,22 milliards de dollars (60 × 187 millions).
À l’inverse, l’acquisition de 60 C-390 à 80 millions l’unité coûterait 4,8 milliards de dollars, soit une économie allant de 4,8 à 6,42 milliards de dollars par rapport à l’A400M. Cette différence substantielle pourrait permettre à l’IAF d’investir dans d’autres secteurs cruciaux comme l’achat supplémentaire d’aéronefs, le renforcement des infrastructures ou le développement d’armements avancés, tout en répondant à ses besoins en transport.
Au-delà de son prix attractif, le C-390 Millennium apporte une technologie moderne ainsi qu’une forte polyvalence. Équipé de deux turboréacteurs International Aero Engines V2500, il peut embarquer jusqu’à 26 tonnes de charge, incluant troupes, véhicules et matériel. Il peut transporter 80 soldats, 66 parachutistes ou 74 blessés allongés avec accompagnement médical, ce qui le rend adapté à une grande variété de missions, telles que l’aide humanitaire, les opérations de secours ou les opérations tactiques. Sa propulsion jet lui permet d’atteindre des vitesses de croisière proches de Mach 0,8 (environ 988 km/h), assurant des temps de réponse supérieurs aux appareils turbopropulseurs comparables.
Un des atouts majeurs du C-390 pour l’IAF est la perspective de coopération sur une variante ravitailleur en vol, appelée KC-390. Un responsable d’Embraer a indiqué que l’IAF et le constructeur pourraient collaborer pour développer cette version, qui renforcerait les capacités de ravitaillement aérien de la Force aérienne indienne. Le KC-390 est équipé de nacelles de ravitaillement « probe-and-drogue » sous ailes, capables de fournir jusqu’à 1 500 litres de carburant par minute à des vitesses de 120 à 300 nœuds et à des altitudes allant de 600 à 9 750 mètres. Cette capacité permettrait d’étendre l’autonomie et la portée des chasseurs et autres avions indiens, un enjeu important au regard de l’immensité du territoire national et des impératifs stratégiques.
Le développement de cette variante KC-390 pourrait aussi remplacer la flotte vieillissante d’An-32 en service depuis les années 1980. Avec une capacité de charge limitée à 6,7 tonnes, l’An-32 est nettement moins performant que le C-390, qui propose des systèmes avioniques modernes, une vitesse accrue et une multifonctionnalité indispensable. Incorporer le KC-390 permettrait ainsi à l’IAF de moderniser ses moyens de transport tout en renforçant son infrastructure de ravitaillement en vol, diminuant sa dépendance aux ravitailleurs IL-78 plus anciens.
Le marché pour ces 60 appareils de transport est très disputé : en plus du C-390 Millennium et de l’A400M, Lockheed Martin présente le C-130J Super Hercules. Ce dernier, déjà en service chez l’IAF, est une valeur sûre avec un prix unitaire estimé entre 130 et 167 millions de dollars. Plus coûteux que le C-390, mais moins que l’A400M, le C-130J turbopropulseur offre des avantages éprouvés sur le terrain. Néanmoins, le design à réaction du C-390 lui confère des atouts en vitesse et autonomie, et sa production locale possible via transfert technologique le rend particulièrement attractif.
Embraer s’est dit prêt à collaborer avec des partenaires industriels indiens, comme Mahindra, pour une fabrication locale du C-390, en cohérence avec l’initiative gouvernementale « Make in India ». Un tel partenariat pourrait favoriser la création d’emplois, le transfert de technologies et le développement d’un écosystème aérospatial national, constituant un avantage stratégique et économique supplémentaire pour l’IAF et le gouvernement indien.