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La Russie intensifie sa concurrence sur le marché indien des avions de chasse en proposant son chasseur furtif de cinquième génération Su-57E avec un transfert de technologie accru, un accès complet au code source et une intégration avancée des armements indiens. Cette offre ambitieuse vise à supplanter le Rafale français dans le cadre du programme Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA), en incitant l’Inde à augmenter sa commande à 7-8 escadrons, soit 126 à 144 appareils, contre les 2-3 escadrons initialement envisagés.

Ce bras de fer entre Moscou et Paris intervient alors que l’Armée de l’air indienne (IAF) fait face à une pénurie critique d’escadrons, disposant aujourd’hui de 31 unités sur un effectif autorisé de 42.

Le MRFA, lancé pour acquérir 114 chasseurs avancés à plus de 20 milliards de dollars, mobilise les principales forces aéronautiques mondiales. Dassault Aviation, fort du succès de la commande de 36 Rafale en 2016, met en avant la production locale avec un contenu national pouvant atteindre 60%. En réaction, la Russie, par l’intermédiaire de l’United Aircraft Corporation (UAC) et Rostec, insiste sur l’autonomie stratégique à moindre coût. Lors du salon Aero India 2025, le Su-57E a été présenté, accompagné d’une proposition de co-production dans l’usine Hindustan Aeronautics Limited (HAL) de Nashik, exploitant les infrastructures existantes dédiées aux plus de 220 Su-30MKI en service.

Selon des sources russes, le Su-57E surpasserait technologiquement le Rafale et détiendrait une supériorité opérationnelle : « Le Su-57E est non seulement meilleur que le Rafale, mais c’est aussi un chasseur furtif capable d’opérer sans être détecté par les radars du Rafale ». Ce constat met en lumière ses caractéristiques furtives, avec une surface équivalente radar (RCS) estimée entre 0,1 et 0,5 m², tandis que le Rafale affiche un RCS de 0,1 à 1 m² grâce à des matériaux absorbants et une conception optimisée. Bien que le Rafale excelle par sa polyvalence multi-rôles et son système de guerre électronique SPECTRA, le Su-57E, avec ses soutes internes et sa super-manoeuvrabilité, s’affirme comme une plateforme pleinement de cinquième génération, apte à évoluer en espace aérien contesté, comme dans l’Himalaya.

La France travaille parallèlement à améliorer la version F4 du Rafale, augmentant ses qualités furtives pour rivaliser avec le Su-57 sur certains points, incluant la supercroisière à Mach 1,4 et une fusion avancée des capteurs. Cependant, Moscou critique l’écosystème Dassault, accusé de verrouiller les clients dans une dépendance coûteuse avec des frais supplémentaires pour chaque intégration d’armement sur une durée de 40 ans. En revanche, l’offre russe comprend un accès intégral au code source, permettant à l’Inde d’intégrer librement ses propres systèmes, une clause exceptionnelle dans les accords internationaux d’armement.

Ce nouveau projet Su-57E, relancé en début 2025, s’appuie sur l’abandon par l’Inde en 2018 du programme FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft) à cause de doutes sur la furtivité et le coût. Désormais, la Russie propose un transfert complet de technologie pour une fabrication locale à HAL avec 70 à 80% de contenu indigène, en harmonie avec les initiatives « Make in India » et « Aatmanirbhar Bharat ». La proposition envisage l’intégration d’armes indiennes, notamment les missiles au-delà de la portée visuelle Astra Mk1/Mk2, les missiles anti-radiation Rudram, ainsi que des munitions guidées développées par le DRDO, réduisant ainsi la dépendance aux fournisseurs étrangers.

Un élément clé est la motorisation de cinquième génération, probablement le moteur AL-51F1 (Izdeliye 30), capable de produire 11 tonnes de poussée à sec et 17,5 tonnes avec post-combustion, surpassant le AL-41F-1S actuel. Bien que la variante définitive destinée à l’export reste à confirmer (possiblement l’AL-51I), elle promet supercroisière et meilleures performances en haute altitude, essentielles pour les opérations le long de la Ligne de Contrôle Réel avec la Chine. La forte personnalisation du Su-57E, avec 70-80% de technologies communes avec le Su-30MKI, facilitera l’entraînement des pilotes et la maintenance dans les 14 escadrons Su-30MKI de l’IAF.

L’offre comprend également la transmission du code source pour le contrôle total des systèmes avioniques, commandes de vol et intégration d’armes. Ce degré de souveraineté logicielle contraste avec le Rafale, dont l’accès limité au code source a entravé les développements locaux, comme l’ont révélé certains rapports. Selon les propos russes : « Nous proposons plus de transfert de technologie, un chasseur furtif avec un moteur de 5e génération, et un avion aussi personnalisable que le Su-30MKI. Le Su-57E sera livré avec le code source, facilitant grandement l’intégration des armes indiennes, alors que Dassault oblige l’Inde à payer pour chaque arme intégrée au Rafale, verrouillant le réseau pour les 40 prochaines années. »

Initialement envisagé comme une solution transitoire de 2-3 escadrons en attendant l’AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft) prévu pour 2035, la Russie pousse désormais à un ordre massif de 7-8 escadrons, estimant que cette dotation résoudrait complètement la crise d’escadrons de l’IAF, tout en assurant une base moderne de cinquième génération. Rostec propose une première livraison de 20 à 30 appareils prêts à l’emploi dans les 3-4 ans, suivie de la production locale de 60 à 70 unités dans les années 2030, avec un coût unitaire estimé à 50-80 millions de dollars, moins cher que le Rafale évalué entre 100 et 120 millions.

Cette proposition met le Su-57E en lice directe avec le Rafale sur le marché MRFA, aux côtés de l’F/A-18 Super Hornet, du F-21 et d’autres concurrents. Parmi ses atouts, figure la compatibilité avec les futures modernisations Super-30 des Su-30MKI, incluant des radars AESA à base de technologie GaN et des calculateurs de mission indiens. Toutefois, des contraintes subsistent, notamment la capacité de production russe affectée par le conflit en Ukraine, avec seulement quelques dizaines de Su-57 livrés en Russie à ce jour, soulevant des questions sur les délais. Par ailleurs, certains experts indiens doutent de la furtivité complète du Su-57E par rapport au F-35 américain.

Face à l’influence croissante de la France et à la candidature américaine du F-35, limitée par les contrôles à l’export et les risques liés à la législation CAATSA, l’offre russe met en avant la souveraineté opérationnelle, particulièrement pertinente face à la flotte chinoise J-20 et aux éventuels J-35 pakistanais. L’intégration d’armes et systèmes locaux stimulerait l’écosystème national de défense, impliquant HAL, DRDO et l’industrie privée comme Tata, tout en favorisant par retombée le développement de l’AMCA.

Cependant, la préférence actuelle de l’IAF pour le Rafale, éprouvé en opérations récentes comme Sindoor en mai 2025, constitue un obstacle. La fiabilité, la polyvalence et l’infrastructure déjà installée autour du Rafale en font un choix sûr, mais l’offre russe pourrait faire pencher la balance en faveur d’une maîtrise à long terme par un transfert de technologie plus poussé. Sur le plan géopolitique, un rapprochement plus marqué avec Moscou pourrait compliquer les relations avec Washington, même si la stratégie indienne de multipolarité laisse une marge de manœuvre.