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Le 31 août, le Premier ministre indien Narendra Modi a rencontré le dirigeant chinois Xi Jinping en marge du sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai à Tianjin, marquant sa première visite en Chine depuis sept ans. Cette rencontre a mis en lumière une amélioration des relations entre les deux pays, après une période de tensions accrues liées aux affrontements frontaliers de 2020. Ce rapprochement intervient alors que les tensions entre les États-Unis et l’Inde sont particulièrement élevées, suscitant des inquiétudes à Washington quant à un possible alignement de New Delhi en faveur de Pékin. Trois experts analysent ici les principaux indicateurs qui pourraient révéler l’évolution des relations indo-chinoises dans les prochains mois.

Sameer Lalwani
Conseiller principal au Special Competitive Studies Project

Suite au récent dégel dans les relations indo-chinoises, plusieurs événements économiques, militaires et politiques pourraient influencer la trajectoire bilatérale. L’approbation par l’Inde d’investissements directs étrangers chinois majeurs dans le secteur électronique, notamment un projet d’usine de véhicules électriques et de batteries BYD, témoignerait d’une volonté de New Delhi d’approfondir ses liens industriels pour compenser son déficit commercial. La signature d’accords formels en matière de frontières, comme un accord « early harvest » pour la délimitation de la frontière Sikkim-Tibet, pourrait régler une partie des différends frontaliers et accélérer les relations. Le désengagement prévu en octobre 2024 sur la ligne de contrôle réel pourrait également avancer vers une phase de désescalade avec de nouveaux retraits de troupes dans une zone où plusieurs dizaines de milliers de soldats s’étaient massés depuis les affrontements de 2020.

En revanche, si le président américain Donald Trump décidait de ne pas participer au sommet des dirigeants du Quad, prévu en novembre à New Delhi, cela pourrait ouvrir de nouvelles opportunités à la Chine. Par ailleurs, la tenue d’un exercice aérien ou naval sino-pakistanais majeur d’ici la fin de l’année rappellerait à l’Inde le risque de collusions stratégiques, mises en lumière lors du mini-conflit indo-pakistanais de mai 2025.

Tanvi Madan
Chercheuse principale au Center for Asia Policy Studies, Brookings Institution

Dans les prochains mois, plusieurs signaux méritent une attention particulière pour apprécier la direction des relations sino-indiennes. D’abord, la stabilité de la situation à la frontière elle-même doit être scrutée. Ensuite, l’engagement diplomatique bilatéral est un indicateur clé : les échanges se poursuivent-ils à différents niveaux et les dialogues suspendus sont-ils relancés ? Les nouvelles consultations frontalières annoncées porteront-elles leurs fruits ? Comment évolueront d’autres points de tension, tels que les relations de la Chine avec le Pakistan, ainsi que celles de l’Inde avec l’Occident et Taïwan ?

Un second ensemble de signaux concerne les liens économiques, sociétaux et humains. L’Inde a imposé des restrictions et un contrôle accru sur plusieurs activités chinoises dans ces domaines — lesquelles seront-elles levées, notamment dans les secteurs économiques et technologiques ? Quant à la Chine, lèvera-t-elle ou maintiendra-t-elle les restrictions sur les exportations de matériaux critiques comme les terres rares, les engrais et certains composants industriels, ainsi que sur les déplacements des experts techniques vers les usines indiennes ?

Sushant Singh
Enseignant en études sud-asiatiques à l’université Yale

À court terme, certains signaux négatifs indiqueraient des blocages dans la relation : retards dans la réouverture des vols passagers directs, maintien de la fermeture de trois postes-frontières commerciaux, conflits au sujet de la succession du Dalaï-lama, ou encore une exigence publique de l’Inde de réaffirmer la politique de « Une seule Chine ».

Les signaux les plus importants viendront du domaine économique. La Chine pourrait manifester une amélioration en allégeant ses restrictions à l’exportation de terres rares, d’engrais et de machines de creusement de tunnels, et en prenant des mesures concrètes pour corriger le déséquilibre commercial par des importations accrues en provenance de l’Inde. Du côté indien, la levée des restrictions sur les investissements chinois serait également un signe positif, tout comme le retour de TikTok et d’autres applications chinoises en Inde, marquant un rapprochement inédit. Le véritable test sera l’approche adoptée par Modi vis-à-vis de la Chine après toute conclusion éventuelle d’un accord commercial indo-américain.

D’autres indicateurs à surveiller incluent la réaction de Pékin à la proposition indienne de désescalade militaire au Ladakh, les progrès des nouveaux mécanismes frontaliers et de la proposition controversée d’« early harvest », ainsi que l’expansion éventuelle du corridor économique Chine-Pakistan vers l’Afghanistan via le Cachemire.