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L’initiative du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) pourrait profondément transformer le commerce mondial, les transports ainsi que la connectivité numérique et énergétique. Toutefois, le conflit en cours entre Israël et le Hamas à Gaza freine pour l’instant son avancement.

IMEC offre des avantages significatifs à tous les pays participants, avec un fort potentiel pour stimuler la croissance économique en Europe, en Inde et dans le Golfe. Ce projet représente également une opportunité stratégique, économique et géographique majeure pour Israël afin de renforcer son rôle sur la scène internationale.

Le gouvernement israélien doit impérativement prioriser la mise en œuvre du corridor IMEC une fois le conflit contre le Hamas terminé, soulignent plusieurs experts.

Un mémorandum d’entente a été signé par l’Inde, l’Union européenne, les Émirats arabes unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Arabie saoudite et les États-Unis, pour bâtir un système économique reposant sur un réseau multimodal combinant chemins de fer, ports et autoroutes. Ce réseau doit améliorer l’efficacité commerciale et la coopération régionale, devenant ainsi un axe vital du commerce mondial, et une alternative potentielle à l’initiative chinoise “Belt and Road”.

Ce corridor doit relier l’Inde, le Moyen-Orient et l’Europe, avec le soutien de Washington. Une fois finalisé, il comprendra notamment trois ports majeurs en Méditerranée : Haïfa en Israël, Le Pirée en Grèce et Trieste en Italie.

Pour Israël, IMEC dépasse une simple opportunité économique : il s’agit d’une voie pour redéfinir sa position stratégique régionale et ses alignements géopolitiques, explique Mordechai Chaziza, expert à l’Université de Haïfa.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu présente ce corridor comme une plateforme révolutionnaire pour intégrer Israël aux économies arabes et aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

Selon les premières estimations, le trajet terrestre d’IMEC pourrait réduire les coûts logistiques de 30 % et le temps de transport de 40 % par rapport au passage par le canal de Suez. Cette nouvelle route offrirait aussi des avantages structurels importants, notamment une diminution des risques de perturbations des chaînes d’approvisionnement et une baisse des coûts énergétiques.

Les attaques terroristes menées par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, suivies par le conflit à Gaza, ont constitué un sérieux coup d’arrêt pour ce projet. Ces événements ont survenu seulement quelques semaines après la signature du mémorandum d’entente d’IMEC lors du sommet du G20.

L’instabilité régionale croissante, alimentée en particulier par les proxies iraniens, a conduit à la suspension de cette initiative majeure ainsi que du processus de normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël.

“Bien que la normalisation faciliterait certains obstacles politiques et logistiques, elle n’est pas indispensable. Le projet peut avancer avec une gestion diplomatique prudente,” indiquent Rachel Rizzo et Nicholas Shafer, experts pour l’Atlantic Council.

Il apparaît donc que plus Israël stabilisera rapidement la situation à Gaza, plus il pourra se concentrer sur la mise en œuvre active d’IMEC.

Parmi les propositions pour exploiter pleinement le potentiel économique d’IMEC, Nir Levitan et les professeurs Arie Reich et Jonathan Rynhold suggèrent : “Pour concrétiser l’accord et attirer les investissements publics et privés, il est nécessaire de mettre en place un cadre institutionnel multilatéral pour un dialogue structuré entre les pays participants. Un organisme dédié devrait aussi être créé afin de promouvoir le développement des infrastructures et l’investissement privé.”

Ce corridor permettrait aux États-Unis et à l’Union européenne de renforcer leurs connexions stratégiques avec l’Asie du Sud et le Golfe, dans l’objectif d’harmoniser leurs ambitions politiques tout en contrebalançant l’influence croissante de la Chine dans la région.

Plusieurs pays européens, dont la France et l’Italie, ont depuis nommé des envoyés spéciaux pour suivre le dossier IMEC. Dans ce cadre, Israël et Chypre ont annoncé en mai de nouveaux projets énergétiques et ont appelé à relancer le forum trilatéral Israël-Chypre-Grèce.

Europe, États-Unis et Israël doivent désormais intensifier leur soutien pour permettre une avancée tangible de cette initiative à fort enjeu géopolitique et économique.