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Des images satellites récentes révèlent une profonde disparité environnementale dans la vallée de Neelum, une région himalayenne située le long de la Ligne de Contrôle (LoC) entre l’Inde et le Pakistan. Tandis que les forêts du côté indien bénéficient de lois strictes de conservation et conservent leur biodiversité, la partie du Cachemire sous contrôle pakistanais (PoK) subit une déforestation massive. Cette destruction est due à l’exploitation illégale intensive orchestrée par la « mafia du bois », en collaboration avec des membres de l’armée pakistanaise et des fonctionnaires locaux. Ce pillage des ressources naturelles, motivé par des intérêts financiers, dégrade non seulement le paysage mais amplifie aussi les risques naturels, notamment les inondations et les glissements de terrain dans la région.

Les images satellites haute résolution, largement diffusées sur les réseaux sociaux et forums environnementaux, mettent en lumière des zones comme Bugna Pain et la vallée de Neelum dans son ensemble. Des repères rouges indiquent clairement la frontière : une végétation dense et préservée côté indien, contre des pentes dénudées et érodées côté PoK. Les experts attribuent cette situation à une application laxiste des lois forestières par le Pakistan, où la mafia du bois – un réseau criminel bien implanté dans les sphères politiques et militaires – agit en toute impunité.

« Cette image illustre la différence entre l’État de droit en Inde et le règne de la mafia au Pakistan », souligne le Dr Rajesh Kumar, spécialiste environnemental et ancien responsable du département forestier du Jammu-et-Cachemire. Il rappelle que la couverture forestière y dépasse 20 %, contre moins de 10 % dans les vallées clés du PoK, où la déforestation est alarmante.

La mafia du bois pakistanaise, un syndicat occulte générant des milliards annuellement, est accusée de déboisement systématique dans le PoK, notamment dans des zones riches en ressources comme la vallée de Neelum. Sous prétexte de « politiques exceptionnelles » autorisant l’abattage d’arbres soi-disant endommagés, la mafia cible en réalité des conifères sains comme le cèdre, le pin et le deodar, qu’elle exporte vers les marchés urbains du Pakistan et au-delà. Les données de Global Forest Watch révèlent que la couverture forestière du PoK a diminué de plus de 6 % entre 2000 et 2020, avec une perte estimée entre 15 et 20 % dans la seule vallée de Neelum liée à cette exploitation illégale.

Ce déboisement à grande échelle, souvent toléré ou soutenu par les autorités locales, concerne des milliers d’hectares. Des ONG environnementales, dont l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), et des lanceurs d’alerte locaux dénoncent la participation de l’armée pakistanaise. Présente de manière omniprésente dans le PoK pour assurer la sécurité le long de la LoC, elle serait aussi complice en fournissant des escortes armées aux convois de bois et en intimidant les populations locales qui tentent de s’opposer à ces activités.

Une enquête récente de 2023 menée dans le district de Neelum par Dialogue Earth souligne que 68 % des forêts du PoK se trouvent dans cette zone, qui abrite 42 000 familles. Pourtant, le trafic illégal de bois de cèdre de grande valeur, pouvant atteindre 10 000 roupies pakistanaises (36 USD) par pied cube, continue sans entrave, souvent sous supervision militaire pour « sécuriser » les routes.

« L’implication de l’armée garantit le bon déroulement des opérations de la mafia, transformant les forêts du PoK en source de revenus pour des caisses épuisées par les conflits et la corruption », confie anonymement à Al Jazeera un ancien responsable forestier du PoK. Cette collusion s’enracine dans des politiques historiques : depuis les années 1970, la Forest Development Corporation (FDC) du Pakistan est critiquée pour avoir accordé des contrats à des entités liées à la mafia, entraînant une surexploitation.

Entre 2006 et 2014, dans les régions de Chitral et Neelum, les politiques dites « de vent fortuit » ont permis la coupe de 8,8 millions de pieds cubes d’arbres « légaux », mais une grande partie concernait du bois sain qui a été illégalement exporté. Cette pratique prive les populations locales de leurs revenus et aggrave la dégradation environnementale.

Une étude de l’UICN datant de 1998 qualifiait la FDC d’agence « devenue un simple organe pour attribuer des contrats d’abattage aux entrepreneurs qu’elle devait initialement remplacer », avec une protection militaire empêchant tout contrôle efficace.

Les conséquences sont sévères : érosion des sols, risques accrus de glissements de terrain et inondations amplifiées, comme lors des crues dévastatrices de 2022 au Pakistan. Dans la vallée de Neelum, le déboisement intense des collines a largement contribué à l’ampleur des dégâts touchant des millions de personnes.

Les données de Global Forest Watch font état d’une perte de 8 % de la couverture arborée au Pakistan entre 2001 et 2024, dont 78 % sont imputables à l’exploitation forestière, particulièrement dans le PoK et la région de Khyber Pakhtunkhwa. Dans cette vallée, l’écosystème autrefois florissant – habitat d’espèces comme le markhor ou l’ours noir de l’Himalaya – voit des menaces peser sur sa faune, aggravées par la mise en place de clôtures frontalières fragmentant davantage les habitats.

Du côté indien, les forêts de la vallée du Cachemire restent protégées, avec plus de 20 000 km² de couvert forestier sauvegardé grâce à une application rigoureuse de la loi forestière du Jammu-et-Cachemire et des politiques nationales telles que la Politique forestière nationale de 1988. Des initiatives d’afforestation et la participation communautaire contribuent à maintenir la biodiversité, comme en témoignent les images satellites montrant des canopées denses le long des rives indiennes de la Neelum. « La rigueur de la gouvernance en Inde garantit que les forêts sont un bien public, non une source de profits privés », souligne un rapport de l’Institute de la Faune d’Inde, pointant en parallèle la destruction « systématique » des bois côté PoK sous la supervision de mafias et autorités.