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Nouveaux accords entre adversaires et alliés sur fond de tensions géopolitiques

Début septembre, d’importants exercices militaires conjoints ont eu lieu entre plusieurs grandes puissances, révélant des dynamiques complexes au sein des relations internationales. Parallèlement, des négociations commerciales et des évolutions diplomatiques témoignent d’un recalibrage stratégique dans un contexte mondial toujours tendu.

Russie

Début septembre, les armées russe et biélorusse ont mené l’exercice militaire majeur Zapad 2025, le premier depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Cet entraînement était notablement plus restreint que celui organisé en 2021. Officiellement présenté par Minsk comme un geste de désescalade, ce rétrécissement s’explique surtout par les difficultés russes à mobiliser un grand nombre de troupes, la majorité étant engagée dans le conflit ukrainien. Sur le plan militaire, Zapad 2025 a démontré que les méthodes russes de guerre demeurent peu modifiées, les manœuvres étant souvent de simples versions réduites de celles de 2021. Sur le plan politique, la participation des forces indiennes a illustré le repositionnement de New Delhi face aux grandes puissances, notamment depuis les sanctions américaines de cet été.

Cependant, l’idée d’une désescalade a été contredite par des incursions de drones russes dans l’espace aérien de l’OTAN : le 10 septembre en Pologne, puis le 14 septembre en Roumanie. Dans les deux cas, les forces aériennes de l’OTAN ont été déployées pour intercepter les appareils. La Pologne, qui a sollicité une concertation au titre de l’article 4 de l’OTAN, considère ces incursions, composées de 19 drones sur plusieurs heures et profondément pénétrant le territoire, comme une provocation délibérée et un test des défenses aériennes alliées.

Enfin, Washington a levé certaines sanctions contre la compagnie aérienne nationale biélorusse, Belavia, en échange de la libération de 52 prisonniers politiques, marquant un léger réchauffement des relations entre les États-Unis et la Biélorussie. Toutefois, cette mesure suscite des inquiétudes, car elle pourrait permettre à la Russie d’importer des pièces d’avions via Belavia, en contournant les sanctions toujours en vigueur contre son secteur aéronautique.

Chine

Le 3 septembre, la Chine a organisé un défilé militaire pour célébrer le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cet événement a mis en lumière les capacités militaires chinoises, son industrie de défense, ainsi que son influence diplomatique étendue en Asie du Sud-Est, en Asie centrale, et auprès de ses alliés traditionnels tels que la Russie, la Corée du Nord et l’Iran. Le message de Pékin en faveur d’un ordre international alternatif a été clairement affiché.

Entre le 15 et le 16 septembre, les négociations commerciales sino-américaines tenues à Madrid ont abouti à un accord-cadre concernant l’avenir de l’application TikTok aux États-Unis. Bien que les détails restent vagues, Beijing aurait accepté que la société chinoise ByteDance détienne moins de 20 % des opérations américaines de TikTok, avec un transfert du stockage des données vers des entreprises américaines, tout en conservant l’algorithme chinois. Cet accord lève un obstacle majeur aux négociations commerciales bilatérales, perçues comme une condition préalable à un sommet éventuel entre Donald Trump et Xi Jinping à l’automne. Toutefois, dans le même temps, le gouvernement chinois a accusé le groupe américain Nvidia d’infraction aux lois anti-trusts et aurait imposé une interdiction sur la vente de puces d’intelligence artificielle fabriquées par Nvidia, semant le doute sur la pérennité des négociations.

Iran

Au cours des dernières années, le programme nucléaire iranien est passé d’un des plus contrôlés à l’un des plus opaques, notamment après que l’Iran a quasiment interdit l’accès aux inspecteurs de l’ONU suite aux frappes israéliennes et américaines de juin. Trois motivations expliquent la réticence de Téhéran : la perception d’un biais dans les inspections favorisant des services de renseignement étrangers, la peur de dévoiler l’ampleur des dégâts sur ses installations, et l’utilisation comme levier du statut incertain d’environ une demi-tonne d’uranium hautement enrichi non déclaré. Les puissances occidentales pressent l’Iran de reprendre la coopération. Le 9 septembre, Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a conclu un accord avec le ministre iranien des Affaires étrangères pour relancer les inspections. Toutefois, les termes restent confidentiels, leur mise en œuvre n’est pas encore assurée, et Téhéran a déjà averti qu’il pourrait les rejeter si les sanctions « snapback » antérieures à 2015 étaient rétablies. Grossi a qualifié ce pacte de « pas dans la bonne direction », mais en cas d’absence de résultats rapides, il pourrait s’avérer être un simple progrès ponctuel suivi d’un recul.

Corée du Nord

Le leader nord-coréen Kim Jong Un s’est rendu à Pékin pour un sommet avec Xi Jinping, sa première rencontre en six ans. De manière significative, la déclaration commune n’a pas mentionné la dénucléarisation, suggérant une reconnaissance implicite de la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire. Kim s’est affiché aux côtés de Xi et du président russe Vladimir Poutine lors du défilé militaire chinois et de la réception qui a suivi, une image relayée par un documentaire nord-coréen le représentant à égalité avec ces deux dirigeants. Par ailleurs, Kim et Poutine ont tenu une réunion en marge de ce sommet, réaffirmant leur « confiance, amitié et alliance ». Ce redressement des relations entre Pyongyang et Pékin, qui avaient temporairement fléchi au profit de Moscou, élargit la marge de manœuvre diplomatique de la Corée du Nord, alors que ses liens avec la Russie restent étroits et que Séoul et Washington affichent un intérêt pour un dialogue.

Par ailleurs, l’agence de renseignement militaire nord-coréenne, le General Reconnaissance Information Bureau, a été réorganisée pour renforcer ses capacités satellitaires, selon le ministère sud-coréen de la Réunification.

Groupes jihadistes

Depuis la chute du régime Assad à la fin de 2024, une question majeure est de savoir si l’État islamique pourra profiter de l’incertitude politique pour se réimplanter. Jusqu’à présent, ses actions restent principalement limitées aux zones contrôlées par les Forces démocratiques syriennes, mais avec des incursions vers le nouveau gouvernement syrien, comme en témoigne l’attaque sur l’église Mar Elias en juin. Le nombre d’attaques revendiquées cette année est relativement bas et comparable au plus faible taux enregistré depuis l’apparition du groupe en Syrie en 2013.

Cependant, une accélération a été observée récemment, avec 44 attaques sur 84 revendiquées cette année sur les six premiers mois, tandis que les 40 restantes se sont produites en seulement deux mois. Plusieurs opérations ne sont pas revendiquées, comme le massacre des Druzes dans le sud de la Syrie en juillet, auquel l’État islamique serait impliqué selon le gouvernement syrien et l’envoyé spécial américain pour la Syrie Thomas Barrack. On signale également une recrudescence d’assassinats ciblés contre les nouvelles forces de sécurité syriennes dans des villes telles qu’Alep ou Daraa, suggérant que des membres du groupe ont réussi à se réintroduire en milieu urbain.

D’un point de vue historique, l’État islamique reste affaibli en Syrie, mais la situation d’insécurité persistante lui offre des opportunités, d’autant plus que les relations entre Damas et les Forces démocratiques syriennes pourraient se dégrader davantage.