Contrairement à l’idée reçue selon laquelle les forces armées chinoises seraient obsolètes et purement basées sur leur supériorité numérique, la transformation de l’armée chinoise au cours de la dernière décennie a été profonde. Les projections pour les dix prochaines années sont d’autant plus préoccupantes.
Le Centre d’Études Stratégiques et Internationales (CSIS) a dressé un état des lieux précis des forces militaires chinoises et de leur évolution probable, si Pékin poursuit son rythme soutenu de modernisation.
Selon ce rapport, l’armée chinoise s’est métamorphosée au cours des dernières décennies en une force létale avancée, capable d’opérer bien au-delà des frontières nationales.
Le budget officiel de la défense chinois pour 2025 est annoncé à 247 milliards de dollars. Cependant, des experts occidentaux estiment que ce montant est largement sous-évalué et pourrait dépasser les 300 milliards, voire atteindre jusqu’à 470 milliards. D’après les estimations du CSIS, le budget réel en 2024 s’élèverait à 318 milliards de dollars.
En 2012, le budget militaire chinois représentait un sixième de celui des États-Unis. En 2024, il s’élève à un tiers du budget américain. La Chine dépense cinq fois plus que le Japon et sept fois plus que la Corée du Sud pour sa défense. Avec un budget de 318 milliards, ses dépenses se rapprochent des 490 milliards cumulés par les membres de l’OTAN hors États-Unis. À l’échelle mondiale, le total des dépenses militaires est de 827 milliards de dollars.
En 2014, la Chine dépassait les États-Unis en nombre de navires de combat, sans toutefois égaler son tonnage total, son nombre de lanceurs ou sa capacité en porte-avions. Les projections indiquent qu’en 2030, la Chine disposera d’une supériorité d’environ 1,5 fois en nombre de navires.
Il est erroné d’affirmer que l’armée de l’air chinoise utilise encore massivement des avions MiG-19 et MiG-21. Sur environ 2 200 appareils, près de la moitié sont des chasseurs de quatrième génération ou plus récents. Les avions anciens sont en nombre limité (environ 330) tandis que les appareils de cinquième génération sont en rapide progression.
Le président Xi Jinping a clairement indiqué que les forces armées doivent être prêtes à prendre militairement Taïwan d’ici 2027. Une part significative des forces chinoises est déjà concentrée autour de l’île selon les représentations détaillées.
Le stock d’armes nucléaires chinois est estimé à 600 ogives pour 2025. Le Pentagone anticipe que Pékin disposera de 1 500 ogives d’ici 2035. À titre de comparaison, les États-Unis et la Russie en ont respectivement 1 770 et 1 710 déployées.
Parallèlement à l’accroissement de son arsenal nucléaire, la Chine renforce sa capacité balistique. Le pays produit activement des missiles balistiques de moyenne portée, lui permettant d’exercer une domination régionale.
Ces cinq dernières années, la Chine a triplé son nombre de satellites militaires et à double usage orbitaux, passant de 117 en 2019 à 267 en 2024. La flotte de satellites de reconnaissance a quant à elle quasiment triplé, passant de 66 à 196 satellites.
Il est également trompeur de croire que l’armée chinoise s’appuie principalement sur des « assauts massifs » de fantassins comme principale tactique. Depuis 2015, Pékin a entrepris une profonde réforme de ses forces. L’armée de terre est passée de 1,6 million à 960 000 hommes, soit une réduction de 40 %. Toutefois, une partie des effectifs réduits a été réaffectée pour la création d’unités de soutien.
Enfin, Xi Jinping mène une purge active au sein de la Commission militaire centrale, avec la démission de deux membres au cours des deux dernières années et la disparition inexpliquée d’un adjoint.