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Lors du salon DSEI à Londres, Leonardo UK a présenté son appareil Proteus en détaillant les récentes démonstrations de ses capacités autonomes dans des essais synthétiques de lutte anti-sous-marine (ASW). L’entreprise a souligné que la cellule actuelle ne constitue qu’une plateforme d’essai à faible coût pour la technologie, et non le produit final.

Leonardo a tenu à préciser que son démonstrateur Proteus n’est « pas… quelqu’un assis dans une cabine avec un joystick », mais plutôt une feuille de route vers une autonomie totale. Il est capable de planifier des trajectoires, d’éviter les menaces, de collaborer avec d’autres aéronefs et d’exécuter des missions sans intervention humaine constante.

Nigel Colman, directeur général des hélicoptères au Royaume-Uni pour Leonardo, a relié directement ce projet à la doctrine de la Royal Navy. « Il s’agit de la stratégie de transformation de l’aviation maritime de la Royal Navy… opérée avec équipage uniquement quand c’est nécessaire, sans équipage autant que possible. C’est là que Proteus intervient. »

Proteus est en développement conjoint avec le ministère britannique de la Défense et Defence Equipment and Support depuis 2013. Colman a insisté sur une approche agile et adaptative, plutôt que sur des jalons rigides.

La phase actuelle, d’un montant de 60 millions de livres sterling, s’est particulièrement concentrée sur l’autonomie. Des essais synthétiques ont montré trois systèmes Proteus détectant une menace sous-marine, échangeant des informations et répartissant les tâches entre eux. « Nous avons présenté ces résultats aux responsables de haut niveau de la Royal Navy », a-t-il précisé, qualifiant le système d’autonomie de « cerveau » intégré dans un « corps » temporaire.

Leonardo a particulièrement mis l’accent sur ces essais synthétiques achevés, comme preuve que l’autonomie de Proteus n’est pas théorique mais effective dès à présent. Colman a expliqué : « Nous avons effectué d’excellentes démonstrations synthétiques intégrant du matériel réel, avec le logiciel opérationnel que nous avons déjà fait voler dans un environnement simulé. Nous avons ainsi fait voler simultanément trois appareils Proteus, en collaboration. »

Les systèmes ont reçu pour mission ASW de « détecter, localiser et neutraliser le sous-marin ». Les appareils ont ensuite « communiqué entre eux, décidé quel appareil était le plus apte à traiter la menace identifiée, et réparti les tâches en conséquence ». Cette capacité, qualifiée d’« impressionnante », a été présentée « récemment à des cadres supérieurs de la Royal Navy ». Le message est clair : le véritable atout réside dans le logiciel d’autonomie, déjà validé en simulation, et non dans un futur hypothétique.

En parallèle, la société a atténué l’importance de la cellule physique présentée lors du briefing, la décrivant comme une solution pragmatique et temporaire, non le produit final. Nigel Colman a expliqué aux journalistes : « Ce n’est pas l’aspect que Proteus aura à l’avenir… Les rotors Fenestron et de queue ne sont probablement pas idéaux dans des conditions météo difficiles en mer du Nord. Cette plateforme n’est pas parfaite, mais elle est peu risquée, peu coûteuse et nous permet de tester les technologies et l’autonomie. »

Il a ajouté que « le cerveau est la partie essentielle et notre principal axe de travail », précisant que la valeur réside dans l’ensemble autonome plutôt que dans le démonstrateur lui-même. « Je considère qu’il n’est pas indispensable de faire voler exactement cette cellule, car nous pouvons totalement tester le jumeau numérique et les composants autonomes dans un environnement synthétique plus performant », avant d’admettre que « notre client et partenaire souhaite tout de même que nous le fassions voler ».

L’objectif de Leonardo est de présenter Proteus comme une étape vers une future famille de systèmes autonomes, en évitant que l’appareil actuel soit perçu comme le produit final. La modularité est mise en avant. De larges panneaux latéraux cachent des espaces permettant de remplacer des charges utiles aux formats standards OTAN, ce qui permet d’adapter Proteus aux missions anti-sous-marines, anti-navires, ISR, de recherche et sauvetage ou d’alerte avancée.

Leonardo considère Proteus comme une réponse à la nécessité de disposer d’une masse abordable dans la lutte anti-sous-marine. Les systèmes sans pilote peuvent rester en mission plus longtemps qu’un Merlin piloté, sans les contraintes liées à la fatigue des équipages. Ils permettent aussi de réduire les besoins en personnel, un enjeu crucial alors que l’aviation navale peine à maintenir ses effectifs.

Interrogé sur les prochaines étapes, Colman a confirmé que le prototype est construit et devrait effectuer son premier vol cette année après des essais au sol. Il a rappelé que la réelle capacité réside dans le logiciel d’autonomie plus que dans l’appareil démonstrateur. « Avec le bon logiciel autonome et la bonne accréditation, on peut l’intégrer à n’importe quelle plate-forme », indiquant le portefeuille étendu de Leonardo, des légers Wildcats jusqu’au lourd AW101 de 16 tonnes.

L’entreprise présente également ce travail comme souverain et exportable, soulignant ses efforts pour éviter toute dépendance aux réglementations ITAR, rendant la technologie accessible à des partenaires étrangers comme le Japon. Les défis culturels liés au virage vers des systèmes sans pilote au sein du Fleet Air Arm sont reconnus, mais la trajectoire est jugée claire. « Je ne peux pas imaginer embarquer 30 personnes dans l’arrière d’un Merlin sans pilote, ce serait insensé. Mais les temps changent. Le concept d’aile aérienne hybride embarquée est notre objectif. »

Leonardo semble ainsi recentrer le débat non plus sur un drone unique mais bien sur une transformation inévitable de l’aviation navale, avec l’autonomie comme technologie clé.