L’Indian Air Force (IAF) s’apprête à augmenter significativement ses achats du missile air-surface Rampage, après son efficacité démontrée lors de l’opération Sindoor en mai 2025. Désigné sous le nom de High Speed Low Drag-Mark 2 (HSLD-Mk 2) dans l’armée de l’air indienne, ce missile a été intégré sur des avions de combat de première ligne tels que le Sukhoi Su-30 MKI, le Jaguar et le MiG-29, avec une mise en service accélérée. Cette démarche illustre la volonté de l’Inde de renforcer ses capacités de frappe de précision à longue portée face aux menaces croissantes émanant de la Chine et du Pakistan, en envisageant également une production locale dans le cadre de l’initiative « Make in India » pour gagner en autonomie stratégique.
Développé par Israel Aerospace Industries (IAI) et Israel Military Industries (IMI), le Rampage est un missile supersonique air-sol à longue portée, conçu pour des frappes de haute précision contre des cibles durcies et à engagement rapide, notamment des centres de commandement, des bases aériennes et des systèmes de défense aérienne. Sa portée s’étend de 250 à 300 kilomètres, avec une vitesse supérieure à Mach 1,5 et une ogive de 150 kg, ce qui permet aux chasseurs indiens d’atteindre des objectifs en profondeur dans le territoire ennemi tout en restant hors de portée des systèmes de défense comme le HQ-9 chinois ou le LY-80 pakistanais. Parmi ses caractéristiques principales :
- Vitesse supersonique et faible traînée : Conçu pour minimiser son exposition aux défenses adverses, assurant rapidité d’engagement et survie en combat.
- Guidage avancé : Équipé de systèmes GPS/INS et de capteurs électro-optiques, le Rampage offre une précision exceptionnelle même contre des cibles mobiles ou fortifiées, tout en résistant aux contre-mesures électroniques.
- Polyvalence : Compatible avec plusieurs plates-formes de l’IAF (Su-30 MKI, Jaguar, MiG-29), le missile augmente la flexibilité opérationnelle sur divers profils de mission.
Lors de l’opération Sindoor, qui a duré près de 100 heures, les avions Su-30 MKI ont lancé des Rampage sur des cibles de haute valeur pakistanaises, démontrant une précision remarquable et un réel succès opérationnel. La capacité du missile à frapper à distance sécurisée a permis à l’IAF de neutraliser des menaces sans exposer ses appareils aux défenses aériennes adverses, soulignant ainsi l’importance tactique de ce système.
L’Inde a entamé l’acquisition du Rampage en 2020-2021, dans un contexte de tensions accrues avec la Chine le long de la Ligne de contrôle réel (LAC) au Ladakh oriental, après l’affrontement de la vallée de Galwan. Le besoin d’armes de précision à longue portée s’est alors amplifié face au déploiement par Pékin de systèmes avancés comme le HQ-9, capable d’intercepter des cibles à 200 km. Le Rampage vient compléter d’autres missiles stratégiques de l’IAF, tels que les missiles de croisière BrahMos (400–600 km), SCALP (300 km) et Crystal Maze (100 km), renforçant la capacité indienne à frapper en profondeur tout en évitant les défenses ennemies.
La commande initiale d’environ 200 Rampage en 2021 a bénéficié d’une procédure accélérée, avec des essais concluants sur Su-30 MKI, Jaguar et MiG-29 achevés en 2023. Les résultats obtenus lors de l’opération Sindoor, au cours de laquelle le missile a efficacement neutralisé des cibles pakistanaises, ont conduit l’IAF à envisager une augmentation significative de ses commandes, pouvant doubler voire tripler le stock dans les prochaines années. Cette stratégie s’inscrit dans le plan de modernisation de l’IAF, qui met l’accent sur la dissuasion à longue portée et les frappes de précision pour faire face à la montée en puissance de la force aérienne chinoise (PLAAF) et pakistanaise (PAF).
Le Rampage s’intègre dans l’arsenal existant de l’IAF, qui comprend :
- BrahMos : Missile de croisière supersonique avec une portée de 400 à 600 km, intégré aux Su-30 MKI et prévu pour les Rafale, capable de frapper des cibles terrestres et navales.
- SCALP (Storm Shadow) : Missile de croisière d’une portée de 300 km, déployé sur Rafale pour les frappes en profondeur contre des objectifs fortifiés.
- Crystal Maze : Missile balistique air-sol avec 100 km de portée, efficace contre des cibles de haute valeur en environnement contesté.
Ces systèmes offrent une capacité de frappe étagée, couvrant de 100 à 600 km, permettant à l’IAF d’engager des cibles à différentes profondeurs tout en restant hors de portée des défenses ennemies comme le HQ-9 chinois ou le HQ-16 pakistanais. La portée intermédiaire du Rampage, de 250 à 300 km, remplit une niche essentielle, proposant une solution économique et rapide à vitesse supersonique pour les missions de moyenne distance, en complément du BrahMos long rayon et du Crystal Maze plus court.
Un point crucial du programme Rampage est l’avancée des discussions concernant la production locale dans le cadre de l’initiative « Make in India ». L’Inde et Israël explorent une coopération industrielle en vue d’une fabrication à grande échelle via une coentreprise associant IAI, IMI (intégré désormais dans Elbit Systems) et des entreprises indiennes telles que Bharat Dynamics Limited (BDL) ou Kalyani Strategic Systems. Cette démarche vise l’autonomie stratégique en renforçant la production indigène, à l’instar des programmes Astra (missile air-air à moyenne portée) et Akash (système sol-air). La production locale présenterait plusieurs avantages :
- Réduction des coûts : La fabrication nationale pourrait diminuer le coût unitaire, estimé à environ 5 à 7 crores de roupies, facilitant ainsi des acquisitions à plus grande échelle.
- Sécurité d’approvisionnement : Une production locale assure une chaîne d’approvisionnement stable, limitant les risques liés aux perturbations géopolitiques, comme observé avec les approvisionnements russes dans le contexte du conflit Ukraine-Russie.
- Potentiel d’export : La production sous licence pourrait permettre à l’Inde d’exporter le Rampage vers des pays amis tels que le Vietnam, l’Indonésie ou les Philippines, consolidant ainsi ses partenariats stratégiques dans la région indo-pacifique.
L’expertise du DRDO en matière de développement de missiles, combinée aux transferts technologiques d’Israël, pourrait également favoriser l’intégration de composants indigènes, tels que les capteurs de guidage et ogives, renforçant encore l’autonomie. Ce schéma rappelle le succès de la co-développement du MR-SAM (Barak-8) avec Israël, qui a atteint 60 % d’indigénisation.