Face à l’évolution des menaces aériennes mises en lumière lors de l’Opération Sindoor, l’armée indienne renforce son dispositif de surveillance aérienne le long des frontières nord et ouest avec une nouvelle génération de radars avancés. Conçus pour détecter, suivre et engager des cibles à faible surface de réflexion radar (RCS), notamment les drones furtifs, ces systèmes seront intégrés au réseau de défense aérienne Akashteer, améliorant ainsi la connaissance tactique du champ de bataille et la réactivité des forces.
L’Opération Sindoor a révélé des failles dans les systèmes de défense aérienne indiens, face à la mise en œuvre par le Pakistan d’essaims de drones de surveillance et de combat camouflés, capables de pénétrer l’espace aérien indien. Ces drones à faible RCS, difficiles à détecter avec les radars classiques, ont visé des infrastructures civiles et militaires. Bien que les systèmes existants, tels que les canons antiaériens L/70, ZU-28 et Schilka, aient montré une bonne efficacité, l’armée a identifié la nécessité d’adopter des radars plus sophistiqués pour contrer des menaces de plus en plus complexes. Les nouveaux radars ont pour objectif de neutraliser ces petits drones furtifs et d’offrir une acquisition des cibles plus rapide et précise pour les moyens de défense aérienne.
Les nouveaux radars : LLLR-I, LLLR-E et ADFCR-DD
L’armée indienne a lancé des appels d’offres pour acquérir :
- Jusqu’à 45 radars légers basse altitude améliorés (LLLR-E) : Ces radars utilisent une antenne réseau à balayage électronique actif (AESA) en 3D, complétée par un système de poursuite électro-optique (EOTS) et une détection passive en radiofréquence. Capables de détecter des drones à faible RCS, y compris des essaims, ils peuvent suivre plus de 100 cibles simultanément dans un rayon de 50 km et transmettre les données à des systèmes d’armes jusqu’à 10 km. Le système EOTS assure une surveillance jour/nuit, en mode autonome ou assisté par radar, garantissant une grande polyvalence dans des environnements variés tels que montagnes, déserts ou côtes.
- Jusqu’à 48 radars de conduite de tir pour défense aérienne détecteurs de drones (ADFCR-DD) : Montés sur véhicules, ces systèmes combinent la recherche radar, le suivi, la conduite de tir et l’identification amis-ennemis (IFF). Ils pourront commander au moins deux canons antiaériens L/70 ou leurs successeurs et fournir des données aux systèmes de défense aérienne très courte portée (VSHORADS), améliorant la précision face aux menaces à courte distance.
- 10 radars légers basse altitude améliorés (LLLR-I) : Ce radar AESA 3D est équipé d’une unité d’affichage pour le commandant, d’un système de désignation de cible et d’une alimentation intégrée. Il est conçu pour balayer l’espace aérien, détecter, suivre et prioriser les cibles dans un rayon de 50 km, même dans des conditions environnementales difficiles.
Ces systèmes sont spécifiquement adaptés à la détection et à la neutralisation de cibles à faible RCS, une capacité clé face à la prolifération des drones furtifs dans les conflits modernes, comme l’ont montré la guerre en Ukraine et l’Opération Sindoor.
Les nouveaux radars seront intégrés de manière fluide au réseau de défense aérienne Akashteer, un système de commandement et de contrôle destiné à fournir aux commandants une connaissance en temps réel de la situation tactique. En combinant les informations des systèmes LLLR-E, LLLR-I et ADFCR-DD, Akashteer permettra une détection rapide, une classification et un engagement efficaces des menaces aériennes, y compris les essaims de drones. Cette intégration améliore la coordination entre les canons antiaériens, les systèmes VSHORADS et d’autres moyens, garantissant une défense stratifiée contre les cibles volant à basse altitude et à faible signature radar.
Ce programme répond directement à l’évolution du contexte sécuritaire aux frontières nord et ouest de l’Inde, notamment face au Pakistan et à la Chine. La forte dépendance du Pakistan aux drones lors de l’Opération Sindoor a mis en lumière les lacunes dans la capacité indienne à contrer ces menaces discrètes. Grâce à la détection passive en radiofréquence du LLLR-E et à l’EOTS, combinés aux capacités de conduite de tir de l’ADFCR-DD, l’armée améliorera significativement sa capacité à neutraliser les drones utilisés pour la surveillance, la contrebande ou des attaques.
La capacité de ces radars à opérer dans des terrains diversifiés—des régions himalayennes en haute altitude aux zones côtières et désertiques—assure une grande flexibilité opérationnelle. Leur intégration aux moyens existants comme les L/70 et VSHORADS optimisera l’efficacité de la défense aérienne indienne, la rendant plus réactive et économiquement viable. Par ailleurs, l’accent mis sur le développement local, probablement avec des partenaires comme Bharat Electronics Limited (BEL) ou Data Patterns, s’inscrit dans la stratégie de l’Inde visant à réduire sa dépendance aux technologies étrangères.