À l’horizon août 2025, l’Armée de l’air indienne (IAF) intensifie ses démarches pour acquérir entre 90 et 110 avions de chasse Rafale supplémentaires via un accord gouvernement à gouvernement (G2G) avec la France. Cette initiative vise à enrayer la diminution rapide du nombre de ses escadrons face aux menaces croissantes de la Chine et du Pakistan. Selon des sources proches du Defence Research Wing (IDRW), le ministère indien de la Défense (MoD) envisage des commandes par lots afin de réduire les coûts élevés, avec la possibilité d’une production partielle en Inde s’inscrivant dans la démarche « Make in India ».
Bien que la taille exacte de chaque lot reste à déterminer, les propositions suggèrent des lots de 36 appareils, permettant ainsi la livraison de 90 avions en trois phases. Toutefois, l’IAF privilégie une commande globale unique afin d’assurer une intégration rapide, avec une flotte conçue pour un service pouvant s’étendre sur cinquante ans. Cette perspective fait suite au contrat de 7,4 milliards de dollars portant sur 26 Rafale Marine (Rafale-M) pour la marine indienne, signé en avril 2025, confirmant le Rafale français comme le candidat favori du programme Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA) bloqué depuis plusieurs années et destiné à 114 appareils.
L’urgence est renforcée par l’opération Sindoor de mai 2025, durant laquelle les Rafale ont mené des frappes longue portée contre des cibles pakistanaises, illustrant à la fois leurs capacités et les vulnérabilités de l’IAF. Le Pakistan a revendiqué avoir abattu trois Rafale à l’aide de ses J-10 chinois équipés de missiles PL-15, revendication démentie par New Delhi. Avec 31 escadrons actuellement, destinés à tomber à 29 après la retraite des MiG-21 prévue en septembre 2025, alors que l’effectif autorisé est de 42,5 escadrons, la nécessité d’augmenter rapidement la flotte est cruciale. Passer par un accord G2G évite les délais du processus MRFA, lancé en 2018, qui bute sur des différends autour du transfert de technologie et la concurrence d’autres candidats comme l’Eurofighter Typhoon ou le Boeing F/A-18 Super Hornet.
L’histoire du Rafale en Inde remonte à l’appel d’offres Medium Multi-Role Combat Aircraft (MMRCA) de 2007 pour 126 appareils, où Dassault Rafale s’était imposé sur le coût du cycle de vie. Cependant, les négociations ont piétiné sur les garanties de production avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL), conduisant à un accord réduit en 2016 pour 36 Rafale flyaway à 7,87 milliards d’euros (environ 59 000 crores de roupies). Ces avions, livrés entre 2019 et 2022 et basés à Ambala (face au Pakistan) et Hasimara (face à la Chine), se sont révélés essentiels, intégrant des armes indigènes comme le missile Astra Mk1 et participant à des exercices internationaux tels que Red Flag-Alaska en 2024.
Le programme MRFA, réévalué pour 114 avions sous la politique « Buy Global-Make in India », vise un contenu indigène de 70 à 75 % et une production locale. Cependant, les progrès demeurent lents en raison des obligations de compensation, de l’accès au code source pour l’intégration d’armes nationales (exemple : missiles Rudram) et de la réticence de Dassault à partager sa technologie sensible sans garanties solides. Des rapports récents indiquent que l’IAF préparera une Acceptation de Nécessité (AoN) pour le Defence Acquisition Council (DAC) d’ici octobre 2025, avec une préférence pour la version Rafale F4 pour son radar AESA amélioré, la fusion des capteurs et ses capacités en réseau. Ce contrat pourrait atteindre une valeur comprise entre 18 et 20 milliards de dollars, faisant de l’Inde le principal utilisateur mondial de Rafale avec jusqu’à 176 appareils (toutes variantes confondues).
En avril 2025, le Cabinet Committee on Security (CCS) a validé l’acquisition de 26 Rafale-M pour la marine à 63 000 crores de roupies, les livraisons étant prévues entre 2028 et 2030. Ces avions bénéficieront d’adaptations spécifiques aux porte-avions, telles que trains d’atterrissage renforcés et câbles d’arrêt pour l’INS Vikrant et l’INS Vikramaditya, en remplacement des MiG-29K vieillissants. Le contrat inclut également la modernisation de 10 Rafale de l’IAF pour le ravitaillement entre appareils « buddy refueling » ainsi que 40 réservoirs supplémentaires longue portée, renforçant l’interopérabilité.
