Lockheed Martin Europe a confirmé que la Marine grecque avait effectué le premier vol inaugural de son premier P-3B Orion modernisé, marquant une étape majeure dans la restauration des capacités de patrouille maritime et de lutte anti-submarine en Grèce. Ce vol symbolise la transition des essais statiques vers des évaluations fonctionnelles intégrées, soulignant la préparation de l’appareil pour des missions plus complexes.
La Grèce avait acquis six avions P-3B Orion auprès des États-Unis entre 1996 et 1997 afin de remplacer ses anciens HU-16 Albatross. Ces appareils ont été intégrés au 353e Escadron de Coopération Navale, rassemblant des personnels de la Marine et de l’Armée de l’air grecques. Ils ont assuré des missions de patrouille maritime et de guerre anti-sous-marine jusqu’en septembre 2009, date à laquelle ils ont été retirés du service en raison de la crise financière et de la dégradation structurelle des avions.
Le programme de modernisation, approuvé en 2014, visait à restaurer les capacités de surveillance maritime et de lutte sous-marine sans recourir immédiatement à de nouvelles plateformes. Le contrat, d’un montant de 142 millions de dollars, passé avec Lockheed Martin, prévoit la modernisation de quatre avions, le premier ayant été livré en 2019 à titre provisoire.
Le dispositif de modernisation comprend le remplacement des systèmes de cockpit par une suite numérique moderne, l’installation du système de mission M2IMS, la rénovation structurelle permettant d’ajouter environ 15 000 heures de vol à la durée de vie de chaque appareil, ainsi que des améliorations des performances en guerre anti-sous-marine et anti-surface.
L’appareil conserve son compartiment interne à bombe ainsi que ses points d’ancrage sous les ailes, permettant le transport de torpilles telles que le Mk 46 Mod 5, de mines navales ou d’autres équipements pesant jusqu’à 10 tonnes. Ces mises à jour rapprochent les capacités du P-3B grec aux standards actuels, répondant ainsi aux exigences des missions de surveillance et d’interdiction dans la région méditerranéenne.
Le programme a rencontré plusieurs obstacles techniques, comme des conflits logiciels, des défaillances électriques et des problèmes mécaniques, retardant son avancement. Cependant, à la mi-2024, le développement d’un nouveau logiciel en collaboration avec Lockheed Martin et la Marine américaine a permis de stabiliser les systèmes, ouvrant la voie aux essais fonctionnels.
La famille P-3 Orion, développée par Lockheed dans les années 1950, est mondialement reconnue comme une plateforme polyvalente dédiée à la patrouille maritime, la guerre anti-sous-marine, le renseignement et les missions de recherche et sauvetage. Depuis son premier vol en 1959, plus de 750 exemplaires ont été produits entre le début des années 1960 et les années 1990, avec des variantes spécialisées exploitées par de nombreux pays.
La version initiale de production, le P-3A, fut déployée dans la Marine américaine en 1962. En 1965, la version P-3B a été introduite, intégrant des moteurs Allison T56-A-14 plus puissants par rapport aux T56-A-10W de la première version, et offrant des capacités opérationnelles accrues.
La flexibilité du design de l’Orion explique pourquoi plusieurs nations, dont la Grèce, ont préféré prolonger la durée de vie de leurs appareils par des modernisations successives, plutôt que de les remplacer immédiatement par des plateformes plus récentes comme le Boeing P-8 Poseidon.
Avec ce premier P-3B modernisé en phase d’essais, la Grèce s’engage dans la restauration de ses capacités de patrouille maritime longue portée, essentielles pour surveiller et sécuriser les voies maritimes stratégiques en mer Égée et en Méditerranée orientale.
Fernando Valduga