L’armée a instauré une nouvelle règle interdisant aux sergents instructeurs de publier des vidéos des recrues durant la formation initiale. Cette mesure, inscrite dans la mise à jour d’août du manuel TR 350-6, encadrant la formation des nouveaux soldats, vise à limiter la diffusion de contenus sur les réseaux sociaux impliquant les stagiaires.
Le manuel précise désormais que les formateurs sont « interdits de créer des contenus sur les réseaux sociaux incluant des recrues ». Hunter Rhoades, porte-parole du Centre de formation initiale de l’armée américaine, rappelle que « tous les soldats doivent comprendre que lorsqu’ils se connectent à une plateforme sociale, ils représentent toujours l’Armée et doivent respecter ses valeurs ». Il insiste également sur le fait que « l’utilisation des communications électroniques pour infliger du tort, incluant le bizutage, l’intimidation ou le harcèlement, sape directement les valeurs fondamentales d’honneur et de respect ».
Cette mise à jour fait suite à une enquête ouverte après la diffusion par un sergent instructeur, en juillet, d’une vidéo montrant des recrues effectuant des exercices physiques sous une bannière affichant un slogan politique associé à l’ex-président Donald Trump. On y voit des soldats faire des pompes et des burpees sous une banderole indiquant « This Is Ultra MAGA Country ». Une seconde vidéo montrait la même scène sans le drapeau, accompagnée d’une légende provocatrice « Cry about it ».
Selon Hunter Rhoades, ce n’est pas cet incident isolé qui a motivé ce changement de politique. Il souligne que les soldats doivent respecter le Code de justice militaire et les règles de l’armée concernant les comportements en ligne, y compris hors service.
Par ailleurs, certains sergents instructeurs utilisent régulièrement TikTok et Instagram pour poster des vidéos de recrues marchant en formation ou subissant ce qui est communément appelé une séance de « corrective training ». Ces exercices, souvent désignés par le jargon militaire sous le terme anglophone de « smoking », sont désormais déconseillés et doivent être évités selon la nouvelle réglementation.
Jonathan Huff, ancien sergent instructeur et sergent-chef retraité, qui a servi de 2017 à 2019 à Fort Benning (Géorgie), a indiqué qu’il n’avait jamais personnellement publié de contenus avec les recrues, mais juge cette mesure « probablement une bonne idée ».
Il a toutefois critiqué les instructeurs encore en poste : « Mec, tu as un travail à faire. C’est déjà assez difficile comme ça », faisant référence aux défis que comporte la formation des recrues.
Cette nouvelle politique comprend également une interdiction explicite de toute demande d’« amitié » ou d’ajout sur les réseaux sociaux entre sergents instructeurs et stagiaires. La même règle vaut pour les relations personnelles développées via téléphone, textos ou messageries instantanées avec de futurs soldats. Cela s’inscrit dans une approche plus large visant à prévenir les déséquilibres de pouvoir entre commandants et subordonnés, ainsi qu’entre les différents grades militaires.
Les interdictions concernent aussi les recruteurs et les recrues potentielles, et ont déjà conduit à des poursuites disciplinaires sous le Code de justice militaire.
Un allègement des exigences physiques pour les sergents instructeurs
La mise à jour réglementaire supprime en outre l’obligation pour les sergents instructeurs de réaliser des actions correctives physiques avec les recrues, comme les pompes, les sprints ou les burpees. Elle interdit également que ces mesures administratives soient désignées par les termes « smoking » ou « smoke sessions ».
Jonathan Huff critique fermement cette interdiction de certains termes, qu’il qualifie de « bureaucratie inutile ».
Ces évolutions interviennent dans un contexte où le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a dénoncé une évolution vers plus de « douceur » dans l’entraînement initial, estimant que cela traduit une tendance au « wokisme » au sein des forces armées. Lors d’une interview en mai sur Fox News, il a notamment évoqué la rumeur infondée des « cartes de stress » permettant aux recrues d’échapper à la discipline en montrant une carte signalant leur difficulté émotionnelle.
Les critiques sur la rigueur de la formation initiale ne sont pas nouvelles. Bien que les méthodes anciennes aient parfois frôlé ce qui ressemblait à un « abus sanctionné », les pratiques modernes intègrent désormais plus de mécanismes de contrôle pour éviter les excès.
Depuis sa prise de fonction, Pete Hegseth a suggéré le retour de certains rites anciens, comme les « attaques de requins », une technique consistant à encercler et crier sur les recrues lors de leurs premiers jours d’entraînement.
Jonathan Huff se montre toutefois sceptique quant à l’idée que la formation initiale soit devenue trop douce. Il considère que le contexte actuel a permis d’améliorer le processus par rapport aux décennies passées, marquées par une pression intense liée aux besoins opérationnels en Irak, en Afghanistan et ailleurs :
« Franchement, quand j’entends un gars qui a fait la Guerre contre le Terrorisme dire à quel point son entraînement de base était dur, je me dis qu’il raconte n’importe quoi. C’était un vrai mouroir, mec. »