Le missile de croisière air-sol SCALP EG d’origine française, en service au sein de la flotte de Rafale de l’Armée de l’air indienne, est propulsé par le turboréacteur Microturbo TRI 60. Cet moteur, développant une poussée de 5,3 kN, a été conçu dans les années 1970, ce qui en fait une technologie vieille de plusieurs décennies mais toujours efficace pour les systèmes de frappe de précision modernes.
En revanche, l’Inde dispose aujourd’hui du Small Turbo Fan Engine (STFE) de 4,5 kN, un turboréacteur développé localement par le Gas Turbine Research Establishment (GTRE). Bien que plus avancé que l’architecture classique du TRI 60, le STFE n’a pas encore été exploité dans le cadre d’un programme national de missile de croisière air-sol furtif à longue portée.
À ce jour, le seul programme indien notable s’approchant d’un missile de croisière indigène est lié au système CATS (Combat Air Teaming System). Le drone CATS Hunter devrait être propulsé par le turboréacteur PTAE-7. Ce moteur, certes fiable, reste une technologie héritée dont l’efficacité est limitée et qui n’est pas optimisée pour des applications de missiles de croisière à faible observabilité dans le spectre radar.
Cette situation illustre une contradiction stratégique majeure : même si l’Inde a démontré un savoir-faire dans le développement de moteurs susceptibles d’alimenter une prochaine génération de missiles de croisière air-sol, aucun programme dédié à un missile furtif utilisant cette expertise n’a été officiellement lancé. Un missile de croisière furtif indigène, propulsé par le STFE ou un dérivé, pourrait doter l’Inde d’une capacité de frappe en profondeur comparable aux systèmes internationaux comme le SCALP EG ou le JASSM-ER, tout en bénéficiant d’une intégration locale accrue et d’un meilleur rapport coût-efficacité.
Dans un contexte où les capacités de frappe à distance (stand-off) gagnent en importance dans la région indo-pacifique, les experts en défense soulignent la nécessité pour l’Inde de prioriser le développement d’un missile de croisière furtif. Un tel système réduirait la dépendance aux armements importés et renforcerait la crédibilité de ses options de frappe contre des cibles lourdement défendues.
Alors que l’Inde avance sur le développement de drones avancés, de projets hypersoniques et de chasseurs de nouvelle génération, l’absence d’un programme national dédié à un missile de croisière furtif apparaît comme une lacune stratégique majeure. La disponibilité du moteur STFE montre que la base technologique est là ; il manque désormais une orientation stratégique claire et une priorité programmatique pour concrétiser cette capacité.