Le 27 mars 2019, l’Inde s’est inscrite dans l’histoire de la guerre spatiale en testant avec succès une arme antisatellite (ASAT) lors de l’opération Mission Shakti, démonstration majeure de ses capacités de défense autonomes. Ce test conduit par l’Organisme indien de recherche et développement pour la défense (DRDO) a vu le missile Prithvi Delivery Vehicle Mark-II (PDV Mk-II) intercepter et détruire le satellite Microsat-R à une altitude d’environ 283 km en un vol rapide de 53 secondes.
Depuis cette avancée majeure, le programme est resté confidentiel, suscitant peu de discussions publiques. Selon des sources du DRDO relayées récemment, le missile a été testé et validé mais n’a pas encore été formellement intégré aux forces armées. Aujourd’hui, le ministère de la Défense prévoit d’intégrer ce système ASAT au dispositif ambitieux Sudarshan Chakra Sky Shield, renforçant ainsi les capacités spatiales offensives de l’Inde afin de perturber la surveillance en temps réel des bases de l’Indian Air Force (IAF) et des réseaux de défense aérienne par des adversaires.
Annonce emblématique du Premier ministre Narendra Modi le 27 mars 2019, Mission Shakti a fait de l’Inde la quatrième puissance au monde après les États-Unis, la Russie et la Chine à démontrer une capacité ASAT. Le test utilisait le PDV Mk-II, un intercepteur exo-atmosphérique développé dans le cadre de la phase II du programme de défense antimissile balistique (BMD). Lancé depuis l’île Dr. APJ Abdul Kalam au large d’Odisha, le missile a exécuté une manœuvre dite « hit-to-kill » pour anéantir Microsat-R, un satellite de 740 kg lancé le 24 janvier 2019, sans générer de débris significatifs en orbite terrestre basse (LEO). Cette opération a confirmé la capacité de l’Inde à neutraliser des satellites jusqu’à 1 200 km d’altitude, en conformité avec sa politique de non-premier emploi dans l’espace, tout en établissant une capacité de dissuasion crédible.
Le PDV Mk-II est un missile à deux étages propulsé par un moteur à propergol solide, reposant sur la technologie de la série Prithvi, avec un guidage avancé, un chercheur infrarouge et un contrôle vectoriel de poussée gimbalé assurant une grande précision en phase terminale. Sa réussite en moins d’une minute témoigne de l’expertise du DRDO en interception à haute vitesse, avec une vitesse rapportée supérieure à Mach 10. Toutefois, après ce test, les responsables du DRDO ont indiqué qu’en dépit de la validation du système, aucune commande n’avait été passée par les forces armées, marquant une pause stratégique et budgétaire.
Les sources du ministère de la Défense révèlent une reprise du programme, avec des améliorations attendues pour le PDV Mk-II, notamment un chercheur infrarouge optimisé pour divers types de satellites, une portée étendue potentielle jusqu’à 1 500 km et une intégration avec le radar de suivi à longue portée Swordfish pour une acquisition de cible en temps réel. Issue du programme BMD, la robustesse de la plateforme est avérée, notamment lors des tests de la phase II, comme l’interception AD-1 en juillet 2024 d’une cible de classe 5 000 km. Cette polyvalence lui permet d’engager des satellites en orbite LEO, moyenne (MEO) et potentiellement géostationnaire (GEO).
Ce regain d’intérêt s’inscrit dans la cadre du Sudarshan Chakra Sky Shield, un projet dévoilé par le Premier ministre Modi le 15 août 2025, qui ambitionne de constituer à l’horizon 2035 un parapluie de défense multidomaines. Cette évolution de phase III du programme BMD associe la défense antimissile balistique, la défense aérienne (notamment le S-400 et le projet Kusha) et des capacités spatiales au sein d’un « Rashtriya Suraksha Kavach » (Bouclier National de Sécurité). L’intégration du PDV Mk-II en tant qu’élément offensif ASAT renforce la dissuasion en ciblant les constellations de satellites adverses fournissant des renseignements en temps réel sur les bases de l’IAF, les réseaux de défense aérienne et les mouvements de troupes.
Le rôle du PDV Mk-II serait double :
- Neutralisation de la surveillance ennemie : Des satellites tels que le Yaogan chinois et le PakSAT pakistanais, employés pour la reconnaissance et les communications, pourraient être détruits, privant ainsi les commandements adverses de capacités d’observation en temps réel lors des conflits. Cette capacité répond à la menace croissante de la constellation chinoise, dépassant 200 satellites en 2025, et aux actifs à double usage du Pakistan.
- Dissuasion offensive : En respect avec la doctrine indienne de non-premier emploi, cette capacité ASAT assure une option de seconde frappe, protégeant des actifs stratégiques comme le GSAT-7A (communications de l’IAF) et le système de navigation IRNSS contre des attaques préventives.
L’intégration comprendra le couplage du PDV Mk-II avec le système d’intelligence artificielle Akashteer pour la priorisation des menaces, ainsi qu’avec le réseau NETRA de l’ISRO (Indian Space Research Organisation) pour la détection précoce des objets spatiaux. Ce tandem permettra une réaction rapide contre des cibles en orbite basse (200-2 000 km), avec des perspectives d’extensions pour des orbites plus élevées via des variantes cinétiques ou à énergie dirigée.
L’entrée en service du PDV Mk-II, envisagée entre 2027 et 2028, positionnera l’Inde comme une puissance spatiale capable d’une guerre asymétrique. Face aux essais ASAT chinois en 2007 et 2013, et au système russe Nudol, le système indien propose une réponse efficace à moindre coût, chaque missile étant estimé entre 10 et 15 millions de dollars, bien inférieur aux coûts de remplacement des satellites évalués en milliards. Cette avancée s’inscrit également dans la politique spatiale indienne de 2023, qui ouvre la porte au développement d’ASAT commerciaux, avec un possible engagement d’acteurs privés tels que Tata ou Larsen & Toubro.