La Marine brésilienne a signé vendredi dernier un contrat pour acquérir le HMS Bulwark, un bâtiment de débarquement de la classe Albion de la Royal Navy britannique, lors du salon Defence & Security Equipment International (DSEI) à Londres. Cet accord fait suite à un protocole d’intention signé en avril 2025 lors du salon LAAD Defence & Security à Rio de Janeiro.
La signature a eu lieu à bord du HMS Mersey entre l’amiral Edgar Luiz Siqueira Barbosa et le vice-amiral Martin Connell, Second Lord of the Admiralty de la Royal Navy. Stephanie Al-Qaq, ambassadrice du Royaume-Uni au Brésil, a souligné que les capacités du navire répondront tant aux besoins humanitaires que de défense, tandis qu’Antonio Patriota, ambassadeur du Brésil à Londres, a mis en avant la longue coopération navale entre les deux pays.
Cette acquisition marque également le bicentenaire des relations diplomatiques entre le Brésil et le Royaume-Uni, illustrant un cadre plus large de collaboration bilatérale. Le navire, qui rejoindra la flotte brésilienne en 2026, portera le nom de Navio-Doca Multipropósito (NDM) Oiapoque.
Le choix du nom respecte la tradition brésilienne de faire référence à des repères géographiques nationaux, en l’occurrence la municipalité d’Oiapoque dans l’État d’Amapá, à la frontière nord avec la Guyane française. Le nom Oiapoque a déjà été porté par trois navires de la Marine brésilienne, depuis un vapeur en bois du XIXe siècle jusqu’à une embarcation fluviale construite par Thornycroft, retirée en 1964.
Le futur NDM Oiapoque sera le deuxième plus grand navire de la flotte, juste derrière le NAM Atlântico, également acquis du Royaume-Uni en 2018. La Marine brésilienne précise que ce bâtiment polyvalent sera utilisé dans un large éventail d’opérations, depuis les déploiements amphibies jusqu’aux missions humanitaires et aux opérations de secours en cas de catastrophe, tout en renforçant la souveraineté dans l’Amazonia Azul. Cette zone maritime de 5,7 millions de km², sous juridiction brésilienne, recèle des ressources minérales et énergétiques et fait l’objet d’activités de recherche internationales.
Le HMS Bulwark (L15), un dock de débarquement de la classe Albion, mesure 176 mètres de long, 28,9 mètres de large, avec un tirant d’eau de 7,1 mètres en charge, et déplace 18 500 tonnes. Sa vitesse maximale maintenue est de 18 nœuds, soit environ 34 km/h, avec une autonomie de 8 000 milles nautiques.
Opéré par un équipage de 290 marins, le navire peut embarquer jusqu’à 710 soldats. Il dispose d’une soute déployable capable d’accueillir huit barges de débarquement, assurant le transport de véhicules divers, notamment des chars, ambulances et équipements d’ingénierie pour la reconstruction d’infrastructures.
La plateforme héliport peut recevoir deux hélicoptères de grande taille, tels que l’Airbus H225M Caracal (UH-15 Super Cougar) employé par la Marine brésilienne, garantissant des capacités d’évacuation aéromédicale, de reconnaissance et de transport logistique. Le navire comprend également des installations médicales complètes, dont un bloc opératoire, une infirmerie et des lits pour stabilisation. Il est en mesure d’embarquer des hôpitaux de campagne permettant d’évacuer jusqu’à 700 personnes en situation d’urgence.
Selon des sources brésiliennes, le futur NDM Oiapoque sera équipé du radar 3D Artisan de BAE Systems, déjà utilisé sur le NAM Atlântico.
Le navire est actuellement en cours de modernisation complète à Plymouth, avec une mise à niveau des systèmes de commandement et contrôle, une amélioration des communications, ainsi qu’une révision intégrale des mécanismes de propulsion et de production d’énergie. Ces travaux, prévus pour s’achever en 2026, prolongeront sa durée de vie d’au moins 20 ans et l’adapteront aux exigences opérationnelles contemporaines.
La formation des personnels brésiliens s’organise en plusieurs phases : 48 marins seront envoyés au Royaume-Uni en septembre 2025, et 44 autres en novembre, afin d’y suivre une familiarisation technique, incluant des exercices simulés et des manœuvres conjointes avec les équipages de la Royal Navy. Le complément de l’équipage rejoindra l’entraînement en 2026, finalisant ainsi la préparation avant transfert et intégration dans la flotte brésilienne.
Ces étapes s’inscrivent dans le Plan de Configuration de Forces de la Marine brésilienne, qui fixe les calendriers d’acquisition et souligne la nécessité d’assurer à court terme une capacité navale polyvalente, tout en poursuivant les programmes nationaux de construction navale.
Pour le Brésil, l’acquisition du HMS Bulwark, rebaptisé NDM Oiapoque, s’inscrit dans un objectif stratégique de reconstituer le socle de sa puissance navale et d’assurer une présence renforcée dans des zones d’intérêt majeur.
La Marine insiste sur le fait que ce bâtiment sera employé non seulement pour la projection de puissance amphibie, mais aussi pour la protection de l’Amazonia Azul, le soutien à la défense civile en cas de catastrophes naturelles et l’aide humanitaire aux populations isolées. Les autorités évoquent également des visées plus larges d’intégration nationale et de coopération interinstitutionnelle, mettant en avant les bénéfices d’interopérabilité obtenus grâce à la formation conjointe avec la Royal Navy.
In fine, la modernisation, le changement de nom, la formation du personnel et la mise en service prochaine du NDM Oiapoque dessinent un projet complet pour intégrer pleinement ce navire dans la posture stratégique brésilienne d’ici 2026.