Selon les sources d’IDRW, le MoD adopterait une stratégie de commandes en lots afin de mieux gérer la pression budgétaire, chaque lot pouvant comporter 36 appareils — à l’image de celui de 2016 — pour un total de 90 avions répartis sur trois phases. Cette méthode pourrait réduire les coûts initiaux, estimés à environ 1 500-2 000 crores par appareil (armements et soutien compris), en étalant les paiements et tirant parti d’économies d’échelle lors des derniers lots. Une production partielle en Inde, via Dassault Reliance Aerospace Limited (DRAL) à Nagpur ou une nouvelle usine avec Tata Advanced Systems (TASL) à Hyderabad, permettrait de satisfaire aux compensations industrielles et de créer des emplois. En juin 2025, Dassault et TASL ont signé un accord de production des fuselages à raison de deux unités par mois à partir de l’exercice 2028, marquant la première chaîne d’assemblage Rafale hors de France.
Cependant, l’IAF milite pour une commande unique de 90 à 110 appareils afin d’assurer la cohésion de la flotte et une montée en puissance rapide des escadrons, chaque escadron comptant 18 avions. L’Air Chief Marshal A.P. Singh a souligné en février 2025 l’exigence de recevoir 35 à 40 appareils par an, avertissant que les retards creusent davantage l’écart face aux plus de 300 J-20 furtifs chinois et aux 40 J-35A pakistanais. Une commande unique faciliterait aussi les remises de volume et la standardisation de la formation, le Rafale F4 offrant une durée de vie opérationnelle de 50 ans grâce à des mises à jour telles que la suite de guerre électronique SPECTRA et les missiles BVR Meteor (portée supérieure à 150 km).
La charge de travail actuelle de Dassault, avec 299 avions en commande pour une valeur de 43,2 milliards d’euros en 2024, pose néanmoins un défi, la production devant passer à trois jets par mois dès 2026. Une ligne d’assemblage indienne pourrait soulager cette pression, nécessitant cependant un investissement de 500 à 700 millions de dollars et un délai de 3 à 5 ans pour son installation. Éric Trappier, PDG de Dassault, a indiqué en mars 2025 que l’Inde pourrait accueillir une ligne d’assemblage finale (FAL) pour absorber la charge et s’inscrire dans l’initiative « Atmanirbhar Bharat » (Inde autonome).
| Aspect | Commande Globale Unique (Préférence IAF) | Commandes par Lots (Proposition MoD) |
|---|---|---|
| Quantité | 90-110 avions en une seule tranche | 36 avions par lot (ex. 3 lots pour 90 avions) |
| Structure des Coûts | 18-20 milliards de dollars en une fois ; remises de volume possibles | Répartis sur plusieurs années ; investissement initial plus faible (~60 000 crores au total) |
| Calendrier | AoN en octobre 2025 ; livraisons de 2027 à 2030 | Premier lot en 2027 ; suivants tous les 2-3 ans ; intégration complète d’ici 2040 |
| Assemblage | Partiel en Inde (DRAL/TASL) ; 70 % de contenu indigène | Localisation progressive par lot ; démarrage en flyaway, puis CKD/SKD |
| Avantages | Montée en puissance rapide (5-6 escadrons) ; logistique unifiée | Gestion budgétaire facilitée ; montée en compétences ; respect des compensations |
| Contraintes | Forte pression budgétaire initiale ; arriéré de production | Risques de retards entre lots ; incohérences possibles dans l’intégration |
Ces Rafale supplémentaires permettraient la création de 5 à 6 escadrons renforçant la supériorité aérienne, les frappes en profondeur et les missions SEAD (Suppression de la Défense Aérienne ennemie). Intégrés au système de commandement et de contrôle aérien intégré (IACCS), ils contrebalanceraient les J-10C/PL-15 pakistanais et les J-20 chinois, notamment après l’opération Sindoor où les Rafale ont utilisé des missiles SCALP-EG à 650 km de portée. L’assemblage local accentuerait l’autonomie stratégique, avec DRAL produisant les fuselages et TASL prenant en charge l’avionique, tout en envisageant des exportations vers l’Indonésie, qui a commandé 42 Rafale.