Article de 1127 mots ⏱️ 6 min de lecture

La Marine argentine cherche à se doter de deux frégates multifonctions afin de remplacer les anciens bâtiments inactifs ARA Hércules et ARA Heroína. Plusieurs candidates européennes ont déjà été identifiées, notamment la classe italienne Maestrale, la classe danoise Iver Huitfeldt et la classe norvégienne Fridtjof Nansen.

Ces deux nouvelles frégates permettront à l’Armada de restaurer des capacités précédemment perdues. Cette acquisition figure parmi les trois grandes priorités définies pour la modernisation des forces navales argentines : 1) l’achat de nouveaux sous-marins, 2) l’acquisition de deux frégates multifonctions, et 3) la modernisation des destroyers restants de la classe MEKO-360, également connue sous le nom de classe Almirante Brown dans la Marine argentine. Cette dernière révision est proposée par la société turque ASELSAN, s’appuyant notamment sur les travaux effectués sur les navires turcs de la classe MEKO-200.

Un besoin urgent de remplacer des capacités perdues

La Marine argentine cherche avec une certaine urgence à remplacer les frégates inactives ARA Hércules et ARA Heroína. Ces deux bâtiments sont hors service depuis plus de dix ans, en raison de problèmes mécaniques considérés comme non réparables. En 2024, ils ont officiellement été retirés du service après plus de quarante années de carrière navale.

L’ARA Hércules est un destroyer de type 42, aussi appelé classe Sheffield, acquis en 1976. Vers l’an 2000, il a été requalifié en navire de transport multifonction, lors d’une conversion ayant impliqué le retrait de ses systèmes de missiles anti-aériens et anti-navires afin d’étendre la plate-forme d’envol et le hangar, et de lui permettre d’embarquer jusqu’à 238 fantassins de marine. En 2020, il était déjà hors service depuis plus d’une décennie à cause de la défaillance de ses turbines.

L’ARA Heroína est un destroyer de la classe MEKO 360, autrement désignée classe Almirante Brown en Argentine. Ce bâtiment a connu une panne sur un composant crucial, la « roue lente ». Cette pièce a été extraite en 2010 pour être envoyée en Grande-Bretagne en vue d’une remise en état. Toutefois, selon les informations disponibles, un veto britannique empêcherait l’Argentine d’en récupérer la maintenance. L’Armada opère encore trois autres destroyers de la même classe. Ceux-ci, malgré leur vieillissement, font l’objet de projets de modernisation visant à prolonger leur durée d’emploi.

Il n’a pas été précisé si la Marine argentine vise des frégates neuves ou d’occasion pour renouveler ses capacités. Malgré des avancées économiques récentes sous le gouvernement de Javier Milei, les contraintes budgétaires restent fortes, rendant difficile la commande de bâtiments neufs.

Il apparaît ainsi probable que les restrictions financières favorisent l’achat de frégates d’occasion, idéalement récentes ou récemment modernisées afin d’assurer une extension d’utilisation. Ces navires offriraient à la Marine la possibilité d’exploiter durant deux décennies des plateformes modernes dotées d’armements et de capteurs performants. Étant donné l’ancienneté de la flotte de surface argentine, ces deux bâtiments multifonctions devraient rapidement devenir les unités de guerre de surface les plus avancées de l’Armada.

Trois candidats européens envisagés

Juan Battaleme, secrétaire aux Affaires internationales au ministère argentin de la Défense, a annoncé que la Marine était en discussion avec la Marine danoise pour l’acquisition de deux frégates de la classe Iver Huitfeldt. Ces bâtiments sont relativement récents, fortement armés avec des cellules à lancement vertical capables de tirer des missiles anti-navires, et principalement conçus pour la défense aérienne, tout en étant polyvalents.

Cependant, le chef d’état-major danois a récemment déconseillé de poursuivre la mise à niveau de mi-vie de cette classe, jugée coûteuse, alors que la Marine danoise envisage de remplacer ces frégates par de nouvelles unités spécialisées en défense aérienne. Cette décision est aussi motivée par des soucis techniques rencontrés en 2024 pendant une mission en mer Rouge, où le navire amiral HDMS Iver Huitfeldt a subi plusieurs défaillances lors d’attaques aériennes par drones houthistes au Yémen, affectant temporairement ses systèmes de défense pendant une trentaine de minutes et conduisant à son retrait anticipé de l’opération.

Malgré ces problèmes, il n’est pas question de désarmement ou de démantèlement des navires de cette classe. Au contraire, l’option envisagée est de réduire leur armement et de les convertir en patrouilleurs destinés à remplacer les plus petits bâtiments de la classe Diana.

Frégates Maestrale italiennes comme alternative

Une autre option étudiée par Buenos Aires concerne les frégates italiennes de la classe Maestrale, évoquées par Juan Battaleme dans le cadre d’une discussion sur l’acquisition possible d’un navire de transport amphibie. Il n’est pas clair si les négociations avec le Danemark ont échoué ou si l’Argentine explore simplement différentes possibilités.

Les bâtiments Grecale et Libeccio, retirés du service en 2024, pourraient être remis en état pour servir à nouveau. Ces frégates ont une durée de vie souvent supérieure à quarante ans et disposent d’armements comparables à ceux déjà en service dans la flotte argentine.

Intérêt pour la classe norvégienne Fridtjof Nansen

Le chef d’état-major de la Marine argentine, l’amiral Carlos Allievi, a indiqué dans une récente interview que le pays considère également l’achat possible de frégates norvégiennes, en particulier des unités de la classe Fridtjof Nansen. Ces navires offrent des capacités proches des Iver Huitfeldt, mais sont moins équipés, avec seulement deux systèmes de lancement vertical Mk 41 à huit cellules et huit missiles anti-navires. Ils se distinguent toutefois par leur armement comprenant des missiles de frappe navale différents des Harpoon utilisés sur les frégates danoises.

Cette classe est prévue pour être modernisée afin de maintenir ses capacités opérationnelles. Comme la Marine danoise, la Marine norvégienne projette de remplacer les Fridtjof Nansen dans une décennie par les nouvelles frégates britanniques de type 26, dont les livraisons débuteront en 2030. Il est incertain si ces navires seront redéployés au sein de la Marine norvégienne ou mis en vente. Quoi qu’il en soit, le choix norvégien a semble-t-il encouragé l’Argentine à entamer des discussions en vue de l’achat éventuel de deux unités de cette classe.