La Royal Air Force (RAF) a commencé le retrait de ses chasseurs Eurofighter Typhoon de la tranche 1, dont le démantèlement est prévu à partir de 2025. Cette opération vise à récupérer des pièces détachées pour soutenir les versions plus récentes, de tranche 2 et 3, tout en réduisant les coûts liés à l’entretien des modèles les plus anciens. En effet, les avions de la première tranche disposent d’un logiciel incompatible avec les standards plus avancés et se révèlent économiquement peu viables à maintenir à long terme.
Le ministère britannique de la Défense a confirmé ces plans, précisant que les chasseurs de la tranche 1 seront retirés dès 2025, tandis que les Eurofighters des tranches 2 et 3 resteront en service jusqu’en 2040. La ministre de la Défense, Maria Eagle, a indiqué que la RAF ne déploie actuellement aucun appareil de la sous-tranche 3A. Bien que des commandes pour les tranches 4 ou 5 aient été envisagées, elles n’ont jamais été concrétisées, en grande partie en raison de la priorité donnée à l’acquisition des avions furtifs de cinquième génération américains F-35A et F-35B.
Un programme européen face à une concurrence américaine accrue
Développé conjointement par le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, l’Eurofighter a longtemps bénéficié du soutien de ces nations et de leur industrie aéronautique. Cependant, malgré un potentiel de combat notable, il se trouve en concurrence directe avec le F-35A, dont le coût est devenu comparable tandis que les capacités technologiques restent supérieures.
La ministre Maria Eagle a précisé que sur les 30 Eurofighter de la tranche 1, 26 ont déjà été démantelés depuis le 1er juillet 2025, soit 87 % de cette flotte. Les quatre avions restants continueront d’être utilisés pour les missions d’alerte rapide (QRA) à partir de la base de Mount Pleasant, aux îles Malvinas. Actuellement, la RAF exploite également 67 chasseurs de la tranche 2 et 40 de la tranche 3, soit un total de 111 appareils en service.
Le plan officiel est de maintenir les Eurofighter en service jusqu’en 2040, date à laquelle ils devraient être progressivement remplacés par les avions de sixième génération issus du programme conjoint du Combat Aérien du Futur (GCAP), connu sous le nom de Tempest, piloté notamment par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.
Une stratégie d’acquisition orientée vers le F-35
En novembre 2024, des rapports ont révélé l’orientation claire du ministère britannique de la Défense vers l’achat massif de F-35, reléguant l’Eurofighter au second plan. Un responsable britannique a ainsi déclaré : « Nous sommes présents sur les deux fronts [F-35 et Eurofighter], mais pour la RAF, je suis convaincu que le F-35 est l’option retenue pour renforcer notre puissance de combat ». Cette stratégie a été confirmée en juin 2025, avec un financement accru pour l’acquisition des F-35A, en complément des commandes déjà existantes pour les F-35B.
La combinaison des Eurofighter Typhoon et des F-35 est jugée stratégique, le F-35 fournissant une supériorité en matière de conscience situationnelle, améliorant ainsi l’efficacité globale des missions menées par l’Eurofighter.
Le défi des exportations et la concurrence mondiale
À l’exception d’une petite vente de 12 chasseurs à l’Autriche dans les années 2000, le programme Eurofighter n’a pas réussi à pénétrer d’autres marchés hors de la région du Golfe. L’avion a systématiquement perdu face au F-35 lors des appels d’offres en Corée du Sud, Singapour, Finlande et Belgique.
Face à cette situation, le ministère de la Défense britannique a annoncé en juillet un soutien actif à l’exportation de l’Eurofighter, démarche cruciale pour assurer la pérennité de la ligne de production de l’appareil à Warton. La ministre Eagle a souligné que, suite à la déception des espoirs de nouvelles commandes pour la RAF, les exportations sont désormais essentielles pour maintenir l’activité industrielle.
Ces efforts viseront principalement les pays ne pouvant, pour des raisons politiques, acquérir le F-35, notamment certains États arabes et la Turquie.
Une compétitivité limitée face aux avions de nouvelle génération
Malgré la compétitivité de certains chasseurs avancés de quatrième génération comme le F-15EX américain ou le J-16 chinois, le potentiel de combat de l’Eurofighter demeure plus restreint. Jusqu’en 2019, il devait composer avec un radar à balayage mécanique considéré comme obsolète, la plupart des grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine) ayant adopté des radars à balayage électronique bien plus performants depuis plusieurs décennies.
En ce sens, l’Eurofighter et le Gripen suédois furent parmi les derniers programmes au monde à quitter les radars à balayage mécanique. Comparé au F-15EX ou au J-16, l’Eurofighter se trouve limité en termes de charge utile radar et armement, ainsi qu’en performances aériennes, notamment en altitude et en rayon d’action.
En outre, les rapports issus des exercices de combat aérien mettent régulièrement en lumière ces faiblesses, contrastant avec les performances très satisfaisantes attribuées au F-35, soulignant ainsi les défis auxquels le programme Eurofighter doit faire face dans un environnement militaire en rapide évolution.
Aaron Spray