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La Marine indienne rencontre des difficultés dans la modernisation de la formation aéronavale embarquée, les projets d’acquisition de 12 à 18 exemplaires de la variante entraîneur du Naval Light Combat Aircraft (N-LCA) pour servir de plate-forme Lead-In Fighter Trainer (LIFT) en porte-avions n’avancent pas. Selon des sources proches du dossier, la haute hiérarchie navale reste méfiante quant à l’utilisation d’un appareil monomoteur comme le N-LCA dans l’environnement imprévisible et souvent exigeant de la mer, où une panne moteur représente un danger majeur pour les pilotes.

La Marine continue ainsi de s’appuyer sur le BAE Hawk 132 Advanced Jet Trainer (AJT) pour la formation de stade III et prévoit d’utiliser les versions d’entraînement du MiG-29K et du Rafale-M pour les qualifications avancées en porte-avions, bien que seul le MiG-29K soit actuellement déployé opérationnellement en milieu embarqué. Le programme du Twin Engine Deck Based Fighter (TEDBF), pierre angulaire de l’aviation navale indigène indienne, ne comportera pas de version entraîneur dédiée, ce qui avait suscité des propositions d’adaptation du N-LCA pour cette mission. Cependant, l’inaction bureaucratique et les préoccupations liées à la sécurité ont gelé ce projet, soulevant des interrogations sur la feuille de route de la formation alors que la Marine vise une flotte solide de trois porte-avions d’ici les années 2030.

Le Naval LCA, dérivé du HAL Tejas Mk1 développé par l’Aeronautical Development Agency (ADA), a été conçu pour répondre aux exigences d’un chasseur embarqué. Propulsé par un unique moteur GE F404-IN20 fournissant une poussée de 84 kN, le N-LCA (prototypes NP-1 et NP-2) a démontré avec succès en 2020 ses capacités de décollage assisté par tremplin et d’appontage sur les porte-avions INS Vikramaditya et INS Vikrant. Si la Marine s’était initialement engagée à commander huit chasseurs N-LCA Mk1, elle a ensuite recentré ses priorités sur le plus avancé TEDBF, notamment à cause de la charge utile limitée (3,5 tonnes) et du rayon d’action réduit (500 à 700 km) du N-LCA, comparés aux 5 tonnes de charge utile et 1 300 km du MiG-29K.

La version entraîneur du N-LCA, basée sur le Tejas Trainer (PV-5/6), avait été proposée comme une solution économique de LIFT afin de combler l’écart entre le Hawk 132 et les chasseurs embarqués opérationnels. Doté d’un cockpit tout verre, d’écrans multifonctions, d’un affichage tête haute (HUD) et de capacités de simulation d’armement, cet entraîneur pouvait reproduire fidèlement les opérations en porte-avions, y compris les décollages sur tremplin et les appontages avec panier d’arrêt. Son coût estimé entre 6 000 et 7 000 crores de roupies pour 12 à 18 unités représentait une option de production nationale conforme au programme Atmanirbhar Bharat. L’appel d’intérêt lancé par la Marine en 2018 pour cette acquisition visait à appuyer la formation des pilotes destinés aux deux porte-avions existants INS Vikramaditya (45 appareils) et INS Vikrant (30 appareils), ainsi qu’au porte-avions futur INS Vishal, avec possibilité d’extension en cas d’approbation d’un quatrième bâtiment.

Cependant, depuis 2022, le projet est au point mort en raison de la préférence marquée de la Marine pour des plates-formes bimoteurs jugées plus sûres pour la formation critique en milieu océanique.

Organisation actuelle de la formation et enjeux sécuritaires

Le parcours de formation des pilotes d’aéronavale indienne est structuré en plusieurs phases :

  • Phases I et II : réalisées sur Pilatus PC-7 pour les compétences élémentaires et intermédiaires.
  • Phase III : s’appuie sur le BAE Hawk 132 AJT, basé à INS Dega (Visakhapatnam) et INS Rajali (Arakkonam), pour l’apprentissage du pilotage avancé, de la conduite tactique et de la délivrance d’armement. Le Hawk, monomoteur équipé d’un Rolls-Royce Adour Mk 871 (26 kN de poussée), est limité à la formation terrestre et ne dispose pas des équipements spécifiques aux opérations embarquées, comme le panier d’arrêt.
  • Qualification porte-avions : réalisée sur chasseurs opérationnels comme le MiG-29KUB et, à l’avenir, le Rafale-M. Le MiG-29KUB biplace sert actuellement à l’entraînement sur pont d’envol, incluant les appontages nocturnes et décollages tremplin. Le Rafale-M, intégré au programme MRCBF d’acquisition de 26 appareils (validé en 2024, livraisons prévues à partir de 2028), comprendra deux versions entraîneurs pour la formation avancée, même si seuls les MiG-29K sont pour l’heure embarqués opérationnellement.

Le refus de la Marine d’adopter le N-LCA entraîneur, monomoteur, tient à des considérations de sécurité spécifiques aux opérations en mer. Les conditions météorologiques sur la mer d’Arabie ou le golfe du Bengale, notamment lors de la mousson, avec vents violents et mer agitée, augmentent sensiblement les risques. En cas de panne moteur unique sur un N-LCA (moteur GE F404, 84 kN de poussée), aucune redondance n’est possible, mettant en danger les pilotes lors de manœuvres critiques à basse altitude comme l’appontage avec freinage. Les avions bimoteurs tels que le MiG-29K ou le Rafale-M offrent une sécurité supplémentaire en pouvant continuer le vol avec un moteur en panne, comme l’a démontré un incident en 2023 où un MiG-29K a regagné en toute sécurité l’INS Vikrant après la défaillance d’un moteur. Un responsable naval a indiqué : « En mer, un second moteur est une bouée de sauvetage. Nous ne pouvons pas prendre le risque d’envoyer des pilotes sur des entraîneurs monomoteurs dans des conditions qui peuvent devenir très difficiles. »