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Le ministère de la Défense (MoD) ne peut toujours pas préciser le montant exact dépensé pour la réinstallation des Afghans via la route spéciale Afghanistan Response Route (ARR), selon un nouveau rapport de la Cour des comptes nationale (NAO).

Ce dispositif, lancé en avril 2024, répondait directement à une fuite de données survenue en février 2022, qui révélait les informations personnelles de milliers de personnes liées à la mission britannique en Afghanistan. Ces individus étaient exposés à des représailles des talibans mais n’étaient pas éligibles aux autres programmes de réinstallation.

La NAO souligne que, bien que le MoD ait estimé le coût total de l’ARR autour de 850 millions de livres, « il n’a pas fourni de preuves suffisantes pour garantir l’exhaustivité et l’exactitude de ces estimations ». Ce montant n’inclut pas les indemnisations ni les frais juridiques au-delà des 2,5 millions déjà envisagés.

Le ministère admet ne pas pouvoir établir précisément ses dépenses à ce jour pour l’ARR. Les coûts n’ont pas été suivis séparément, mais intégrés aux dépenses globales liées à la réinstallation des Afghans. Selon les autorités, cette démarche était nécessaire pour préserver la confidentialité, alors qu’une super-injonction de la Haute Cour empêchait la divulgation tant de la fuite que du programme lui-même.

En juillet 2025, le MoD estimait avoir déjà dépensé 400 millions de livres, le reste devant être engagé dans les années à venir. Au total, toutes les voies de réinstallation afghanes ont généré des dépenses s’élevant à 563 millions entre 2021-22 et 2024-25, avec un coût global prévu dépassant 2 milliards de livres d’ici 2029. Un montant supplémentaire de 1,5 milliard est attendu entre aujourd’hui et mars 2029.

Éligibilité

La fuite de février 2022 a compromis les données de 18 700 principaux demandeurs de la politique de relocalisation et d’assistance afghane (ARAP) et de son programme antérieur. Parmi eux, 1 531 personnes, ainsi qu’environ 5 824 proches, ont pu bénéficier d’un accès à l’ARR spécifiquement en raison de cette divulgation.

Fin juillet 2025, le MoD évaluait à 7 355 le nombre de personnes qui seront réinstallées via l’ARR en conséquence directe de la fuite. Toutefois, l’éligibilité plus large fait grimper ce chiffre à un total projeté pouvant atteindre 27 278 personnes sur l’ensemble des programmes ARR et ARAP combinés, selon le rapport.

Les statistiques d’immigration du ministère de l’Intérieur publiées en août indiquaient que 3 383 personnes étaient déjà arrivées au Royaume-Uni en juin 2025. La NAO relève que « beaucoup des individus invités à venir via l’ARR ne sont pas encore arrivés », en raison des délais liés aux visas de sortie de pays tiers, aux contrôles de sécurité et au traitement des demandes.

Chiffres clés :

  • 7 355 personnes – nombre attendu de réinstallations via la Afghanistan Response Route (ARR) directement liées à la fuite de données du MoD en 2022.
  • 27 278 personnes – total projeté d’Afghans réinstallés via l’ARR et la politique de relocalisation et d’assistance afghane (ARAP), incluant ceux déjà éligibles mais dont les données ont été compromises.
  • 850 millions de livres – estimation actuelle du MoD des coûts passés et futurs liés uniquement à l’ARR, hors frais juridiques et indemnisations.
  • Plus de 2 milliards de livres – coût total prévu pour tous les programmes de réinstallation d’Afghans entre 2021 et 2029.

Fermeture du programme

Le dispositif ARR a fermé ses candidatures en juillet 2025, mais les révisions des demandes refusées se poursuivent, notamment pour certains membres des forces spéciales afghanes dites « Triples ». Si elles sont validées, elles pourraient augmenter les chiffres déjà importants.

La NAO précise que son rapport ne constitue pas une évaluation de la gestion du programme par le MoD ni de la super-injonction imposée, mais un document factuel à usage du contrôle parlementaire. « Le rapport ne cherche pas à juger la gestion ou les dépenses du MoD relatives à l’ARR, ni à évaluer les raisons ayant conduit à l’édiction, le maintien puis la levée de la super-injonction », indique-t-elle.

Le Comité des comptes publics (PAC) se saisira désormais du dossier. Sir Geoffrey Clifton-Brown, député et président du PAC, a déclaré :

« Le briefing de la NAO apporte une clarté nécessaire sur l’Afghanistan Response Route, lancé à la suite d’une fuite de données en 2022. Cette fuite a révélé des informations personnelles non autorisées sur des milliers d’individus, rendant plus de 7 000 personnes éligibles à la réinstallation en conséquence directe. »

« Après la levée de la super-injonction par la Haute Cour plus tôt cette année, subsistent des incertitudes sur le coût historique et futur de 850 millions de livres, le MoD n’ayant pas pu fournir de garanties satisfaisantes quant à ces chiffres. Ce montant exclut par ailleurs les frais juridiques et les demandes d’indemnisation, qui restent à ce jour inconnus. »

« Le PAC s’attachera à examiner ces questions lors de notre enquête la semaine prochaine. Je suivrai avec attention les avancées de la NAO, qui continue ses travaux pour rendre compte en toute transparence des chiffres dans son prochain rapport sur les programmes de réinstallation afghans, sachant que beaucoup des personnes concernées n’ont pas encore rejoint le Royaume-Uni. »

Pour le ministère de la Défense, la mission est double : réinstaller des milliers de personnes dont la sécurité a été compromise par la fuite de données interne, et rendre des comptes sur une gestion financière opaque du programme de réinstallation parmi les plus coûteux de l’histoire récente de la défense britannique.