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Le 3 septembre 2025, la place Tian’anmen à Pékin a accueilli l’une des parades militaires les plus marquantes de ces dernières années, à l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Face à un alignement parfait de milliers de soldats et à un spectacle aérien impressionnant, la Chine a profité de cet événement pour afficher ses avancées militaires et adresser un message stratégique tant à ses voisins régionaux qu’à ses rivaux mondiaux.

Au cœur de cette démonstration d’ampleur se trouvait la présentation officielle du missile balistique intercontinental DF-61, un vecteur destiné à étendre la portée nucléaire chinoise avec une précision et une capacité de survie accrues. Ce lancement s’est accompagné de la mise en lumière d’une nouvelle génération de véhicules hypersoniques manœuvrables, dépassant Mach 5, conçus pour déjouer les systèmes antimissiles et menacer des cibles stratégiques telles que les porte-avions et bases militaires dans le Pacifique. Ces avancées étaient complétées par des missiles balistiques lancés depuis des sous-marins, des flottes de bombardiers à capacité nucléaire et une gamme de drones et véhicules sous-marins sans pilote.

Parmi les matériels les plus remarquables, l’AJX002, un drone sous-marin furtif dédié aux opérations de guerre anti-sous-marine, illustre l’extension de la dissuasion chinoise jusqu’aux profondeurs océaniques. L’ensemble de ces systèmes marque un véritable saut technologique vers la domination des nouveaux espaces de conflit que sont l’espace extra-atmosphérique, le cyberespace et le domaine sous-marin.

Puissance militaire et portée diplomatique

La présence de dignitaires étrangers a souligné la portée géopolitique de l’événement. Le président russe Vladimir Poutine et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un côte à côte avec Xi Jinping ont illustré une rare unité entre ces puissances, actuellement en tension croissante avec les États-Unis et leurs alliés. Cette alliance symbolique a transformé la parade en une déclaration claire : Pékin élargit ses partenariats stratégiques, dessinant un contrepoids visible aux alliances occidentales. La chorégraphie militaire doublée d’une forte charge diplomatique a directement défié l’influence américaine dans la région Asie-Pacifique et au-delà.

Le choix du moment n’était pas anodin. Face à la montée des tensions autour de Taïwan et les différends en mer de Chine méridionale, la démonstration chinoise ciblait directement les zones de conflits potentiels. Les armes présentées – missiles de précision à longue portée, engins hypersoniques, technologies navales avancées – sont précisément adaptées pour dissuader toute intervention extérieure. En mettant en avant des capacités capables de menacer les groupes aéronavals américains et de neutraliser les bases avancées à Guam ou au Japon, Pékin affiche clairement sa volonté d’élever le coût d’un engagement militaire dans son voisinage à un niveau dissuasif.

Sur le plan intérieur, cette parade avait également pour fonction de rassurer une population confrontée à des défis économiques et démographiques. Le spectacle était conçu pour affirmer la force, la sécurité et le progrès technologique de l’État, renforçant l’image du Parti communiste comme gardien de la souveraineté et moteur de la renaissance nationale. Cette dualité entre difficultés internes et projection de puissance extérieure est délibérée : la puissance militaire se présente comme un bouclier et un symbole de la résilience chinoise.

Un positionnement global désormais assumé

Au-delà de la région Asie-Pacifique, l’exhibition de plateformes nucléaires de longue portée et de missiles hypersoniques place désormais la Chine en concurrente directe des États-Unis sur le plan de la dissuasion globale. L’Armée populaire de libération (APL) ne se limite plus à la défense régionale : elle affiche sa capacité et sa volonté de projeter sa puissance à l’échelle intercontinentale.

Pour l’Europe et le Moyen-Orient, cette évolution revêt une importance comparable. L’extension de la portée des missiles et les progrès dans les capacités navales sont susceptibles d’altérer les calculs sécuritaires loin de l’Asie. Le rapprochement affiché avec la Russie et la Corée du Nord renforce cette dimension globale, dessinant un axe militaire et politique prêt à défier la suprématie occidentale.

La parade ne se résume pas à une simple démonstration matérielle. Il s’agissait également d’une opération psychologique visant à convaincre alliés et adversaires que la montée en puissance chinoise est irréversible et que sa dissuasion est crédible. En présentant non seulement des systèmes éprouvés, mais aussi des prototypes de pointe, Pékin joue sur l’ambiguïté entre capacités et intentions, imposant aux observateurs l’idée d’une préparation opérationnelle même si des questionnements subsistent sur la doctrine, la logistique ou la corruption au sein de l’APL.

Pour les puissances régionales comme le Japon et la Corée du Sud, ce message est un signal d’alarme. Leur environnement sécuritaire est désormais modelé par les avancées chinoises en matière de missiles et de guerre sous-marine, ce qui les pousse à revoir leurs dépenses de défense, leurs engagements alliés et leurs postures de dissuasion. Pour Washington, cette parade rappelle que toute stratégie dans l’Indo-Pacifique doit s’adapter à une réalité où la Chine dispose d’armes capables de neutraliser les avantages traditionnels des États-Unis. Des opérations distribuées, des bases renforcées et une coopération alliée renforcée deviendront des piliers essentiels pour relever ce défi.

En définitive, cette grande parade chinoise visait moins à célébrer le passé qu’à façonner l’avenir. En mêlant spectacle militaire et théâtre diplomatique, Pékin a affirmé sa volonté d’être un acteur central dans l’équilibre mondial des forces. Le défilé des soldats, le rugissement des bombardiers et le passage silencieux des lance-missiles sur la place Tian’anmen racontaient tous une même histoire : la Chine n’est plus une puissance régionale en quête de reconnaissance, elle est désormais un acteur mondial exigeant respect, dissuasion et influence.