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Face à l’évolution rapide des modalités de la guerre moderne, l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) et les forces armées indiennes intensifient leurs efforts pour optimiser l’efficacité opérationnelle tout en réduisant les coûts, notamment le ratio coût par neutralisation. La prolifération de menaces à bas coût, telles que les essaims de systèmes aériens sans pilote (UAS) armés, les munitions à effet de loitering et les drones peu coûteux, souvent déployés en parallèle avec des missiles de croisière et balistiques sophistiqués, souligne l’impérieuse nécessité de contre-mesures abordables qui ne compromettent pas les ressources nationales.

Selon des sources proches de la Défense indienne, la DRDO et les forces armées collaborent au développement de systèmes d’armes innovants destinés à neutraliser ces menaces de manière économique, assurant ainsi que la réponse de l’Inde soit à la fois efficace et durable sur le plan financier.

Le conflit entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025, notamment l’Opération Sindoor, a mis en lumière l’usage croissant des drones et des munitions loitering dans les conflits contemporains. L’Opération Bunyaan al-Marsoos menée par le Pakistan a mobilisé entre 400 et 500 drones — de surveillance, d’écoute électronique (ELINT) et de type kamikaze — visant à cartographier et brouiller les systèmes de défense aérienne indiens. Ces plateformes à bas coût, comme la munition furtive GM 500 Turah ou le drone multirotor POF Ababeel MR-10, ont mis en exergue les failles des défenses aériennes traditionnelles, qui reposent souvent sur des intercepteurs coûteux tels que les missiles sol-air (SAM). Cette disparité de coût — où un missile SAM valant plusieurs millions est utilisé pour abattre un drone estimé à quelques milliers — a poussé à une réflexion stratégique nouvelle.

À l’échelle mondiale, des conflits tels que la guerre Ukraine-Russie ou le conflit du Haut-Karabakh ont démontré le potentiel déstabilisateur des UAS à bas coût. Par exemple, les forces ukrainiennes ont exploité des drones peu onéreux pour neutraliser des formations russes supérieures, obtenant un ratio favorable coût/efficacité grâce à l’emploi d’essaims et de munitions loitering. De même, les drones turcs TB-2 déployés en Libye ont redéfini les dynamiques de combat en offrant un impact significatif pour un coût bien inférieur aux systèmes occidentaux. Ces exemples confirment la nécessité d’une défense alignée sur la rentabilité des menaces qu’elle doit contrer.

Consciente de cet enjeu, la DRDO pilote le développement de nouveaux systèmes d’armes spécialement conçus pour neutraliser efficacement les menaces à coût réduit sans engendrer de dépenses disproportionnées. L’organisation se concentre notamment sur les armes à énergie dirigée (Directed Energy Weapons – DEW), les technologies d’essaims de drones et les systèmes avancés de contre-UAS (C-UAS), qui promettent de révolutionner les capacités de défense indiennes tout en maintenant les coûts bas.

Un jalon important a été franchi avec l’essai réussi du système laser Mk-II(A) Laser-DEW le 13 avril 2025 au National Open Air Range de Kurnool. Ce système développé indigenously par le Centre pour les Systèmes et Sciences à Haute Énergie (CHESS) de la DRDO est capable d’engager des drones à voilure fixe, de contrecarrer des attaques en essaim et de détruire des capteurs ennemis à longue portée. Fonctionnant à la vitesse de la lumière et avec un coût opérationnel minime — équivalent à « quelques litres d’essence » par tir — cette arme utilise des lasers de forte puissance pour provoquer des défaillances structurelles ou déclencher l’explosion des charges, offrant un ratio coût/neutralisation bien inférieur aux missiles sol-air traditionnels.

La Marine indienne intègre également les armes à énergie dirigée sur ses porte-avions, avec des systèmes de 30 kW destinés aux menaces mineures comme les drones, et de 100 kW pour neutraliser des missiles de croisière. Ces systèmes réduisent la dépendance aux munitions coûteuses, limitent les risques de dommages collatéraux et garantissent des engagements rapides et précis, s’avérant parfaitement adaptés à la lutte contre les munitions loitering et les missiles subsoniques.

Parallèlement, l’Inde développe ses propres capacités d’essaims de drones pour contrer et déployer ce type d’armement. L’Armée de Terre indienne a acquis en 2021 des drones en essaim auprès de Newspace Research & Technologies Pvt. Ltd. pour une valeur de 15 millions de dollars, capables d’accomplir des missions polyvalentes de surveillance et d’attaque. Le système Combat Air Teaming System (CATS) de la DRDO comprend l’ALFA-S (Air-Launched Flexible Asset-Swarm), un essaim de drones lancé depuis un avion-mère destiné à submerger les défenses adverses. De plus, la munition loitering Nagastra-1R, commandée par l’Armée indienne en juin 2025, offre des frappes de précision à faible coût, renforçant la capacité indienne à contrer économiquement les menaces UAV.

L’hélicoptère léger de combat HAL Prachand est en cours d’adaptation comme plateforme anti-drone, équipé de missiles air-air, de munitions loitering et de drones lancés en vol pour intercepter des UAV de plus grande taille comme les drones Yin Yan Hangkong (YIHA) pakistanais. Cette polyvalence, inspirée des enseignements du conflit Russie-Ukraine, positionne le Prachand comme une solution économique et efficace face aux nouvelles menaces aériennes.

Le Réseau intégré de contre-UAS (Counter-UAS Grid) de l’Inde, démontré lors de l’Opération Sindoor, combine capteurs, brouilleurs et intercepteurs cinétiques afin de détecter, suivre et neutraliser les drones sur une zone aérienne de 1 800 km. Des systèmes comme Akashteer, mis au point par Bharat Electronics Limited (BEL), facilitent la coordination en temps réel entre capteurs et armes, garantissant une réponse efficiente aux menaces aériennes basses. Cette grille intègre des systèmes hérités comme le missile sol-air Akash (portée de 30 à 50 km) ainsi que des solutions modernes telles que les armes à énergie dirigée, offrant ainsi une défense en couches limitant la dépendance aux intercepteurs coûteux.

L’objectif central de la DRDO et des forces armées est de concevoir des contre-mesures où le coût de neutralisation d’une menace soit comparable ou inférieur au coût de la menace elle-même. Les missiles sol-air traditionnels, comme le S-400 (portée de 400 km) ou le Barak-8 (portée de 70 à 100 km), sont efficaces mais onéreux, chaque missile valant plusieurs millions. En revanche, les DEW et essaims de drones représentent un ratio coût/neutralisation cohérent avec la nature économique des menaces UAS. Par exemple, un tir laser coûte négligeablement peu en comparaison d’un drone estimé entre 10 000 et 50 000 dollars, ce qui fait des armes à énergie dirigée une solution viable et durable.

La liste d’acquisition d’urgence de la DRDO, annoncée en juin 2025, inclut 28 systèmes indigènes, tels que des bombes guidées par laser, des missiles anti-drone et le missile anti-radiation Rudram-1, destinés à un déploiement rapide pour faire face aux menaces immédiates. Des entreprises comme Bharat Dynamics Limited (BDL) et Solar Industries accroissent la production de munitions loitering et de systèmes VSHORAD, contribuant ainsi à la réduction des coûts par l’industrialisation locale.