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La Russie est suspectée d’avoir perturbé la navigation GPS de l’avion transportant Ursula von der Leyen, contraignant l’appareil à rester en vol pendant plus d’une heure au-dessus de la Bulgarie. Cet incident souligne les tensions et les menaces grandissantes dans le domaine de la guerre électronique, qui affectent la sécurité des vols dans les zones proches du territoire russe.

Dimanche, alors qu’elle se rendait à Plovdiv, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a vu son avion affrété perdre toutes ses aides à la navigation par satellite en approche de l’aéroport. Ces perturbations, constatées sur l’ensemble de la zone aéroportuaire, ont obligé les pilotes à maintenir leur appareil en vol pendant plus d’une heure avant de pouvoir atterrir en se basant uniquement sur des cartes papier et des repères visuels.

Arianna Podestà, porte-parole adjointe de la Commission, a confirmé l’incident et précisé : « Nous avons reçu des informations des autorités bulgares suspectant une ingérence manifeste de la Russie. Évidemment, nous sommes conscients et habitués aux menaces et intimidations, composantes habituelles du comportement hostile de la Russie. »

Les interférences avec les systèmes de navigation par satellite sont désormais fréquentes dans les espaces aériens proches de la Russie. Il reste toutefois incertain si von der Leyen constituait une cible délibérée. Interrogée à ce sujet, Mme Podestà a répondu : « Il vaut mieux poser la question aux Russes. »

Les grands aéroports disposent de divers systèmes alternatifs permettant de guider et d’assurer l’atterrissage en cas de défaillance du GPS, notamment grâce à la navigation radio, qui demeure fiable.

L’incident s’est produit dans un contexte de tournée de quatre jours de la présidente de la Commission à travers sept États membres situés à la frontière orientale de l’Union européenne. Ce déplacement vise à coordonner les efforts pour renforcer les capacités de défense de l’UE face à l’invasion russe. Lors d’une intervention lundi à Vilnius, Ursula von der Leyen n’a pas évoqué cet événement, mais a souligné les menaces constantes, qu’elles soient militaires ou hybrides, pesant sur la Lituanie.

Référant à deux drones ayant franchi la frontière lituanienne avec la Biélorussie le mois précédent, elle a déclaré : « Alors que la Lituanie est mise à l’épreuve, c’est l’ensemble de l’Europe qui est testée. »

Le porte-parole de la Commission a déclaré que cet incident « ne fait que renforcer notre engagement indéfectible à accroître les capacités de défense et notre soutien à l’Ukraine ». En mars 2024, un avion transportant Grant Shapps, alors secrétaire d’État à la Défense britannique, avait déjà subi des interférences GPS présumées d’origine russe durant un vol près de l’enclave russe de Kaliningrad, sans certitude quant à une cible délibérée.

Depuis l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie en 2022, les perturbations et « usurpations » — une technique de guerre électronique qui induit de fausses informations de navigation — sont en forte recrudescence, avec une nette intensification au cours des douze derniers mois.

En juin, treize États membres de l’UE ont signalé des menaces d’interférences et d’usurpations qui perturbent les transports aériens et maritimes. En janvier 2025, la Pologne a enregistré 2 732 cas d’interférences électroniques contre 1 908 en octobre 2023. Dans le même temps, la Lituanie a constaté 1 185 cas contre 556 en mars 2024, selon un rapport interne de l’UE datant de mai.

Ce document qualifie ces perturbations des systèmes mondiaux de navigation par satellite de « d’actions systématiques et délibérées de la Russie et de la Biélorussie » et affirme qu’elles causent des dommages importants de manière simple et économique, tout en soulignant l’absence de contre-mesures proportionnées, ce qui laisse présager une poursuite des actes.

Face à cette situation, la Commission a annoncé lundi l’imposition de sanctions visant plusieurs entreprises impliquées dans la perturbation des signaux GPS lorsque les preuves désignent clairement la Russie comme origine. Par ailleurs, un plan spécifique pour l’aviation ainsi que des stratégies plus vastes visant à prévenir ces interférences sont en cours d’élaboration.

Les espoirs d’un cessez-le-feu restent minces après le sommet du mois dernier entre Vladimir Poutine et Donald Trump, qui n’a abouti à aucun résultat tangible. Le délai donné par le président américain pour que le dirigeant russe prenne des mesures en vue d’arrêter la guerre ou fasse face à de nouvelles sanctions expire cette semaine. M. Trump est connu pour retarder ses menaces. Vendredi, Emmanuel Macron a affirmé que Poutine tentait « de jouer » avec Trump.

Ursula von der Leyen a souligné que les alliés de l’Ukraine travaillent sur des garanties de sécurité. Elle décrit la première ligne de défense comme un « armée ukrainienne forte, bien équipée et expérimentée », tandis que la seconde ligne correspond à une coalition multinationale de pays engagés, soutenue par les États-Unis.

Environ 30 pays, formant la « coalition des volontaires », ont promis leur soutien à l’Ukraine, mais le nombre exact de nations européennes prêtes à déployer des troupes et la manière dont ces forces seraient engagées restent incertains. Les États-Unis souhaitent que les pays européens assument la majorité des opérations, en apportant un appui logistique.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est attendu à Paris jeudi pour rencontrer des dirigeants européens dans le cadre des efforts visant à imposer une fin à l’invasion russe qui se prolonge depuis plus de trois ans et demi.