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Une équipe technique russe doit prochainement visiter l’usine de Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik, dans l’État du Maharashtra, afin d’évaluer la capacité du site à produire le chasseur furtif de 5e génération Su-57E. Cette démarche illustre la volonté de Moscou de conclure un accord majeur avec New Delhi, qui envisage l’achat de 40 à 60 exemplaires – soit deux à trois escadrons – pour combler des lacunes critiques dans les capacités de sa force aérienne.

Cette initiative intervient dans un contexte où le ministère indien de la Défense a récemment exprimé son intention d’accélérer l’acquisition d’appareils de cinquième génération, faisant du Su-57E un candidat de premier plan face à l’évolution du marché mondial des armements.

L’usine de Nashik joue un rôle clé dans l’industrie aérospatiale indienne, avec une expérience confirmée dans la fabrication sous licence de plus de 220 chasseurs multirôles Su-30MKI depuis 2004. Selon des sources russes, une grande partie des infrastructures actuelles – notamment les outils, machines et lignes d’assemblage – pourrait être adaptée à la production du Su-57E avec des modifications limitées. Seules 20 à 30 % des installations nécessiteraient de nouveaux équipements, tels que des gabarits d’assemblage et des systèmes hydrauliques spécifiques au fuselage plus complexe du Su-57E. Cette adaptation permettrait de réduire significativement les coûts et délais de mise en place. Par ailleurs, HAL maîtrise l’intégration des plateformes d’origine russe, illustré par la production de plus de 920 moteurs AL-31FP à l’usine voisine de Koraput, garantissant une compatibilité fluide et une moindre dépendance aux importations.

L’intérêt renforcé de l’Inde pour des chasseurs de cinquième génération s’explique par la baisse de ses effectifs, qui sont passés à 31 escadrons contre 42 à l’origine, accentuée par la mise hors service des anciens MiG-21 et les retards du programme indigène Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), dont la mise en service n’est pas prévue avant 2034-2035. Le ministère de la Défense prévoit désormais l’achat d’au moins trois escadrons (54 à 60 avions) de chasseurs furtifs avancés pour maintenir une capacité de dissuasion crédible face à la Chine et au Pakistan. Cette urgence est alimentée par le déploiement par Pékin de plus de 200 J-20 et par les achats chinois annoncés d’environ 40 J-35 par Islamabad d’ici 2026, créant un déséquilibre capacitaire préoccupant.

Le Su-57E, version export du Su-57 Felon, présente un ensemble attrayant avec sa motorisation bimoteur, sa super-maniabilité assurée par les moteurs à poussée vectorielle AL-41F1S (présentant une évolution possible vers le modèle plus performant Izdeliye 177S), et ses caractéristiques furtives comprenant des baies internes pour armements comme les missiles R-77M et hypersoniques Kinzhal. Son coût unitaire, estimé entre 80 et 100 millions de dollars, reste inférieur à celui du F-35 américain, qui avoisine 110 millions de dollars. Le projet inclut un transfert complet de technologie (ToT), l’accès aux codes sources et une localisation pouvant atteindre 60 % à Nashik.

Rostec, le conglomérat militaire d’État russe, propose une première livraison de 20 à 30 appareils prêts à l’emploi dans un délai de 3 à 4 ans, suivie d’une montée en cadence locale pour atteindre 60 à 70 unités au début des années 2030. Cette offre russe gagne du terrain alors que l’Inde aurait écarté celle du F-35, invoquant des contraintes liées aux restrictions d’exportation, aux coûts élevés, à l’insuffisance du transfert technologique et aux risques d’intégration de systèmes « pistés » susceptibles d’être désactivés à distance. Bien que supérieur en termes de fusion des capteurs et furtivité, le F-35 souffre d’une architecture fermée peu compatible avec les adaptations indiennes et impose des contrôles stricts susceptibles d’exposer New Delhi à des sanctions américaines (CAATSA), d’autant que le pays continue ses acquisitions de systèmes russes, dont le S-400. En revanche, le partenariat indo-russe, qui représente plus de 60 % de l’inventaire de l’Indian Air Force, garantit une interopérabilité éprouvée et moins de contraintes géopolitiques, comme en témoignent les projets réussis des Su-30MKI et du missile BrahMos.

L’inspection à venir évaluera plus particulièrement la capacité de Nashik à fabriquer des éléments furtifs, notamment la production de structures composites et l’intégration des systèmes avioniques. Si elle est validée, cette évolution pourrait transformer le site en un pôle de production de chasseurs de cinquième génération, créant plusieurs milliers d’emplois et renforçant le potentiel d’exportation indien. Toutefois, les défis demeurent : la furtivité du Su-57E est contestée, son encombrement radar étant supérieur à celui du F-35, des problèmes de fiabilité moteur subsistent, et les droits de douane américains de 25 % sur les produits indiens, appliqués depuis août 2025, pourraient compliquer indirectement les relations bilatérales. Par ailleurs, les précédentes interruptions d’approvisionnement en pièces détachées pour les Su-30MKI, liées aux sanctions occidentales contre la Russie, incitent à la prudence.