La stratégie industrielle de défense du gouvernement, publiée début juin, promet de faire de la défense un moteur économique. Pourtant, elle ne traite pas les véritables problèmes : les forces armées britanniques sont dangereusement affaiblies.
La Royal Navy ne dispose que d’une poignée de frégates et de destroyers, tandis que les sous-marins sont souvent immobilisés par manque d’équipages. La Royal Air Force a vu ses effectifs passer de près de 850 avions de combat à la fin des années 1980 à un peu plus de 100 aujourd’hui. Quant à l’Armée de Terre, elle arrive à peine à engager 73 000 personnels réguliers, avec un déficit criant en chars, en artillerie et en systèmes modernes de défense aérienne.
Dans ce contexte, la Russie est en pleine renaissance militaire, les États-Unis sont de plus en plus tournés vers la Chine, et l’Europe reste divisée. Lors d’un éventuel conflit futur, nos troupes devront composer avec l’équipement disponible aujourd’hui, et non avec celui promis pour les années à venir. Le lieutenant-colonel Stuart Crawford analyse :
« La semaine dernière s’est tenue à Londres la Defense and Security Equipment International (DSEI), l’un des plus grands salons mondiaux de l’industrie de l’armement. Comme à l’accoutumée, les discours et communications des nombreuses entreprises de défense présentes se sont mêlés d’exagérations et d’illusions à la démonstration de matériels militaires.
Cependant, au-delà des annonces tape-à-l’œil et des louanges auto-administrées, très peu de résultats concrets ont émergé, du moins pour le Royaume-Uni.
La réalité est celle-ci : après des décennies de sous-financement, conséquence du « dividende de la paix » post-Guerre froide, les forces britanniques sont dramatiquement sous-effectif et sous-équipées face à la realpolitik de ce nouvel ordre mondial. La Russie renforce sa puissance, l’OTAN est fracturée, et les États-Unis privilégient désormais la concurrence avec la Chine.
Notre Marine souffre d’un nombre insuffisant de navires, la RAF d’un parc aérien trop réduit, et l’Armée de Terre d’un effectif trop chétif, sans blindés, artillerie ni défense antiaérienne terrestre en quantité adéquate. En vérité, nos forces ne sont plus adaptées aux défis actuels. Elles sont en grande difficulté. Il faut donc redoubler d’efforts dans leur réarmement, mais parallèlement, la base industrielle de défense britannique doit être développée très rapidement. »
La baronne Foster d’Aghadrumsee partage ce diagnostic :
« C’est dans ce contexte que s’inscrit la Stratégie industrielle de défense (SID), publiée début juin, avec pour ambition de « faire de la défense un moteur de croissance ». Récemment, la fédération professionnelle ADS a souligné l’importance du secteur : 25,4 milliards de livres d’exportations, 330 000 emplois, et une croissance de la productivité de presque 30 % sur la dernière décennie.
Il est évident que la stratégie seule ne suffit pas. Le ministère de la Défense doit réformer son système d’approvisionnement, extrêmement complexe, afin de donner aux petites et moyennes entreprises (PME) les mêmes chances que les grands groupes. Or, ces PME sont les piliers de la chaîne d’approvisionnement, mais trop souvent elles se heurtent à des barrières insurmontables.
Je le constate personnellement en tant que présidente d’une petite entreprise d’ingénierie innovante en Irlande du Nord, Boyce Precision Engineering (BPE). Des sociétés comme BPE jouent un rôle vital dans ces chaînes d’approvisionnement vers les grands donneurs d’ordre. Elles perçoivent clairement le potentiel de croissance et d’emplois que représenterait une simplification des procédures et une ouverture réelle aux PME. Mais elles connaissent aussi les risques liés à un gouvernement qui ne tiendrait pas ses engagements : opportunités manquées et découragement des jeunes talents qui quittent ce secteur.
Par ailleurs, il est essentiel que les investissements en défense bénéficient à toutes les régions du Royaume-Uni. L’Irlande du Nord, l’Écosse, le Pays de Galles et les différentes régions d’Angleterre ont des compétences à offrir. Les ministres doivent aussi agir en véritables ambassadeurs mondiaux de nos entreprises, promouvoir la défense britannique comme un standard d’excellence et soutenir nos exportations.
Les dépenses de défense ne sont pas un luxe mais une obligation première de l’État. Des promesses vagues d’augmentations budgétaires dans plusieurs années sont inutiles alors que les menaces se portent déjà à nos frontières. Il faut investir dès maintenant, tant dans nos forces armées que dans l’industrie qui les soutient, sous peine d’une humiliation future. »
La baronne Foster est ancienne Première ministre d’Irlande du Nord et présidente d’Intertrade UK. Le lieutenant-colonel Stuart Crawford est analyste en défense et ancien officier de l’armée britannique.