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Le sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s’est tenu à Tianjin, en Chine, du 31 août au 1er septembre 2025. Créée en 2001 pour renforcer la coopération entre les États d’Asie centrale, la Chine et la Russie, l’organisation compte aujourd’hui dix membres à part entière — dont l’Inde et le Pakistan — ainsi que deux États observateurs et quatorze partenaires de dialogue. Ce sommet a marqué un moment important pour la Chine, attirant l’attention mondiale avec la présence du président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre indien Narendra Modi. Chaque pays participant au sommet avait ses propres objectifs, ce qui a conduit quatre experts à identifier les principales conclusions pour la Chine, la Russie, l’Inde et les États clés d’Asie centrale.

Rorry Daniels
Directeur général de l’Asia Society Policy Institute

Le principal résultat pour la Chine a été de démontrer son pouvoir de convocation et son influence parmi les pays mécontents de l’ordre international dominé par l’Occident. Le poids économique et politique de la Chine dans l’Indo-Pacifique a favorisé une participation au plus haut niveau, et pour certains dirigeants, une invitation par Pékin a permis d’atténuer l’image négative d’être aux côtés de parias comme la Russie, le Myanmar et l’Iran.

La Chine se présente comme une alternative face à la pression commerciale et politique exercée par Washington. La présence de Modi, ainsi que sa rencontre bilatérale privée avec Poutine, renforcent la narration souhaitée par Pékin : l’ordre mondial multipolaire émergent doit reposer sur la politique de puissance et l’influence plutôt que sur des règles communes. Pour des pays comme l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam, la volonté de la Chine d’offrir cette alternative crée un espace pour résister fermement aux pressions américaines.

Profitant de la coïncidence des visites des dirigeants, la Chine a organisé un défilé militaire spectaculaire où le secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping, est apparu aux côtés de Poutine et du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, renforçant ainsi le message que Pékin ne craint pas la confrontation avec ce qu’il considère comme un Occident en déclin.

Joseph Webster
Chercheur principal au Atlantic Council et rédacteur du China-Russia Report

Le PDG de Gazprom, Alexey Miller, a affirmé que la Chine et la Russie avaient signé un « mémorandum juridiquement contraignant » concernant le très attendu gazoduc Power of Siberia 2. Cependant, les détails restent flous et Xi Jinping n’a pas évoqué ce projet lors de son allocution devant le comité d’amitié sino-russe. Ceci suscite un certain scepticisme quant à son avancement réel. Néanmoins, Vladimir Poutine semble avoir sécurisé des accords plus modestes dans le secteur du pétrole et du gaz, essentiels pour soutenir l’économie russe en temps de guerre.

Lors de ce sommet, Xi et Poutine ont été surpris en train de discuter à voix haute de la possibilité de vivre jusqu’à 150 ans. Si cela peut paraître anecdotique, cette conversation symbolique illustre la volonté de Pékin de dépersonnaliser ses relations avec la Russie depuis la mutinerie de Prigojine, et de présenter ces liens comme basés sur les intérêts fondamentaux de leurs peuples respectifs. Xi Jinping continuerait ainsi à couvrir toutes les incertitudes politiques internes de la Russie post-conflit, y compris la durée du maintien au pouvoir de Poutine. Si les liens Xi-Poutine restent étroits, Xi évalue cette relation avant tout à l’aune des intérêts stratégiques à long terme de la Chine.

Note : Cette analyse reflète l’opinion personnelle de l’auteur.

Michael Kugelman
Chercheur principal à la Asia Pacific Foundation of Canada
Auteur de la newsletter South Asia Brief pour le magazine Foreign Policy

Pour New Delhi, ce sommet était un moment de signal politique dans un contexte de fortes tensions entre les États-Unis et l’Inde. Il s’agissait de la première visite de Modi en Chine depuis sept ans, sa première participation à un sommet de l’OCS depuis trois ans, et sa première rencontre officielle avec Xi Jinping depuis l’escalade du conflit frontalier Inde-Chine de 2020 qui avait profondément détérioré leurs relations.

Depuis près d’un an, les deux pays ont entrepris des mesures pour apaiser les tensions. La participation de Modi aurait eu lieu quels que soient les rapports avec Washington. La date du sommet a cependant permis à Modi de montrer à Washington que New Delhi dispose d’options face à la crise dans ses relations avec les États-Unis : il peut coopérer avec Pékin et son allié traditionnel, Moscou, et s’engager au sein d’un regroupement régional qui cherche à contrebalancer l’influence américaine.

Catherine Putz
Rédactrice en chef de The Diplomat

Le principal résultat de ce sommet pour les cinq États d’Asie centrale — les membres à part entière Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et le Turkménistan invité — fut un rôle respecté à la table des négociations. Bien que l’OCS ait largement dépassé ses origines en Asie centrale, la région demeure son cœur historique, unique sur la scène multilatérale eurasienne.

Les retombées concrètes de l’organisation restent modestes et peu remarquables, mais son importance politique s’accroît dans la région, notamment grâce à la présence chinoise. Le sommet de Tianjin a également servi de catalyseur à des réunions bilatérales avec Xi Jinping et à des rencontres avec des dirigeants d’entreprises chinoises. Ces échanges se sont avérés particulièrement importants pour le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, où la Chine réalise des investissements stratégiques, notamment dans le développement de l’énergie nucléaire.