Dans une avancée majeure pour les ambitions aérospatiales de l’Inde, des responsables du Gas Turbine Research Establishment (GTRE), un laboratoire clé rattaché à l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO), ont confirmé que le co-développement d’un nouveau moteur à poussée de 120 kN destiné au chasseur avancé AMCA MkII est bien programmé pour obtenir la certification et être opérationnel d’ici 2035.
Ce moteur de nouvelle génération, conçu en partenariat avec le groupe français Safran, a été développé pour correspondre aux dimensions et au poids du moteur General Electric F414 actuellement utilisé sur l’AMCA MkI et le Tejas MkII. Cette approche garantit une intégration sans difficulté dans les cellules existantes tout en offrant des performances supérieures. Au-delà de son emploi sur l’AMCA MkII, ce moteur pourrait également constituer une mise à niveau future pour le Tejas MkII au-delà de 2040, si l’Indian Air Force (IAF) décide de se détourner du F414, marquant ainsi une étape significative vers l’autonomie stratégique en aviation militaire.
L’AMCA, chasseur furtif de cinquième génération entièrement développé en Inde, est conçu en deux phases : le MkI, propulsé par le moteur General Electric F414 délivrant une poussée de 98 kN, et le MkII, plus avancé, équipé du moteur de 120 kN qui permettra le supercroisière, une capacité accrue de charge utile et la compatibilité avec des systèmes de pointe tels que les armes à énergie dirigée. La collaboration entre le GTRE et Safran, acteur majeur dans la co-développement de moteurs, vise la livraison d’un système de propulsion de sixième génération dans un délai de dix ans, avec une production prévue pour 2035. Cette feuille de route s’aligne sur le calendrier d’entrée en service de l’AMCA MkII et reflète la volonté de l’Inde de rattraper son retard technologique face à des puissances telles que les États-Unis, la Chine ou la Russie.
Le design du nouveau moteur privilégie une compatibilité avec l’empreinte du F414, ses dimensions (environ 4 000 mm de long pour 900 mm de diamètre) et son poids (environ 1 100 kg) permettant une intégration dans l’AMCA MkII sans modifications majeures de la cellule. Ce choix stratégique limite les coûts et risques de développement, le chasseur biplace d’environ 25 tonnes étant spécifiquement conçu pour la furtivité et l’agilité. L’intégration d’un moteur plus puissant ne compromettra ni la faible signature radar, ni l’intégrité structurelle. Par ailleurs, ce moteur intègre des technologies avancées, telles qu’un rapport poussée/poids élevé, un système de contrôle numérique complet (FADEC) et un design modulaire favorisant des évolutions futures, positionnant ainsi l’AMCA MkII en concurrent direct des appareils comme le chinois J-20 ou le russe Su-57.
Si ce moteur de 120 kN est spécifiquement destiné à l’AMCA MkII, les responsables du GTRE ont aussi évoqué son potentiel pour équiper le Tejas MkII, un chasseur de génération 4,5, après 2040 en cas de remplacement du moteur F414 (98 kN) par l’IAF. Le Tejas MkII, dont la masse maximale au décollage est de 17,5 tonnes, est développé pour remplacer les anciens Mirage 2000 et Jaguar dans la flotte indienne. L’adoption du moteur 120 kN améliorerait ses performances en permettant le supercroisière à Mach 1,3, une maniabilité accrue et la charge de munitions plus lourdes, notamment les missiles air-air avancés et les armements guidés de précision. Cette mise à niveau prolongerait la pertinence opérationnelle du Tejas MkII jusqu’au milieu du XXIe siècle, conformément à la stratégie indienne de disposer d’une flotte de chasseurs polyvalente et moderne.
L’adaptabilité du moteur s’étend également au chasseur naval biplace Twin-Engine Deck-Based Fighter (TEDBF), prévu pour entrer en service vers 2038. Avec un poids maximal au décollage de 26 tonnes et un besoin de poussée combinée de 220 à 240 kN pour des opérations STOBAR (décollage court et arrêt à l’appontage), le TEDBF pourrait bénéficier de ce moteur Safran-GTRE, en remplacement probable du F414 lors de futures évolutions. Cette compatibilité multi-plateforme souligne l’importance stratégique de ce moteur, ouvrant la voie à une solution de propulsion unifiée pour les futurs chasseurs indiens.
La coopération avec Safran, dont la finalisation officielle est attendue avant la fin 2025, s’appuie sur un investissement estimé à 61 000 crores de roupies (soit environ 7,2 milliards de dollars US), témoignant des enjeux élevés du programme. L’accord comprend une cession complète des droits de propriété intellectuelle (IPR) et un transfert de technologie (ToT) intégral, répondant aux exigences de souveraineté technologique portée par l’initiative Atmanirbhar Bharat. Contrairement à des partenariats antérieurs où Safran conservait une partie des droits, cet accord garantit à l’Inde la capacité de produire, modifier et même exporter indépendamment ce moteur. Les technologies de sixième génération intégrées incluent notamment des systèmes de refroidissement avancés réduisant la signature infrarouge, et une conception évolutive permettant d’accroître la poussée entre 125 et 145 kN pour de futures plates-formes de sixième génération, telles qu’un successeur au Sukhoi Su-30MKI de l’IAF.