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Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a appelé les États à renouveler leur engagement en faveur de la non-prolifération nucléaire, soulignant les dangers persistants des armes nucléaires dans un contexte mondial marqué par les tensions et les conflits.

Lors de l’ouverture de la 69e Conférence générale de l’AIEA à Vienne, le 15 septembre 2025, le Directeur général Rafael Mariano Grossi a alerté sur les défis nucléaires contemporains et invité les États membres à « se réengager » en faveur du régime de non-prolifération, notamment du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), pilier essentiel de la paix internationale.

« Les armes nucléaires sont un rappel mortel de l’incapacité des pays à résoudre leurs problèmes par le dialogue et la collaboration », a-t-il déclaré. « Ces armes offrent de fausses promesses de sécurité et de dissuasion – alors qu’elles ne garantissent que destruction, mort et escalade permanente ». Face à cette menace, « en ces temps d’incertitude, d’anxiété et de peur mondiales, le monde doit se rassembler et se réengager pour la non-prolifération, le désarmement et la promotion de la coopération dans l’usage pacifique de l’énergie nucléaire », a-t-il insisté.

Le Directeur général a souligné la gravité du conflit en Europe, qui ravage des communautés et ravive le spectre d’une confrontation nucléaire ou d’un accident aux conséquences catastrophiques. Il a rappelé que le soutien aux mécanismes internationaux, comme le TNP et l’AIEA, reste crucial pour prévenir la prolifération.

« J’encourage les États membres à se réengager dans un système qui a constitué l’un des fondements les plus importants de la paix internationale, même durant les décennies les plus tendues de notre génération », a déclaré Rafael Mariano Grossi. Il a aussi mis en lumière le contexte global marqué par la multiplication des conflits militaires, les actes terroristes, ainsi que l’érosion des normes nucléaires, alors que les inégalités économiques continuent de s’aggraver.

L’AIEA et la prévention de la prolifération nucléaire

Le Directeur général a évoqué les efforts de l’AIEA pour freiner la diffusion des armes nucléaires, tout en valorisant les bénéfices des applications pacifiques de la science nucléaire dans des domaines essentiels comme la lutte contre le cancer, la sécurité alimentaire, la surveillance de la pollution plastique, la détection des maladies ou encore l’intelligence artificielle.

En 2025, la Syrie a accepté de collaborer avec l’AIEA, tandis que l’agence a conclu récemment un accord avec l’Iran pour reprendre la mise en œuvre des garanties nucléaires, un ensemble de mesures techniques destinées à garantir que les avancées en matière nucléaire restent à des fins pacifiques. « Lorsque l’AIEA confirme l’utilisation pacifique du matériel nucléaire d’un État, elle instaure la confiance dans ses activités », a-t-il précisé.

Concernant l’Ukraine, où les centrales nucléaires sont menacées par le conflit, l’AIEA a déployé plus de 200 missions et est « présente sur tous les sites » pour assurer la surveillance et la sécurité.

Cependant, de nombreux défis persistent. La République populaire démocratique de Corée (RPDC) poursuit son programme nucléaire militaire, tandis que certains pays respectant le TNP envisagent néanmoins d’acquérir des armes nucléaires. Rafael Mariano Grossi a averti : « Pensez un instant à un monde où, au lieu de quelques-uns, ce seraient 20 voire 25 pays possédant des armes nucléaires ».

Les usages pacifiques de la science nucléaire

Il y a trois ans, l’AIEA a lancé son programme phare « Rays of Hope », un catalyseur majeur pour les progrès dans la prise en charge du cancer. Dans le cadre de cette initiative, des actions concrètes ont été menées dans 40 pays, notamment la construction d’hôpitaux, l’acquisition de machines de radiothérapie et la formation de physiciens médicaux.

Par ailleurs, le programme commun Atoms4Food, développé avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), contribue à renforcer la sécurité alimentaire et à réduire l’impact environnemental de l’agriculture.

« Dans un monde de ressources abondantes, 700 millions de personnes ne devraient pas souffrir de la faim chaque soir », a souligné M. Grossi.

Il a également insisté sur d’autres initiatives de l’agence, notamment celles visant à lutter contre la pollution plastique et à améliorer la préparation mondiale face aux épidémies.

Un avenir prometteur

Le Directeur général a conclu son intervention de manière optimiste, mettant en avant le potentiel de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique dans l’avenir nucléaire : « L’avenir est trop passionnant pour être manqué ». Il a précisé que l’énergie nucléaire peut alimenter l’infrastructure nécessaire au développement de l’intelligence artificielle, tandis que cette dernière peut, en retour, améliorer les technologies nucléaires.

Pour explorer cette synergie, l’AIEA organisera en décembre 2025 son tout premier symposium dédié à ce sujet.

En outre, la fusion nucléaire, développement technologique clé rendu possible grâce à l’investissement public et privé, est annoncée comme une avancée majeure imminente dans le secteur énergétique.

« Chaque défi est une opportunité », a conclu Rafael Mariano Grossi. « La paix n’est pas simplement l’absence de conflit, c’est une dynamique d’espoir et d’efforts que je perçois dans nos actions à travers le monde ».

La 69e Conférence générale de l’AIEA se tient du 15 au 19 septembre 2025 à Vienne, réunissant plus de 3 000 participants venus de divers pays.