Dans une avancée majeure vers l’autonomie aéronautique indigène, le Gas Turbine Research Establishment (GTRE) et le groupe aéronautique français Safran s’associent dans un projet commun d’une valeur de 7 milliards de dollars pour co-développer un moteur de chasse polyvalent. Ce moteur, d’une poussée initiale de 120 kN extensible à 140 kN, bénéficiera d’une production assurée de plus de 400 unités afin d’amortir cet investissement important, tout en s’insérant dans l’écosystème des futurs avions de combat indiens.
Confirmée lors de récentes discussions de haut niveau, cette coopération fait suite à la sélection de Safran comme partenaire étranger privilégié pour les besoins de propulsion de nouvelle génération de l’Inde, devant des concurrents tels que Rolls-Royce, grâce à son calendrier accéléré et ses engagements solides en matière de transfert de technologie.
Les responsables impliqués dans cet accord soulignent que la conception modulaire du moteur servira de base aux programmes Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) MkII et Twin-Engine Deck-Based Fighter (TEDBF). Les commandes combinées s’élèveront à environ 200 unités — 120 pour l’Armée de l’air indienne avec l’AMCA furtif, et 80 pour la Marine indienne avec le TEDBF opérationnel sur porte-avions.
Cet engagement initial de production garantit la viabilité économique du projet, permettant ainsi de compenser les 7 milliards de dollars investis dans la recherche, les prototypes, les essais et la mise en place industrielle grâce aux économies d’échelle.
La longévité du moteur accroît encore sa valeur stratégique. Conçu pour un intervalle de 15 ans avant révision majeure ou remplacement, les flottes d’AMCA et de TEDBF pourraient nécessiter entre 400 et 600 moteurs supplémentaires sur la durée de leur utilisation, en intégrant les pièces de rechange, les mises à jour et le renouvellement. « Ce n’est pas seulement une question de commandes initiales ; il s’agit d’un écosystème durable pour la production indigène », indique une source, en soulignant que ce partenariat s’inscrit dans l’initiative indienne Atmanirbhar Bharat en assurant à GTRE et à Hindustan Aeronautics Limited (HAL) des droits de propriété intellectuelle complets et une liberté totale de modification.
La capacité d’évolution est au cœur de cette stratégie. Le moteur, doté de systèmes avancés de refroidissement et capable de supporter une température d’entrée turbine de 2100 K, fera l’objet de modifications visant à dépasser les 140 kN de poussée, ce qui le rendra compatible avec une plateforme de chasse de sixième génération actuellement en phase conceptuelle.
Ces améliorations, incluant des évolutions possibles vers un cycle adaptatif, visent à anticiper les menaces futures en offrant des capacités comme le supercroisière, la compatibilité avec des armes à énergie dirigée, ainsi que des systèmes avioniques pilotés par intelligence artificielle dans les appareils de prochaine génération.
Au-delà des avions de combat pilotés, ce moteur est également envisagé pour un ambitieux programme d’aéronef sans pilote, destiné à succéder à l’actuel drone de combat Ghatak équipé du moteur dérivé Kaveri à poussée plus faible. Selon des sources, ce programme, prévu à moyen terme, pourrait s’appuyer sur la motorisation Safran-GTRE afin d’améliorer l’endurance et la charge utile lors de missions furtives à haute altitude, marquant ainsi une avancée significative dans le domaine des systèmes autonomes.
Le développement s’étalera sur 10 à 12 ans, avec des essais en vol prévus sur un démonstrateur Rafale en 2028, et une entrée en production programmée pour 2035, en cohérence avec l’arrivée de l’AMCA MkII à la mi-2030 et le déploiement du TEDBF après 2038.
Cette synchronisation permet de réduire les risques liés aux précédents projets indigènes, comme le moteur Kaveri sous-puissant, tout en renforçant les liens de défense entre l’Inde et la France, ouvrant la voie à une possible exportation de ce moteur à plus de 1 000 unités via des programmes alliés.