Selon un rapport daté du 30 juin 2025, l’Armée de l’air indienne (IAF) fait face à un retard de huit ans dans la modernisation de ses Rafale avec des radars AESA basés sur le nitrure de gallium (GaN). Cette situation pourrait entraîner un important déficit opérationnel, notamment face au chasseur furtif chinois Chengdu J-20. Ce retard, lié à des difficultés industrielles et des priorités chez les fabricants français Dassault Aviation et Thales, a conduit à équiper les 36 Rafale livrés depuis 2020 de radars RBE2 AESA à base d’arséniure de gallium (GaAs), moins performants. Cette lacune technologique suscite des inquiétudes à New Delhi, dans un contexte de tensions persistantes avec la Chine le long de la frontière himalayenne orientale.
Le radar RBE2 AESA GaN, développé par Thales, représente un saut technologique majeur par rapport au radar GaAs actuellement installé sur les Rafale indiens. La technologie GaN double la puissance émise pour une taille de radar identique, améliore la densité des impulsions, augmente la portée effective de 20 à 30 % et offre une capacité supérieure de suivi de multiples cibles. Par ailleurs, les radars GaN sont plus résistants aux brouillages électroniques, dissipent mieux la chaleur et bénéficient d’une plus grande immunité contre le brouillage et les leurres actifs. Ces caractéristiques sont essentielles pour les combats aériens modernes, notamment lors d’engagements au-delà de la portée visuelle (BVR).
À l’inverse, le radar RBE2 AESA GaAs, bien qu’avancé à son époque, souffre d’une puissance de crête inférieure et d’une gestion moins efficace du multi-ciblage. Cela place l’IAF en position de vulnérabilité face à des adversaires tels que le J-20 chinois, qui serait équipé d’un radar AESA GaN de type 1475. Des sources occidentales avancent que ce radar dispose d’une portée de détection dépassant 300 kilomètres et peut suivre simultanément jusqu’à 20 cibles. Dans un scénario BVR, les Rafale indiens doivent compter sur le soutien de systèmes de surveillance et de contrôle aéroportés (AWACS) et sur la désignation préalable des cibles pour engager efficacement le J-20, conférant ainsi un net avantage à la Chine.
La transition vers les radars GaN devait initialement débuter en 2017, les premiers essais ayant commencé en 2014. Cependant, Thales a rencontré d’importantes contraintes industrielles, notamment des goulets d’étranglement en production, des retards de certification et des limites budgétaires. Tandis que la France a intégré le radar RBE2 AESA GaN sur ses Rafale dans le cadre du standard F4.2 depuis 2024, avec des améliorations prévues pour la version F5, les versions à l’export pour l’Inde ont été reléguées au second plan. Cela a abouti à un parc Rafale technologiquement daté en Inde, malgré un investissement de 7,8 milliards d’euros dans le programme.
Ce retard est d’autant plus préoccupant que l’Inde évolue dans une région instable, où la montée en puissance militaire chinoise et les plateformes avancées comme le J-20 constituent une menace directe. L’absence de radars GaN limite la capacité des Rafale à contrer ces menaces de manière autonome, affaiblissant les efforts de modernisation de l’IAF.
Le rapport souligne la frustration de l’Inde envers Dassault Aviation et Thales, la lenteur dans la livraison des radars GaN à destination de l’export étant perçue comme une faille majeure dans la feuille de route de modernisation de l’IAF. L’écart technologique grandissant avec la Chine, notamment en matière de performances radar, risque de compromettre la supériorité aérienne indienne dans un éventuel conflit le long de la Line of Actual Control (LAC). Les capacités radar avancées du J-20, combinées à ses caractéristiques furtives, confèrent à la Chine un avantage significatif dans les affrontements à longue distance où la détection précoce et les contre-mesures électroniques efficaces sont déterminantes.
L’Inde presse désormais la France d’accélérer la livraison des mises à niveau radar GaN pour réduire ce déficit opérationnel. Les 36 Rafale indiens stationnés sur les bases aériennes d’Ambala et Hasimara sont un pilier de la stratégie aérienne du pays, et leurs limitations actuelles en matière de radar pourraient nuire à leur efficacité dans des environnements contestés. L’intégration de radars GaN renforcerait non seulement les capacités de combat des Rafale, mais garantirait également une meilleure interopérabilité avec d’autres atouts de l’IAF, tels que les systèmes AWACS et les missiles à longue portée Meteor.