Une enquête récente de l’US Air Force a révélé les causes du crash partiel du bombardier furtif Northrop Grumman B-2A Spirit survenu lors d’un atterrissage à la base aérienne de Whiteman en décembre 2022. Cette investigation pointe une chaîne de défaillances mécaniques et de conception à l’origine de l’incident.
Le rapport d’enquête, publié mardi par l’USAF, met également en lumière un défaut de conception du train d’atterrissage du B-2, ainsi qu’une erreur dans la gestion de l’incendie par le chef des pompiers, qui n’a pas immédiatement utilisé la mousse extinctrice.
Le B-2, surnommé « Spirit of Hawaii » et appartenant au 509th Bomb Wing basé à Whiteman dans le Missouri, avait décollé le 10 décembre 2022 pour une mission d’entraînement. Le vol s’est déroulé sans incident jusqu’au retour à sa base.
Au moment de l’approche, le pilote a engagé la descente du train d’atterrissage. Les trois trappes ont commencé à s’ouvrir normalement, mais une valve de raccordement du train d’atterrissage droit a subi une défaillance, entraînant une perte rapide de fluide hydraulique et une chute de pression dans le système principal.
Des alertes se sont alors déclenchées dans le cockpit. L’ordinateur de bord a basculé vers un système hydraulique de secours pour tenter de relever le train droit, mais ce système a lui aussi connu une fuite importante. La gestion automatique a alterné entre les systèmes principal et de secours, sans succès immédiat pour déployer complètement le train d’atterrissage.
Le pilote a finalement réalisé un déploiement d’urgence du train droit, qui s’est verrouillé après plusieurs tentatives. L’équipage a immédiatement déclaré une situation d’urgence à la tour de contrôle, évoquant la défaillance hydraulique et la nécessité d’un atterrissage prioritaire. En réponse, les équipes de secours – pompiers, ambulances, et autres – ont été mobilisées.
Cependant, peu avant 14h30, lors du posé, le train gauche n’est pas resté bloqué et a cédé sous le poids de l’appareil.
Face à cette défaillance, le pilote principal a pris les commandes et a manœuvré vigoureusement le gouvernail vers la droite pour maintenir l’appareil sur la piste. Le rapport souligne que le pilote s’est levé de son siège et a exercé toute sa force sur le frein droit.
Le bord d’attaque de l’aile gauche a frotté sur plusieurs milliers de mètres contre la piste, provoquant la rupture d’un réservoir de carburant et un incendie. Le bombardier s’est finalement arrêté à près de 1,5 kilomètre du point de rupture du train, laissant une traînée de carburant enflammé sur la piste.
Les deux pilotes sont ressortis indemnes et ont évité l’éjection.
Selon le rapport, le chef des pompiers a d’abord ordonné d’éteindre l’incendie uniquement avec de l’eau, refusant d’utiliser la mousse spéciale, qu’il considérait à tort comme un dernier recours. Après environ trois minutes et demie, l’usage de la mousse a été autorisé, ce qui constitue un extincteur plus adapté pour les liquides inflammables.
Lorsque l’incendie extérieur était partiellement maîtrisé mais pas totalement éteint, les pompiers ont approché l’appareil avec des lances portatives pour combattre les flammes internes. Vers 15h00, environ trente minutes après l’atterrissage, un réservoir de carburant situé dans l’aile gauche a explosé, obligeant les secours à utiliser à nouveau la mousse extinctrice.
Dix minutes après cette première explosion, un second réservoir à gauche a subi une détonation plus violente, projetant au ciel une section de revêtement de près de deux mètres de large. Des débris ont été dispersés autour de la zone, avec un risque pour les pompiers présents.
Cette seconde explosion a aidé à évacuer les flammes internes, permettant aux pompiers d’arroser directement le feu avec de l’eau. L’incendie a été totalement éteint environ une heure après le début de l’éruption des flammes.
La commission d’enquête a conclu que l’origine principale de l’accident était la défaillance d’une valve du système hydraulique. Un défaut de conception du train d’atterrissage principal a également largement contribué au crash. Par ailleurs, la décision du commandant des secours de ne pas utiliser la mousse immédiatement a favorisé la propagation du feu et aggravé les dégâts sur l’appareil.
Le rapport mentionne des dommages à la piste estimés à 27 500 dollars. L’aile gauche et le train d’atterrissage ont subi plus de 300 millions de dollars de dégâts, mais l’US Air Force a estimé la réparation économiquement non viable et a retiré le B-2 de la flotte, provoquant la fermeture de la piste de Whiteman durant dix jours.
Chaque B-2 avait coûté environ 1,2 milliard de dollars dans les années 1990, lors de leur entrée en service. L’USAF dispose aujourd’hui d’un parc de 19 appareils, dont le retrait est prévu au début des années 2030.
Stephen Losey