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John “Lucky” Luckadoo, dernier pilote survivant d’origine du célèbre « Bloody Hundredth » de la Seconde Guerre mondiale, est décédé à l’âge de 103 ans. Membre du 100th Bomb Group de la 8e Air Force, il a participé à 25 missions de bombardement au-dessus des territoires de l’Axe, un nombre suffisant pour retourner au pays. Le 100th Bomb Group, surnommé le « Bloody Hundredth » en raison de ses lourdes pertes, a marqué l’histoire de l’aviation militaire américaine.

Le Major John « Lucky » Luckadoo est mort le 1er septembre à son domicile de Dallas, après un séjour en soins palliatifs, selon sa famille. Un message publié sur son site officiel évoquait : « Le Major a quitté la formation le soir du 1er septembre 2025 pour accomplir sa dernière mission sous des cieux plus cléments. »

John Luckadoo est né le 16 mars 1922 à Chattanooga, dans le Tennessee. Très tôt, il manifesta un vif intérêt pour l’aviation. Après le lycée, il tenta de rejoindre l’Aviation royale canadienne pour s’engager dans le conflit mondial, mais étant mineur, il nécessitait l’accord parental, que son père ne voulait pas lui donner. Il poursuivit donc des études universitaires jusqu’à l’attaque de Pearl Harbor, qui le poussa à s’engager dans l’aviation américaine.

En juin 1943, il fut déployé sur la base aérienne de Thorpe Abbotts en Angleterre au sein du 100th Bomb Group, formation initiale de la 8e Air Force. Pilote de B-17 « Flying Fortress », il dut affronter des missions périlleuses, exposé aux attaques intenses des chasseurs allemands et à la redoutable défense antiaérienne. Il confiait plus tard : « Nous partions à l’étranger pour mourir ». Dès la fin juin, le groupe entama ses opérations de combat.

Exposé à certains des raids les plus risqués, Luckadoo vola notamment durant la « semaine noire » d’octobre 1943, une période où l’US Army Air Force enregistra la perte de 1 500 hommes et de nombreuses machines. Lors d’un raid sur Brême, l’un de ses derniers, 12 des 18 bombardiers furent abattus alors qu’ils venaient de larguer leurs bombes. Dans une interview en 2015, il évoqua la situation où il se retrouva seul chef de vol face aux chasseurs ennemis et aux tirs antiaériens avant de réussir à regrouper les appareils restants et à s’extraire du danger en rejoignant une autre escadrille. Il qualifia ce moment de « près d’être abattu ».

Au terme de la guerre en Europe, la 8e Air Force avait payé un lourd tribut avec 26 000 pertes humaines. Luckadoo fut de ces rares pilotes du 100th Bomb Group à survivre, portant ainsi bien son surnom. Ses missions de combat prirent fin le 13 février 1944. De retour aux États-Unis, il suivit une formation complémentaire aux instruments de vol, tout en se battant contre un stress post-traumatique, se décrivant alors comme « perdu ». C’est durant cette période qu’il rencontra Barbara, sa future épouse. En 1960, ils s’installèrent dans la région de Dallas, où ils vécurent jusqu’à la fin de leurs jours (Barbara est décédée en 2017).

Pendant des décennies, Luckadoo fut discret sur son expérience militaire. Sa femme le convainquit finalement de partager ses souvenirs, une démarche qu’il entreprit encouragé par leur fille Lainy Abbott, qui rappela que sa mère lui disait qu’il avait un devoir en tant que dernier survivant. Il devint un conférencier auprès des anciens combattants, des membres de l’US Air Force et des cadets, relatant l’histoire du 100th Bomb Group et de la 8e Air Force.

En 2014, lors d’une visite en Europe avec d’autres vétérans de la Seconde Guerre mondiale, il reçut la Légion d’honneur française, la plus haute distinction de France. Après la guerre, il fut également historien et représentant du 100th Bomb Group, transmettant ses récits même après avoir dépassé le siècle d’existence.

John Luckadoo a aussi contribué en tant que conseiller technique à la mini-série d’Apple TV+ Masters of the Air. Bien qu’il ne fût pas incarné par un acteur dans le show, il œuvra à restituer avec précision les détails des missions et des équipages, apparaissant dans un documentaire accompagnant la série, consacré aux figures réelles derrière l’histoire.

John “Lucky” Luckadoo incarne ainsi la mémoire vivante d’une page héroïque de l’aviation américaine, offrant un lien précieux entre les sacrifices du passé et la connaissance des futures générations de militaires et d’historiens.