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Le Danemark a choisi le système européen de défense aérienne SAMP/T en lieu et place du système américain Patriot PAC-3, marquant un tournant vers une autonomie stratégique accrue en matière de défense anti-aérienne et antimissile.

Cette décision, l’une des plus importantes dans l’histoire moderne de la défense danoise, intervient malgré l’approbation récente par Washington d’un accord de vente militaire étranger d’une valeur de 8,5 milliards de dollars.

Le gouvernement danois avait officiellement demandé, le 29 août 2025, un lot de missiles Patriot PAC-3 MSE auprès des États-Unis, comprenant 36 missiles tactiques à guidage amélioré (GEM-T) MIM-104E et 20 intercepteurs PAC-3 avec segment de missile amélioré (MSE), le tout intégré au nouveau Système Intégré de Commandement de Bataille (IBCS) de l’armée américaine.

Cette approbation du Département d’État américain soulignait la confiance de Washington à voir Copenhague rejoindre des alliés de l’OTAN tels que la Pologne, l’Allemagne et la Roumanie, qui ont adopté le Patriot comme système phare de défense aérienne terrestre.

Finalement, le Danemark a opté pour le SAMP/T, développé par le consortium européen Eurosam, alliant l’intercepteur Aster 30 de MBDA à la technologie radar de Thales.

Cette décision fait suite à la création, en mars 2025, de l’Aile de Défense Aérienne danoise, chargée d’établir une protection stratifiée pour les infrastructures civiles et militaires face aux menaces aériennes modernes.

Le système SAMP/T, déjà déployé par la France et l’Italie, et récemment commandé par la Pologne, offre une couverture radar à 360 degrés, avec une portée maximale d’interception allant jusqu’à 120 kilomètres contre les aéronefs et environ 25 kilomètres contre les missiles balistiques. L’intercepteur Aster 30 Block 1 peut engager des cibles en manœuvre, tandis que la future version Block 1NT promet une défense renforcée contre les menaces balistiques de courte et moyenne portée.

Contrairement au Patriot reposant sur une couverture radar sectorielle, le radar rotatif Arabel du SAMP/T permet un balayage complet à 360 degrés, un avantage opérationnel jugé déterminant par les autorités danoise pour la protection des infrastructures critiques et des zones urbaines dispersées.

La perte de ce contrat constitue un revers important pour les États-Unis. La proposition de vente du Patriot, l’un des accords d’armement les plus prestigieux proposés à la capitale danoise depuis des décennies, visait à renforcer l’interopérabilité avec les forces américaines et alliées de l’OTAN.

Le Patriot, notamment avec l’intégration de l’IBCS, demeure le système anti-missile principal des forces américaines, conçu pour connecter en réseau plusieurs radars et lanceurs déployés sur des zones étendues. Son intercepteur PAC-3 MSE, capable d’impact direct, apporte une protection accrue contre les missiles balistiques par rapport à l’actuel Aster 30 Block 1.

Cependant, les décideurs danois ont manifestement privilégié la coopération industrielle européenne, des délais de livraison plus courts et une couverture radar intégrale, plutôt que de retenir l’offre américaine.

Une analyse technique met en lumière les avantages et inconvénients pesés par le Danemark. Le missile Patriot PAC-3 MSE, avec une portée maximale d’environ 60 kilomètres contre cibles aérodynamiques et une altitude de vol supérieur à 30 kilomètres, présente des capacités supérieures contre des menaces balistiques rapides. Sa technologie d’impact direct est réputée plus efficace contre les véhicules de rentrée avec manœuvres complexes.

En comparaison, le missile Aster 30 Block 1 du SAMP/T offre une portée atteignant 120 kilomètres contre avions et missiles de croisière, mais couvre un périmètre plus restreint face aux missiles balistiques à environ 25 kilomètres. Toutefois, l’Aster dispose d’un système avancé de contrôle de poussée vectorielle PIF-PAF lui conférant une grande maniabilité en phase terminale.

La différence d’architecture radar a également été déterminante, le SAMP/T proposant une couverture continue à 360 degrés, là où le Patriot dispose d’un radar à antenne en phase à couverture sectorielle.

Sur le plan opérationnel, cela signifie que le SAMP/T peut simultanément repousser des attaques saturantes venant de multiples directions, tandis que le Patriot est optimisé pour une défense en couches contre des menaces balistiques moins nombreuses mais plus sophistiquées.

La stratégie danoise se déploie désormais sur deux axes. En juin 2025, le pays a rapidement sécurisé des systèmes à moyenne portée pour une capacité immédiate, dans le but à long terme de mettre en service huit systèmes intégrés. Le choix du SAMP/T comme socle de cette force garantit l’intégration du Danemark dans un réseau européen antimissile en expansion, avec l’Italie, la France et la Pologne.

Sur le plan stratégique, cette sélection traduit le double engagement du Danemark : renforcer la défense de l’est de l’OTAN tout en soutenant l’industrie européenne de défense à une époque de dépendance accrue aux garanties sécuritaires transatlantiques.

Alain Servaes